Les recherches généalogiques sont effectuées par ascendance comme il se doit, mais une meilleure compréhension impose d’en publier les résultats sous la forme descendante. Dans l’article précédent il a été fait mention des difficultés rencontrées, dues notamment à l’absence de renseignements dans les actes qui n’indiquent que rarement les écarts de la paroisse où avaient lieu les naissances et décès, les cérémonies étant célébrées dans l’église paroissiale avec une exception possible pour les mariages qui pouvaient l’être dans la chapelle d’un hameau comme cela s’est produit dans la chapelle Saint-Léonard du Val-du-Puits de Sacy et à plus grande échelle dans celle de Saint-Barthélémy d’Essert, toutes deux aujourd’hui disparues.
Le premier article sur la Loge indiquait l’importance de ce lieu dans la généalogie familiale qui descend de familles y ayant demeuré et n’ayant pour certaines aucun lien entre elles. Aussi pour en donner un aperçu, chaque personne faisant partie de cette parenté sera indiquée.
L’acte le plus ancien qui ait été relevé avec mention de la Loge est celui du baptême en 1605 de Jean COLLIN. Les actes de baptême des ses frères et sœurs n’indiqueront pas le lieu où demeurent leur parents donc celui de leur naissance.
« Jhan Colin fils Jhan Colin et Philiberte Tilllin demeurant a la loge a este baptisé le sixiesme jour de septambre l an mil six cent et cinq ses parins et marene on esté Jhan Tillin et Sebastien maudiné Claudine Cornevin sa mare[ne] tesmoing mon sy– gne » [signé] f Cothillon
Couple Jean COLLIN & Philiberte TILLIEN
— Jean (Jehan) COLLIN : [ancêtre] demeure à la Loge de Sacy au moins depuis 1605, date de naissance de son premier enfant connu. Jean COLLIN est né avant 1585 (calcul de 20 ans avant la naissance dudit enfant, il est décédé après le 12 septembre 1644. Il a épousé avant 1605 :
— Philiberte TILLIEN : [ancêtre], née avant 1585, décédée après mai 1629, date à laquelle naît son septième et dernier enfant inscrit dans les registres. Il existe en plus une fille dont il n’y a pas d’acte de baptême, mais des renseignements dans divers actes permettent de l’identifier comme enfant du couple.
En 1589 TILLIEN est orthographié TILLAIN, en 1609 THILLIN et en 1614 entre autres, THUYLLYEN, ce qui dénote des différentes interprétations dans la transcription des noms prononcés dans un parler non académique avec le patois local pour assaisonner le tout.
Il existe dans le même temps une autre Philiberte TILLIEN mariée à Léger SERGENT. Elles ne peuvent être confondues car elles ont des enfants sur la même période. Aussi quand une Philiberte TILLIEN est marraine, rien n’indiquant laquelle, il est impossible d’affiner la période leur date de décès par rapport à celle de ces actes.
Toujours dans le même temps existe également un couple Grégoire TILLIEN & Laurence PELLETIER de Sacy, demeurant en 1609 à la métairie de Monsieur de GAND (il s’agit de René de GAND / DEGAN, écuyer, sieur / seigneur de Courtenay hameau de Vermenton, proche la Loge de Sacy). Deux enfants du couple qui y sont certainement nés, apparaissent dans les registres de Sacy où est célébré leur baptême. On peut être étonné du baptême à Sacy au lieu de Vermenton. Mais la famille DEGAN actait à Sacy ainsi que parfois ses successeurs. On verra plus bas que l’inverse est aussi vrai, enfant né sur la paroisse de Sacy et baptisé à Vermenton. 1) François TILLIEN : né probablement dans la métairie de « René de Gand » à Courtenay de la paroisse de Vermenton, l’acte ne le précise pas. Il est baptisé à Sacy le 05 novembre 1589. 2) Jacques TILLIEN : né : sans doute dans la métairie de « René de Gand » à Courtenay hameau de Vermenton, ce qui n’est pas précisé dans l’acte, mais il est dit que ses parents y demeurent. Il est baptisé à Sacy 31 mars 1609.
Pour en revenir au couple Jean COLLIN & Philiberte TILLIEN : Seul l’enfant relevé en 1605 est dit né à la Loge. Rien n’est indiqué pour les autres, mais cela va de soi, notamment quand on examine la fiche de Lazare (fille) COLLIN, mais aussi celle de Jeanne COLLIN également fille de couple. Cette dernière est mariée à Jean VÉZINIER. En 1650, au baptême de leur fils Hélie VÉZINIER, est marraine Renée JASU / JAZU femme de Estienne de la PERRIÈRE, écuyer, Seigneur de Courtenay, proche voisin de la Loge (550 mètres).
Sur leurs huit enfants, le premier étant « Jehan COLLIN » qui a été mentionné plus haut avec la transcription de son acte de baptême, quatre fonderont une famille. Deux d’entre eux [dont un ancêtre] épouseront une fille du bourg et tout laisse penser qu’ils y resteront. Deux autres se marieront avec des enfants de Vincent MINÉ et de Jeanne GARNIER également de la Loge à savoir :
Couple Nicolas MINÉ & Lazare COLLIN
— Lazare COLLIN : (femme) [ancêtre] : baptisée : Sacy 27 04 1607, décédée : après le 30 07 1680 (son acte d’inhumation n’est pas dans les registres). Elle a épousé avant octobre 1631 (date de naissance de son premier enfant connu) : — Nicolas MINÉ : [ancêtre], né vers 1608, décédé le 06 mai 1674 et inhumé le même jour à Sacy. Il est fils de Vincent MINÉ et de Jeanne GARNIER de la Loge. Nous reviendrons sur les parents de Nicolas MINÉ. Le couple Nicolas MINÉ / Lazare COLLIN demeurera à la Loge de Sacy, au moins pendant la naissance des premiers enfants.
