Jacques BÉRAULT (1705-1771) recteur des écoles de Sacy
Jacques BÉRAULT n’est pas cité dans le calendrier de Rétif de la Bretonne, mais dans le tome 1 de « Monsieur Nicolas »
Quelques extraits :
« Je fus nommé Nicolas-Anne-Edme, mon père voulant que son nom fût le dernier : mais à la rédaction de l’acte, Jacques Beraut, le maître d’école, omit Anne, qui ne fut point surajouté, quoique prononcé dans la cérémonie aux interpellations. Il fut ordonné par mon père, que mon nom appellatif serait Nicolas. C’est un très beau nom ! composé de deux mots Grecs, Niké (victoire), et Laos (peuple) : il signifie par conséquent, Vainqueur, ou Dominateur des Peuples. »
« … Je devais alors être à la fin de ma cinquième année, en octobre ou novembre. J’allais à l’école avec ma sœur Margot, sous maître Jacques Berault, dont les cheveux étaient rouges et frisés. Cet homme travaillait à fendre de l’osier, ou à préparer des échalas, en faisant lire les plus jeunes enfants, dont il savait par cœur le syllabaire latin ; il les reprenait, lorsqu’ils épelaient mal, sans regarder sur leur livret. J’en étais au Pater, que je syllabais suivant l’ancien usage, en faisant précéder la plupart des consonnes par une voyelle qui les dénature. J’épelais noster, et je disais enneoessetèerre : je pleurai, croyant qu’on se moquait de moi, en voulant me faire prononcer noster. Ceci commença d’indisposer maître Jacques. Mon pouce avait mangé deux jambages de lettres dans le mot tu-um : de sorte qu’il ne restait plus qu’un jambage du second u, et deux jambages du m : un peu de noir du jambage mangé de l’u formait un point à l’autre, et peignait parfaitement les deux mots tu in ; ce fut ainsi que j’épelai vingt fois de suite. Le maître me reprenait ; ma sœur et tous mes camarades me soufflaient tu um ; mais je voyais matériellement tu in, et j’aurais cru mentir que de dire autrement …. Voici la faute du maître : il s’impatienta, me donna le fouet, sans avoir regardé sur mon livre ; puis il y regarda. J’entrevis alors son étonnement ! il sortit un moment : tous les écoliers virent le mot fatal, et dirent que maître Jacques avait tort …
Le maître, en rentrant, ne fit rien de ce qu’il aurait dû faire pour m’instruire, et je le crus plus ignorant que ses écoliers. Ma sœur Margot, à notre retour, augmenta le mal, en jetant les hauts cris contre maître Jacques, et mon père lui-même, toujours si prudent, témoigna son mécontentement devant moi. »
« Ma septième année s’accomplit enfin. J’étais toujours ami de m’lo Bérault : …
… un jour que je fus le prendre, pour aller à l’école, sa mère nous dit : – « Mes enfants, vous avez aujourd’hui sept ans ; car vous êtes nés le même jour, et presque à la même heure. Vous v’lè en âge de pècher, et de pèdre vout’ innocence ; enllieu que d’vant, vou’n’pèchîns pâ encoi, faûte d’raîhon : i’ faû’, à c’t’heure, ête bin sèges tous les deux. » … Nous allâmes à l’école. J’y fus d’une sagesse exemplaire, Maître Jacques le remarqua, et me dit en riant : – « Qu’avez-vous, Monsieur’ Nicolas ? – Sept ans aujourd’hui, Monsieu’ l’Maître ; et voilà que je vais pécher et offenser Dieu ! Je voudrais bien m’en vouloir empêcher. – C’est facile, vous n’avez qu’à toujours bien remplir votre devoir. » Cette réponse vague me satisfit ; et c’est, je crois, la seule bonne que m’ait faite Maître Jacques … »
Jacques BÉRAULT, est né à Sacy le 26 mai 1705, fils de Nicolas BÉRAULT (1672-1731) laboureur à Sacy & de Pellerine BOISSARD (ca 1660-1734).

Transcription de l’acte :
« Aujourd’hui vingt sixiéme mai mille sept cents cinq.
Nous Curé de Sacy avons batizé jaques fils de nicolas
Beraud, et de pelérine Boissard né d’aujourd hui.
Son parrain jaques Rouard, et sa marraine claudine
Boudier, lesquels n’ont seû signer. »
signé : Vassier
Jacques BÉRAULT est issu de l’influente famille bourgeoise des BÉRAULT de Sacy. Nous savons que certains de ces BÉRAULT sont originaires de familles bourgeoises (avocat) d’Auxerre, mais la carence des actes nécessaires, ne permet pas de les relier, de les fusionner avec ceux de Sacy.
- Si son père Nicolas BÉRAULT (1672-1731) est dit laboureur; il sait signer et est témoin dans de nombreux actes. Il est même qualifié de « honeste homme. »
- Son grand-père Pierre BÉRAULT (ca 1622-1702) est qualifié de praticien (1645-1649), greffier en la Justice de Sacy (1652), notaire royal à Sacy (1657-1662), procureur fiscal hors les croix à Sacy, donc pour l’évêque d’Auxerre et son Chapitre, seigneurs en partie de Sacy (1677-1684), procureur fiscal de Sacy dans les croix, donc pour le Commandeur du Saulce d’Auxerre (Ordre de Malte, anciennement l’Ordre des Hospitaliers) (1687).
- Son arrière grand-père Nicolas BÉRAULT, né avant 1594 est procureur fabricien de l’église de Sacy (1629-1634), marchand demeurant à Sacy (1636), greffier en la Justice de Sacy (1639), praticien (1647).
Jacques BÉRAULT, qualifié de « Recteur des Ecoles de Sacy » épouse à Sacy le 04 mai 1734 Marthe NAULIN / NOLIN.
Sont notamment présents à ce mariage :
- « mtre Thomas Dondaine» (ca1656-1744). Il s’agit du mari de Marie BÉRAULT, tante paternelle du marié. Il est également le beau-père de Edme RÉTIF, « l’honnête homme », père de l’écrivain.
- « mtre Edme Retif» (1690-1763). Il est le père de l’écrivain Rétif de la Bretonne. Il sera en 1735 nommé lieutenant de Sacy. Sa première femme Marie DONDAINE décédée en 1730 est la fille de Thomas DONDAINE & de Marie BÉRAULT, tante paternelle du marié. Marie DONDAINE est donc cousine germaine du marié.
- « mtre Jacques quatrevaux » (1673-1750). Il est le parrain de la mariée, mais aussi agent des affaires de Madame Regnard (1706), commis de marchand de bois (1707), marchand (1727), notaire et procureur (1733), Lieutenant de Saint-Cyr où il décède.
- identifié par sa signature, Jean SAJAT (1666-1741) ancien recteur des écoles de Sacy. Comme son père Georges SAJAT (1625-1700) et son grand-père Pierre SAJAT (avant 1603-1652), il sera chantre à l’église de Sacy.
Marthe NAULIN naît à Sacy le 08 mai 1705. Elle est la fille de Léonard NAULIN (1660-1715), marchand, charron à Sacy & de Claudine BOURDILLAT (ca 1671-1743).
« Aujourd hui neuviéme mai mille sept cents cinq. Nous
Curé de Sacy avons batizé Marthe fille de Leonard
Naulin et de claudine Bourdillat, née d’hier. Son par
rain jaques quatrevaux, et sa marraine Marthe Don
daine. Le parrain a signé. »
Signé : J quatrevaux. Le curé n’a pas signé l’acte original.
Marthe NAULIN décède à Sacy le 06 juillet 1749, et elle est inhumée le même jour au cimetière. L’acte rédigé par Antoine FOUDRIAT, « le curé de Rétif de la Bretonne » est minimaliste comme toujours. Le fait qu’elle soit la femme de son recteur d’école n’y a rien changé.
« Le six juillet mil sept cens quarante neuf nous Curé de
Sacy avons inhumé au cimetière Marthe Naulin femme de me
Jacques Berault recteur des Ecoles decedée le meme jour agée de
quarante cinq ans ou environ et munie de tous ses sacremens. »
Signé : Berault [mari de la défunte], Foudriat Curé de Sacy.
Tous les actes qualifient Jacques BÉRAULT de « recteur des écoles de Sacy ». Il est évident qu’il devait travailler également la terre pour vivre, mais il n’y a rien dans les actes à ce sujet.
Rétif indique dans son récit que le maître d’école « travaillait à fendre de l’osier, ou à préparer des échalas, en faisant lire les plus jeunes enfants »
Le maître d’école : « Son rôle se bornait à enseigner machinalement le catéchisme, la civilité, la lecture, l’écriture, un peu de calcul. L’explication du catéchisme, d’où l’éducation morale était censée découler, revenait au prêtre. » (Revue pédagogique, 1906).
En outre, sachant signer, il était présent comme témoin dans de nombreux actes paroissiaux.
Jaques BÉRAULT décède à Sacy le 30 janvier 1771, plus de deux décennies après sa femme, et après avoir exercé pendant 43 ans la fonction de recteur des écoles de Sacy.