De 1631 à 1648, le couple aura sept enfants dont les actes de baptême figurent dans les registres [2 ancêtres]. Cinq formeront une famille et a priori s’installeront dans le bourg de Sacy. Les deux autres ne sont pas revus dans les registres après leur acte de baptême, sans doute décédés jeunes, mais les actes de sépultures sont rares dans les registres à cette époque et ne concernent avant tout ceux qui font établir un testament de dernières volontés auprès du curé, donc des adultes à l’approche de la mort comme l’a fait Jeanne DEGAN.
En 1631 au baptême de Jeanne MINÉ [ancêtre tout comme ses deux maris], fille du couple, la marraine est Jeanne DEGAN fille de René DEGAN écuyer et seigneur ou sieur de Courtenay paroisse de Vermenton, donc les voisins très proches de la Loge. Mais il ne faut pas occulter que Jeanne DEGAN est également marraine d’enfants de Sacy même :
« le second jour doctobre [note : 1631] a este baptizee Jehanne miné fille de nicolas mine et de lazarde Colin ses peres et meres assiste de Jean mine et de noble Damoiselle Jeanne du Gan ses parains et marines en foy de ce jai signe le iour ci dessus anno 1631 » Signature du prêtre J caillou. et « J degan ».
– En 1633 au baptême de Henry MINÉ fils du couple, sera parrain un fils de Olivier BÉRAULT propriétaire de la Loge et avocat en parlement qui demeure à Noyers :
« Le vinguitiesme iour du mois et an que dessus [note : décembre 1633] a esté baptisé henry fils de Nicolas [rature] miné et Lazare Colin ses pere et mere le parin a esté Henry [ou Hely] Berault fils de mestre Olivier Berault et Damoiselle philiberte renard ses pere et mere touttefois l anfant a esté presante par mestre Jan Bouiat procureur fiscal de ceste paroisse a cause du bas age de parin la marene a este Jane miné fille de Vincent mine et Janne garnier [note : sœur du père de l’enfant]ses pere et mere » Signé : Bouiat.
– En 1635 au baptême de Roch MINÉ [ancêtre], autre enfant du couple, les parents sont dits de « la loge crolo ».
« Roch filz de nicolas mine et de lazare collin ses peres et mere de la loge Crolo de ceste paroisse a este baptize le vingt cinquiesme jour de febvrier mil six cent trente cinq par moy [rature] estienne leclerc cure de la dicte eglise assiste de roch mine [note : frère du père de l’enfant] fils de vincent mine [coin de page corné] de Jehanne collin [note : sœur de la mère de l’enfant], fille de Jehan collin de ceste paroisse ses parins et marenes lesquels ont dict ne scavoir signer ». Signé : E Leclerc.
Si les premiers enfants du couple sont bien nés à la Loge, nous n’en savons rien pour les suivants. Rien ne transpire à ce sujet dans les actes paroissiaux.
Et puis il ne faut pas oublier que le 8 août 1642, la Loge change de propriétaire, Olivier BÉRAULT la donne au Collège des Jésuites d’Auxerre. Que se passe-t-il par la suite ? Le couple est-il resté habiter à la Loge ? Il semblerait que non au vu de l’acte de décès de Nicolas MINÉ qui est qualifié avec sa femme de laboureur à Sacy (1674) et de vigneron à Sacy (1674, 1676) :
« Le 6 May 1674 est decedé Nicolas Mine vigneron demeurant en ce lieu agé de 66 Ans ou environ Lequel est decedé apres avoir receu en bon chrestien tous ses sacrements [en abrégé] et Inhumé au Cimetiere dudit Lieu, dont les [rature] enfan[coupé à la pliure du registre] ont promis a Leglise 40 solz et a esté administré et inhumé par moy soussigne cure » Signé : Pottier.
Quant à Lazare COLLIN elle est qualifiée de sage-femme à Sacy (1668, 1670, 1680), de laboureur à Sacy avec son mari, de vigneronne à Sacy (1676). Nous n’avons pas son acte d’inhumation. Omission ou lacune ponctuelle. C’est le chaos dans les registres de ces années. Les actes originaux et copies sont mélangés par feuillets non chronologiques, années également mélangées. Il a fallu établir un inventaire du registre pour s’y retrouver et ne rien omettre.
Lazare COLLIN est décédée après le 30 juillet 1680, date à laquelle en tant que sage-femme, elle requiert le curé pour baptiser un enfant :
« Le 30 [rature] Juillet 1680 est comparu [sic] pardevant moy Curé sous signé Lazare Collin Sage femme de ce lieu qui ma requis d administrer le Baptesme a un enfant appartenant a Edme Callard vigneron de Vermenton et a [blanc] sa femme estant pour leure [note : l’heure] audit Sacy …. »
Couple Jacques COLLIN & Jeanne MINÉ
— Jacques COLLINest baptisé à Sacy le 10 août 1610. Il décède le 23 septembre 1673, qualifié dans l’acte de « pauvre laboureur » , est inhumé le même jour dans le cimetière de Sacy. Il avait épousé Jeanne MINÉ fille de Vincent MINÉ et de Jeanne GARNIER de la Loge. — Jeanne MINÉ a été baptisée le 23 mars 1623 à Sacy. Son acte d’inhumation ne figure pas dans les registres. Son dernier enfant connu a été baptisé à Sacy le 30 septembre 1663.