« L’an mil sept cent soixante et onze le trente et un janvier
dans le Sanctuaire de l’église paroissiale de Sacy à été
par moi Curé soussigné inhumé le corps de defunt le Sr jacque
Berault apres avoir été Recteur des Ecoles de cette paroisse pendant
quarante trois ans mort d’hier apres avoir reçû ses sacremens avec toutes
les marques de pieté et de Religion agé d’environ soixante et neuf ans,
en presence de jean Disson son gendre, de mr Lenain Lieutenant, de mr
compagnot procureur fiscal, de pierre et jean Berault ses freres, de pierre
Berault, de jacque Cornevin, de pierre moyne ses neveux, et d’autres parens
et amis dont plusieurs ont declaré ne scavoir signer de ce enquis selon
l’ordonnance. »
Suivent les signatures. Jacquot curé de Sacy
Il est inhumé le lendemain dans le sanctuaire de l’église de Sacy.
Note : dans une église ou un temple, le sanctuaire est la partie où se trouve l’autel et une représentation symbolique du Divin, où s’accomplissent les rites sacrés.
Un édit de 1776 interdira les inhumations dans les églises pour des raisons de salubrité, mais cet édit n’est pas totalement respecté ; depuis 1950 seuls les archevêques ont eu le droit d’être enterrés dans une église ou cathédrale
Tous les recteurs des écoles n’étaient pas inhumés dans l’église, malgré l’aide qu’ils rendaient aux curés de la paroisse.
Ainsi Jean SAJAT qui a précédé Jacques BÉRAULT dans les fonctions, et déjà cité comme présent à son mariage en tant qu’ancien maître d’école, de surcroît chantre à l’église , a été inhumé au cimetière en 1741.
Edme BERTHIER (ca 1666-1728) Recteur des écoles de Nitry, sera également inhumé dans l’église. Deux de ses fils seront maître d’école, l’un des deux le sera à Sacy, et Rétif en parle dans ses écrits. Un petit fils de Edme BERTHIER sera également recteur des écoles à Précy-le-Sec.
Jacques BÉRAULT & Marthe NAULIN auront sept enfants. Trois parviendront à l’âge adulte et formeront une famille.
Jacques BÉRAULT (1742-1807), fils du couple, sera recteur des écoles de Sacy, puis instituteur sous la République.
Sur le récit de Rétif :
Nous avons vu dans le chapitre consacré à son père que l’on ne pouvait accorder aucune confiance dans la véracité des écrits autobiographiques de Rétif de la Bretonne.
Il travestit sans cesse la réalité, déforme les faits. L’exemple de sa mère qu’il voudrait faire passer pour une sainte, alors qu’elle s’est fait engrosser par son employeur marié, qu’elle épousera d’ailleurs par la suite.
Il a raconté aussi que son père s’était marié avec dans l’église, le cercueil de son propre père qui venait de mourir. Le père de « l’honnête homme » a été enterré le 25 avril 1713 à Nitry, le mariage a été célébré deux jours plus tard à Sacy.
N’oublions pas non plus le semblant de noblesse qu’il donne à « Bibi », sa mère Barbe FERLET la nommant « Ferlet de Bertro », du nom du hameau Berthereau rattaché à Accolay, où il existe toujours un château, pour établir sa généalogie fantaisiste (euphémisme) qui le mène jusqu’à l’empereur Pertinax !
Pour revenir au sujet de cet article, il écrit : « Je fus nommé Nicolas-Anne-Edme, mon père voulant que son nom fût le dernier : mais à la rédaction de l’acte, Jacques Beraut, le maître d’école, omit Anne, qui ne fut point surajouté, quoique prononcé dans la cérémonie aux interpellations »
Encore une fois Rétif affabule. L’acte est bel et bien rédigé par le curé de Sacy Antoine FOUDRIAT, et le maître d’école n’apparaît ni dans le texte, ni en tant signataire.
Dans les texte mis en exergue au début de l’article, l’écrivain parle de « M’lo Bérault », son copain qu’il passe prendre pour aller en classe.
Il ne peut s’agir que de Edme BÉRAULT, né en 1734 (comme l’écrivain), et mort subitement en 1769 sans avoir été marié.
Son père Pierre BÉRAULT (1692-1747) est cousin germain de Jacques BÉRAULT objet du présent article, car fils de Edme BÉRAULT frère de Nicolas BÉRAULT (père de Jacques).
Sa mère est Marie DUMONT (1696-1770) dont nous pouvons apprécier dans le texte de Rétif la transcription phonétique et mélodieuse d’un échantillon de sa diction.
Autre détail intéressant que nous transmet Rétif, et là, il n’y a aucune raison d’en douter, Jacques BÉRAULT était roux et frisé « maître Jacques Berault, dont les cheveux étaient rouges et frisés. »