Leurs parents demeurent à la Loge, et tous deux y sont logiquement nés, leur acte de baptême ne le précisant pas. Les actes de baptême de neuf enfants du couple figurent dans les registres. Dans aucun d’entre eux il n’est mentionné que les parents sont de la Loge. L’acte de décès / inhumation de Jacques COLLIN est sans aucune précision, hormis son âge et la mention de « pauvre laboureur ». Comment faut-il entendre ce mot « pauvre » ? Matériellement ou bien par les malheurs de sa vie ? En effet, sur les neuf enfants recensés, seule l’aînée Marie COLLIN née en 1641 avant qu’Olivier BÉRAULT ne se sépare de la Loge, fondera une famille. Les autres enfants ne réapparaîtront pas dans les registres, certainement décédés jeunes.
Il faut cependant noter deux détails : – Au baptême en 1660 de François COLLIN, 8è enfant du couple COLLIN / MINÉ, est parrain François DONDAINE (ca 1620-1700) qualifié dans d’autres actes de laboureur aux métairies du Bois l’Abbé (dépendantes de Lichères et proches de la Loge) et finalement en 1700 de métayer du Bois l’Abbé. Il n’est autre que le frère de Edme DONDAINE, dont les actes familiaux déterminent que venant de Lichères (près-Aigremont), il est arrivé à la Loge, entre 1658 et 1665 pour prendre les fonction d’amodiateur et « recepveur » de la Loge. Il y était donc déjà certainement en 1660.
– Marie COLLIN, première fille du couple, est mariée à Jean GAUTHIER (descend-il des GAUTHIER de Sacy demeurant pour le travail cher Monsieur DEGAN Seigneur de Courtenay proche la Loge ?) . Le 22 août 1663 leur fille Anne GAUTHIER est baptisée à Vermenton. Pourquoi Vermenton et pas Sacy ? La raison n’est pas évoquée dans cet acte en très mauvais état, un tiers à droite est déchiré. Le curé de Vermenton, Germain GALLET était capable du meilleur comme du pire, mais il avait pris l’excellente habitude d’indiquer en marge le lieu de domicile des parents, et ici il est indiqué « de la Loge ». Cela voudrait-il dire que Jacques COLLIN père de Marie, décédé en 1673 demeurait toujours à la Loge ?
Après ces deux couples de la branche COLLIN mariés à des MINÉ, remontons le temps d’une génération pour nous retrouver au même niveau générationnel que le premier couple étudié Jean COLLIN / Philiberte TILLIEN
Couple Vincent MINÉ & Jeanne GARNIER
Ils sont comme il a été vu précédemment, les parents de Nicolas MINÉ marié à Lazare COLLIN et de Jeanne MINÉ mariée à Jacques COLLIN.
— Vincent MINÉ [ancêtre] a été baptisé à Sacy le 06 novembre 1577, fils de Mathieu MINÉ et de Léonarde ROY. Dans son acte de baptême en latin les nom et prénom de sa mère ne sont même pas indiqués. Vincent MINÉ décédera après le 12 septembre 1644. Il avait épousé avant 1605 (date de naissance de leur premier enfant connu Jeanne GARNIER [ancêtre]. — Jeanne GARNIER : Nous en savons peu sur elle, sinon qu’elle est décédée après le 04 juin 1628, date à laquelle est baptisée sa dernière fille connue. Jean GARNIER marié à Barbe ROSSIGNOL est très certainement son frère. Tous deux seront parrain et marraine d’enfants de Vincent MINÉ et de Jeanne GARNIER, et ils auront des enfants dans la même période qu’eux. L’étude des actes a permis d’identifier son père Joseph GARNIER, mort a priori après 1606.
Les registres permettent d’attribuer au couple MINÉ / GARNIER neuf enfants nés de 1605 à 1628 [2 ancêtres]. Seuls deux d’entre eux n’ont pas leur acte de baptême dans les registres, sans doute pour cause de lacune. Cela peut aussi être un oubli, cela arrive. Un curé de Sacy en était spécialiste. Ces deux fils MINÉ ont été identifiés comme enfants de Vincent MINÉ et Marthe GARNIER par l’étude des parrains et marraines de leurs enfants, et inversement, de qui ils étaient parrain (ou de qui leur femme le cas échéant était marraine), ainsi qu’au vu de leur date de naissance calculée par un âge mentionné dans un acte, souvent celui du décès, et voir quels couples MINÉ avaient des enfants. à cette date. Pour cela le relevé exhaustif des actes est nécessaire.
Pour aucun de ces enfants, il n’est fait mention de la Loge dans leur acte de baptême. Cependant en 1628, au baptême de leur fille Philiberte MINÉ, est marraine « damoiselle philiberde regnard femme de noble homme Olivier berault advocat en parlement » Olivier BÉRAULT n’est autre que le propriétaire de la Loge. Il faut cependant mentionner que ladite REGNARD (RENARD) est également marraine d’autres enfants de Sacy.
En 1615 lorsque Mathieu MINÉ père de Vincent, juste avant de mourir, dicte ses dernière volontés au curé, il n’est pas fait mention non plus de la Loge.
Le 24 aôut 1639, 15 jours avant de mourir, Jeanne DEGAN fille et femme des Seigneurs de Courtenay en Vermenton, dicte ses dernières volontés auprès du curé de Sacy rendu sur place. Parmi les témoins « es presence de Vincent mine demeurant a la loge » son proche voisin, qui ne sait pas signer. A l’évidence, ce témoin de Jeanne DEGAN n’est pas un simple manouvrier de la Loge. Vincent MINÉ en est certainement la plus haute autorité y demeurant, donc le métayer d’Olivier BÉRAULT de Noyers.
Avant 1605 avec la baptême de Jean COLLIN, il n’est plus fait mention de la Loge. Vincent MINÉ est-il né à la Loge ? On ne le saura jamais. Mais il y a une question fondamentale à laquelle il faudrait pouvoir répondre :
Depuis quand existe cette métairie de la Loge de Sacy ?
Nous avons des témoignages dans les archives de l’existence de métairies au Moyen-Age [1]. Mais nombre d’entre elles ont été établies après la Guerre de Cent Ans, et sont d’époque Renaissance dont François 1er est le symbole de cette période en France. Rappelons que les registres paroissiaux de Sacy qui nous sont parvenus, débutent en 1538, des actes de baptêmes uniquement. Mathieu MINÉ est né vers 1543 selon son âge au décès. L’examen des documents référencés par les Archives Départementales de L’Yonne sur la Loge de Sacy, ne débutent qu’au 18è siècle avec des plans des lieux, et le Cartulaire de l’Yonne ne cite pas la Loge de Sacy. Nous ne savons pas non plus depuis Claude BÉRAULT père d’Olivier est propriétaire de la Loge.
Il ne sera plus question de mention la Loge avec les enfants de Vincent MINÉ et leur famille. Tous sont dits de Sacy dans les actes. Mais mais nous avons vu précédemment que ses enfants Nicolas et Jeanne MINÉ mariés aux COLLIN pouvaient être rattachés à la Loge. Le nom de MINÉ réapparaîtra à la Loge quand Pierre MINÉ [ancêtre] (1653-1694), petit-fils de Vincent MINÉ et fils de Jean MINÉ (1616-1676) & de Jeanne COLLINET (1621-1679), laboureur de Sacy épousera en 1677 Anne DONDAINE [ancêtre] (vers 1658-1721) fille de Edme DONDAINE, amodiateur et receveur de la métairie de la Loge. Edme DONDAINE étant mort, Pierre MINÉ, de laboureur à la Loge, sera qualifié par la suite, de fermier ou métais dudit lieu. Au décès de Pierre MINÉ, sa veuve épousera Pierre BOUTELAT (1671-1743), arrière petit-fils de Vincent MINÉ par sa fille Marie. MINÉ. C’était l’époque où un neveu pouvait être plus âgé que son oncle, les femmes ayant des enfants sur plus de vingt ans.
Le constat que nous retenons de ce qui précède, durant cette longue période où les actes n’indiquent pas le lieu du domicile des gens, est qu’il est difficile de savoir qui est resté à la Loge et qui en est parti. La population de la Loge s’accroissant, il est de toute façon impossible pour tous d’y rester. Et y rester ne veut pas dire y rester toute sa vie, et il faut prendre en compte les conjoints originaires du bourg même. D’autre part, il n’est pas certain que le changement de propriétaire de la Loge en 1642 ait eu une incidence réelle sur la gestion du domaine et ses habitants. Nous n’y voyons pas de nouveaux arrivants hormis le cas du couple GAUTHIER / COLLIN dit de la Loge en 1663 suite au baptême de leur fils Jean GAUTHIER. le 22 août 1663 à Vermenton (voir plus haut). Ce qui veut bien dire que cette carence de renseignements était bien le fait des curés de Sacy. Nous avons là deux générations où il est devenu impossible de localiser les gens via les actes.
On ne peut terminer ce chapitre sans parler des parents de Vincent MINÉ.
Couple Mathieu MINÉ & Léonarde ROY
— Mathieu MINÉ : Il est né vers 1543 sous le règne de François 1er (1494-1547), Roi de France de 1515 à 1547. Nous sommes là à 5 ans de la première année représentée dans les registres de Sacy qui nous sont parvenus. Son acte de baptême n’y est pas. Il y a des lacunes, mais surtout il faut savoir que le premier baptême enregistré à Sacy d’un MINÉ date de 1571 (Loup MINÉ fils de Loup et de Estiennette). Rien de 1538 à 1571 ce qui pourrait vouloir dire que les MINÉ viennent d’une autre paroisse. Il a épousé avant 1577 (date de baptême de son fils Vincent) : — Léonarde ROY : Nous ne savons rien d’elle, sinon qu’elle était présente lorsque le 07 août 1615 son mari dicte ses dernières volontés au curé de Sacy juste avant de mourir. Du relevé de tous les actes paroissiaux de Sacy (1538 à 1792), il appert qu’aucun baptême au nom de ROY n’y figure. Il y a bien une Germaine ROY marraine en 1614, une Marie ROY marraine en 1624 sans autres renseignement les concernant. Ces dates sont de la même période que celle de Léonarde ROY qui est certainement originaire aussi d’une autre paroisse. Le testament entre autres, permet d’attribuer trois enfants au couple. – Vincent MINÉ [ancêtre] dont il a été question plus haut. – Jean MINÉ dont nous ne savons rien, rien ne permet de le rattacher à une épouse, tant est qu’il se soit marié. – Perrette MINÉ [ancêtre], née avant 1588, décédée après avril 1643. Elle a épousé avant septembre 1608 Léonard NOLIN / NAULIN [ancêtre] du Val-du-Puits de Sacy, né avant 1588 et décédé avant mars 1636. Il est présent lors du testament de son beau-père. Le curé qui rédige ce testament n’est pas le même que celui qui en 1639 a recueilli les dernières volontés de Jeanne DEGAN. Ici il n’est nullement fait mention de la Loge.
Testament et décès de Mathieu MINÉ :
« In nomine [en abrégé] domini [en abrégé) amen Le vendredi septiesme jour du moys d’Aoust 1615 Mathieu mine age de soixante et douze ans ou environ apres avoir este administre des sacrementz de nre [notre] mere Ste Esglise a faict son testament de derniere volonte a la forme et maniere qui sensuit premierement recommander son ame a Dieu et ce la separation faicte de son ame dans son corps veult et entend estre Inhume en terre saincte au cymytyere de Sacy proche ses parents son corps estre conduict par son cure ou aultre pbr [prêtre] luy chantant vigilles a notte avec les suffrages accoustumes deux grandes messes et six petites avec vigilles offrans pain et vin aux grandes messes par les parens et executeurs [note : testamentaires] Item ung libera sur sa sepulture deux mois par chacun dimanche offran aussy pain par led parens chascun desdits dimanches selon la coustume du pays dont les parens et executans sont tombe daccord avec moy Item et donne cinq sollz a lesglise et cinq solz aux flambaux Item aux lampes de ladite esglise une choppine dhuylle et [2 mots non compris] parfaire son testament a ordonne leonarde Roy sa femme avec ses enfans Vincenz mine Jhan mine et leonard naulin qui ont promis 2 satisfaire ausquelz led Mine testateur a subz suin tous et ung chascun en biens meubles et immeubles et teres [?] est decede et Inhume led vendedy 7e jour dud moys et an en pnce [présence] des susd [susdits] et [2 mots non compris] et aultres tesmoings led jour et an que dessus » Signé : « P Sajat, Muteley [note : curé de Sacy].
– ajout d’une mention en bas du testament :
« led testament a este par moy cure soubz signe execute et en suis [?] satisfaict par leurs serviteurs au moys de novembre aud an 1615″ Signé : Muteley.
[1] Confirmation par Milon de Noyers de la donation faite à l’abbaye par son aïeul du même nom, et son frère Clairembaut, des métairies de Villiers et d’Aigremont. – 1231
Rétif de la Bretonne « Monsieur Nicolas – (Mon calendrier – 31 janvier 1750) »
Identification de Anne BOURDILLAT
Anne est la sœur de Marguerite BOURDILLAT également commémorée par Rétif qui la prénomme Marthe-Marguerite.
Anne BOURDILLAT est née à Sacy (Yonne) le 7 novembre 1738. Elle est la fille de Étienne BOUDILLAT (1705-1764), couvreur à Sacy et de Marthe GARNIER (1708-1782), troisième d’une fratrie de dix enfants dont seulement trois parviendront à l’âge adulte et auront une descendance. Les autres sont morts dès les premiers mois, sinon dans les toutes premières années de leur vie.
« Le sept novembre mil six cent trente huit nous Curé de Sacy avons baptisé Anne fille d’EtienneBourdillat et de Marthe Garnier ses pere et mere née le meme jour en legitime mariage laquelle a eut pour parain Guillaume [ratures] Billout et pour marainne Anne Rameau qui ont signé »
(Suivent les signatures)
À Sacy, elle n’est connue dans les registres que par son acte de baptême. Nous n’avons rien d’autre à son sujet.
Rétif de la Bretonne la célèbre sur son calendrier le 31 janvier 1750. Elle n’avait pas encore 12 ans, et il songeait déjà à elle comme épouse. Si on l’en croit, Anne BOURDILLAT avait failli devenir sa belle-sœur. Mais son frère Pierre RÉTIF a épousé en 1765 Françoise PIOCHOT (Fanchon).
Si Anne avait épousé quelqu’un d’une autre paroisse, le mariage aurait été célébré a priori, comme il était coutumier de le faire, dans la paroisse de la femme, donc à Sacy. Les relevés Geneanet et la mise en ligne d’arbres généalogiques par d’éventuels descendants nous auraient renseignés si le mariage avait eu lieu dans une autre paroisse.
Restait la piste parisienne. Déjà à cette époque nombre de gens montaient sur Paris. Nous avons quelques exemples pour Sacy, le plus connu étant justement Rétif de la Bretonne.
L’examen des généalogies parisiennes sur Geneanet n’a rien apporté. Celui de relevés Geneanet d’actes notariés a mis en évidence le contrat de mariage en 1762 d’une Anne BOURDILLAT d’avec Louis PASQUES qui pouvait correspondre. Mais les filiations ne sont pas indiquées, il faut pour cela se rendre à la Bibliothèque Nationale pour visualiser l’acte même.
La poursuite des recherches permettait de découvrir le relevé d’un procès-verbal de découverte du cadavre d’un noyé qui avait été transporté à la basse geôle du Châtelet. Le corps a été identifié comme étant celui de Louis PASQUES veuf de Anne BOURDILLAT. Son âge le faisait naître vers 1737.
Les recherches se sont poursuivies dans le fichier alphabétique en ligne des actes de décès reconstitués (3 millions d’actes de naissances, mariages et décès reconstitués sur les 8 millions qui se sont consumés lors de l’incendie de l’Hôtel de Ville de Paris sous la Commune en mai 1871), déterminer les Anne BOURDILLAT dont la date de décès pouvait correspondre, puis consulter les liasses par dates de décès.
L’acte de décès de notre Anne BOURDILLAT faisait partie des actes reconstitués. Elle était dite femme de Louis PASQUES et native de Sacy dans l’Yonne (il existe plusieurs Sacy en France). Son âge au décès la fait naître vers 1739. Anne exerçait la profession de sage-femme et est décédée en son domicile 8 rue de Thionville à Paris 19è actuel, anciennement 11è.
Transcription de son acte de décès reconstitué :
« RECONSTITUTION DES ACTES DE L’ÉTAT CIVIL DE PARIS
Expédition délivrée sur papier libre, en exécution de la loi du 12 février 1872, par Me Meunié Notaire à Paris soussigné, le [non renseigné] mil huit cent soixante, d’une Copie authentique d’acte de Décès annexée à la minute, étant en sa possession, d’une Notoriété reçue le quinze Germinal an sept [note : 04 04 1799] par Me Boursier
Extrait des registres des actes de Décès. Du vingt six thermidor an six de la République [note : 13 08 1798] Acte de décès de Anne Bourdillat sage femme agée de cinquante neuf ans native de Sacy département de l’Yonne, domiciliée à Paris rue de Thionville N°8, Division du théatre Français mariée à Louis Pasques, decédée cejourd’hui à onze heures et demie du matin demeure susdite Sur la déclaration faite par les témoins dénommés au registre qui ont signé avec L.M. Gauthier officier public. Collationné par moi soussigné officier public de l’état civil pour le onzieme arrondissement de Paris. Signé : Merigot.
Délivré par moi secrétaire en chef le présent extrait pour lequel il a été payé un franc, compris le timbre. A Paris, le vingt neuf frimaire de l’an sept [note : 19 12 1798] de la République française une et indivisible. Signé illisiblement Expedie et collationné. Signé meunié »
Transcription de la copie du procès-verbal de constations et d’identification du corps de Louis PASQUES :
« L’an huit de la République française une et indivisible et le lundi trois Germinal [note : 24 03 1800] dix heures du matin Pardevant nous Jean Le Sévre, Juge de Paix et officier de Police Judiciaire du Canton de Paris Division du museum, assisté de François philippe Bemage nôtre Secretaire Greffier
Sont Comparus Eustache Claude Pasques, marchand fruitier demeurant à paris rue de thionville n°8 Division du theâtre Français, Pierre Nicolas Francois Poulain, fourbisseur demeurant à paris rue thibaut a Dée n°11 [note : rue Thibaud au dé n’existe plus] Et Paschal Bossu, marchand de vin, demeurant à Paris rue de Thionville n°8 Lesquels nous ont requis de nous transporter avec eux à la Basse Geole du cidevant Chatelet à l’effet de reconnoître un cadavre masculin qui y est deposé et qu’ils presument être celui de Louis Pasques, ancien fourbisseur, natif de Paris, agé de soixante trois ans, veuf d’anne Bourdillat, domiciliée à Paris rue Pierre Sarazin n°5 qui est disparu depuis le trente pluviose dernier [note : 19 02 1800] et ont signé, ainsi signé à la minutte des présentes Pasques, Poulain, Bossu, Au quel requisitoire obtentemperant nous Juge de Paix dusdit nous sommes transportés avec les susnommés à la basse geole du cidevant Chatelet, ou Etant nous avons trouvé le citoyen Daude concierge et Greffier de la dite geole que nous avons requis d’en faire ouverture et de nous donner les renseignements qui sont à sa connoissance concernant ledit cadavre, à quoi obtemperant ledit Daude nous a dit que ledit cadavre a été déposé à la dite Geole le jour d’hyer en conséquence d’un ordre du Juge de Paix de la Division des invalides en datte du même jour portant que le dit cadavre a été trouvé noyé dans la rivière de Seine près Le gros Caillou, qui avoit sur lui une chemise marquée L.P. Une redingotte de draps bleu a collet rouge, Un gilet de velours de côton rayé, une culotte de velours de coton et une paire de bas de laine à côtes couleur brune, les quels effets ledit Daude a representés, Et à l’instant les témoins susnommés ont déclaré quils reconnoissent ledit cadavre pour être celui dudit Louis Pasques cidevant nommé quil connoissaient parfaitement de son vivant particulierement ledit Eustache Claude Pasques comme Etant son Pere, quils reconnoissent egalement les effets représentés pour lui appartenir. Et de tout ce que dessus nous avons donné acte et dressé le présent Procès Verbal que les dits témoins et le dit Daude, après en avoir entendu lecture ont signé avec nous et nôtre secretaire greffier lesdits jour et an que dessus, ainsi signé à la minutte en présentes, Pasques, Poulain, Bossu, Daude, Le Sévre, Juge de Paix, Bernage Secretaire Greffier.
Pour expedition [signature] Bernage Enregistré [en abrégé] a Paris le 4 Germinal an 8 [note : 25 03 1800] Recu un f 10 [1 f [note : franc] 10 [note : centimes?]mot non compris].C. Suit une signature. »
Note : L’hypothèse du suicide peut être envisagée.
La poursuite des recherches a permis de relever trois enfants du couple. Il peut y en avoir d’autres dont les actes n’ont pas été reconstitués, et nombre d’actes de décès de personnes mariées sont sans filiation. – Thomas PASQUES né le 10 septembre 1763 à Paris 06. – Eustache Claude PASQUES tailleur puis marchand fruitier, né le 17 mai 1766 à Paris 06, marié à Suzanne BOSSU le 07 février 1789 paroisse Notre-Dame de Versaielles, dont enfants. – Marie Catherine PASQUES née le 01 mars 1773 à Paris 06, où elle est décédée le 18 décemebre 1836. Elle avait épousé à Paris 06 Jean François LELANDAIS imprimeur.
De nos jours, existent des descendants du couple PASQUES / BOURDILLAT, via le couple LELANDAIS / PASQUES, comme en témoigne un seul arbre mis en ligne sur Geneanet dont la branche ne remonte pas au-delà de dudit couple.
Marie-Jeanne Carré-Lévêque citée dans le texte est célébrée dans le calendrier de l’auteur et fera l’objet d’un article.
(1) La Loge Croulot de Sacy. Synthèse des Recherches
Quand la généalogie vous lie dans les registres presque trois siècles à la Loge de Sacy – et peut-être bien plus si les actes paroissiaux qui nous sont parvenus avaient été correctement renseignés par les prêtres, à supposer évidemment qu’elle existât déjà – cette métairie devient un centre d’intérêt où gravitent certaines familles que l’on peut ainsi reconstituer et y localiser certains membres lorsqu’aucun acte ne le précise. Ces familles de la Loge, initialement non apparentées et appartenant à des milieux sociaux divers (amodiateur, employés, métayers), à l’issue de presque trois siècles, ont fini par se lier, et leurs descendants en sont la résultante. Les recherches sur les autres habitants de cette métairie ont permis en outre de compléter la généalogie familiale. On apprend en effet souvent beaucoup plus par les renseignements complémentaires que par les actes eux-mêmes.
La Loge de Sacy était à l’origine une métairie, terme employé quand les propriétaires n’en étaient pas les exploitants et d’ailleurs n’y vivaient pas. Elle prend l’appellation ferme quand les propriétaires en deviennent les exploitants. C’est le cas également ailleurs. Edme RÉTIF, père de Rétif de la Bretonne, acquiert la métairie de la Bretonne en 1740. Le propriétaire était de Vermenton. La famille RÉTIF ne vient l’habiter qu’en 1742 : « 1742-J’avais huit ans, lorsque mon père quitta la maison de la porte Là-bas, qui appartenait à mon frère utérin Boujat, pour aller demeurer à la Bretonne, où était un fermier » [Monsieur Nicolas].
Quant à la Loge, les actes le plus souvent la désignent par « la Loge ». En 1605 « la loge ». En 1635 « la loge Crolo ». Le 24 août 1639, Vincent MINÉ (baptisé à Sacy le 6 novembre 1577), demeurant à « la loge » est présent lors de l’enregistrement du testament de Jeanne DEGAN à Courtenay, hameau de Vermenton, sis à 550 mètres de la Loge. Cette découverte récente, faite lors du déchiffrement (euphémisme) dudit testament, nous apprend donc que les MINÉ en la personne de Vincent, étaient déjà à la Loge à cette date, et si on tient compte de la suite et du rang qui doit être le sien le faisant l’un des témoins des dernières volontés de Jeanne DEGAN, il devait être le métayer de la Loge. La suite est que son petit-fils Pierre MINÉ (1653-1694) et arrière-petit-fils Pierre BOUTELAT (1671-1743) ont été les métayers de la Loge : ils avaient épousé Anne DONDAINE (ca 1658-1721) la fille de Edme, l’amodiateur et receveur des terres de la Loge. Dans un acte paroissial du 20 février 1670, il est fait mention de la « Metairie de la loge » En 1677 deux actes paroissiaux désignent le lieu par « la Loge Crouslot ». Puis ce sera sur des plans cadastraux du début du 18è siècle que cette appellation se rencontrera avec des variantes orthographiques. L’appellation disparaîtra par la suite et il ne restera que « la Loge ».
Deux problèmes se sont posés pour ces recherches : D’abord les propriétaires de la Loge ne sont jamais nommés en tant que tels dans les actes paroissiaux. Et c’est souvent le même cas ailleurs, la métairie de la Femme Morte à Vermenton par exemple et bien d’autres. Ensuite, ce problème maintes fois soulevé, est que dans les actes, la paroisse de Sacy est sous-entendue dans sa globalité. Le même problème se rencontre ailleurs et également après la révolution. Il n’est pas toujours fait mention du lieu de domicile des gens cités. Ainsi, la population du Val-du-Puits de Sacy étant bien supérieure à celle de la Loge, proportionnellement il y a plus d’actes qui indiquent parfois que certains habitants demeurent dans ce hameau, et ces quelques actes permettent d’y localiser leur famille. Le problème s’est nettement aggravé de nos jours, car il n’est plus question de hameaux ou lieux-dits d’une paroisse ou d’une commune, mais de communes associées ou communes nouvelles. Pour des raisons économiques, des communes ont été absorbées par d’autres. Essert en 1972 est devenu Lucy-sur-Cure et administrativement n’a plus aucune existence. Ainsi les personnes qui y décèdent (sauf accident plus personne ne naît dans les villages) sont déclarées décédées à Lucy-Sur-Cure dans le fichier de l’INSEE. Seule leur tombe à Essert permettra de localiser le décès à Essert le cas échéant, puisque l’acte de décès même ne nous est pas accessible dans des temps proches (40 ans pour Paris, 100 ans pour l’Yonne dans les Archives en ligne). De plus, les registres paroissiaux et d’état-civil d’Essert en ligne ont été intégrés à ceux de Lucy-sur-Cure, et de nombreuses erreurs sont commises dans les généalogies, indiquant les lieux des actes à Lucy-sur-Cure alors qu’il s’agit des registres d’Essert. Ce n’est quand même pas pareil ! Il en est de même pour Sacy devenu en 2015 Vermenton ! Ainsi les gens de Sacy deviennent les Vermentonnais (source : Wikipedia). Ainsi les personnes décédées à Sacy sont enregistrées comme décédées à Vermenton. Ils sont inhumés dans le cimetière de Vermenton à Sacy ! Ainsi la fondation du patrimoine, pour la nouvelle cloche et autres travaux, fera un appel aux dons pour l’église de Vermenton à Sacy ! N’est pas loin le temps où il sera écrit que Rétif de la Bretonne est né à Vermenton. Ainsi, devrions-nous dorénavant parler de la Loge de Vermenton. Était-ce prémonitoire quand il y a deux générations les plaques des colliers des chiens de chasse de la Loge étaient gravées à « La loge Vermenton » ? Bref, ce sujet a amplement été développé dans un autre article. Revenons à la Loge.
En remontant le temps et en fonction des quelques très rares renseignements que pouvaient contenir certains actes, il a fallu formuler des hypothèses qui restaient valables tant que rien ne venait les contredire, tout comme en sciences, afin tenter de déterminer qui était propriétaire de la Loge.
La métairie de la Loge de Sacy est située sur un « plateau » peut-on dire, en limite de trois autres paroisses, maintenant de quatre communes qui sont Vermenton, Saint-Cyr les Colons, Lichères-près-Aigremont et Nitry. Avant la Révolution Lichères était paroisse de Nitry et leur Seigneur était l’Abbé de Molesme.
En règle générale, les métairies étaient implantées soit en limite des terres de la paroisse soit en sortie du village comme celle de la Bretonne à Sacy. Ainsi il y avait par exemple la métairie de la Femme Morte à Vermenton à la limite des terres de Sacy et d’Essert. Il y avait à Essert une métairie appartenant aux religieux de Reigny. Il y avait aussi une métairie au Val-du-Puits de Sacy. Cela est encore plus parlant avec Nitry et ses métairies, celle de Grille en limite des terres de Lichères-près-Aigremont, celle de Vormes en limite des terres de Sacy, celle de Noiret en limite des terres de Noyers et celle non nommée à la sortie de Nitry en direction de Joux-la-Ville. Il y en avait d’autres qui ont disparu, comme ont disparu celles de la Femme Morte et celle d’Essert. Il y avait même une métairie de la Loge à Nitry qui n’existe plus.
Ce « plateau » donne sur des vallées, au Sud celle des Fontaines qui descend à Sacy, à L’Ouest celle qui descend vers Vermenton, au Nord de Saint-Cyr les Colons une vallée qui mène à Saint-Bris-le-Vineux, au Nord-Est de Lichères une vallée qui mène en direction d’Auxerre et bien au Sud de Nitry cette grande descente vers Joux-la-Ville qui rejoint Sacy par une autre vallée, la route actuelle Sacy-Joux.
À 550 mètres de la Loge se situe le hameau de Courtenay dépendant de Vermenton. Jeanne DEGAN / DE GAN, fille de René écuyer et Seigneur de Courtenay, est souvent marraine à Sacy. Elle l’est aussi pour des enfants nés à la Loge et en 1624 pour la bénédiction de la petite cloche à sonner la passion, le parrain n’étant autre que Olivier BÉRAULT qui s’avérera être à l’époque le propriétaire de la Loge. Jeanne DEGAN a été enterrée dans l’église de Sacy à Vermenton, devrions-nous dire dorénavant, en 1639. Un article lui est consacré. Très proches de la Loge sont les métairies du Bois-l’Abbé sur les terres de Lichères paroisse de Nitry. Il ne reste qu’un bâtiment de nos jours. Les autres sont en ruines. François DONDAINE (ca 1620-1700), métayer du Bois-L’Abbé est le frère de Edme DONDAINE (ca 1619-1679) originaire de Lichères qui sera amodiateur et receveur des terres de la Loge de Sacy de 1661/1665 à 1679 date de son décès. Un peu plus loin au Nord-Ouest, à un peu plus de 2 km en ligne droite de la Loge est implanté le hameau de Vau-Germain (les Vaux Germains sur les vieux actes) dépendant de Saint-Cyr-les Colons.
La Loge, carte d’état-major 1820-1866 :
La progression des recherches se résume comme suit : En remontant le cours du temps dans le cadre de la généalogie familiale, les recherches nous amènent aisément à Edme DONDAINE (ca 1619-La Loge 1679), déjà cité, qualifié d’amodiateur et receveur des terre de la Loge, charge qu’il occupe entre 1661 & 1665. Mais aucun acte n’en indique le propriétaire. Son frère François est métayer au Bois-l’Abbé de Lichères et son autre frère Léonard est à l’origine des DONDAINE de Sacy où il exerce la profession de maréchal. La famille DONDAINE vient de Lichères mais n’y est pas y originaire. Le sujet a été traité dans un autre article, celui de Edme RÉTIF, père de l’écrivain.
Avant Edme DONDAINE, les curés se précèdent sans citer la Loge pendant près d’un demi-siècle. Le testament de Jeanne DEGAN déchiffré récemment réduit ce temps à plus de deux décennies, mais il n’en demeure pas moins que les baptêmes et autres actes n’indiquent plus la Loge pendant une cinquantaine d’années. Le 29 octobre 1616, la Loge réapparaît dans nos recherches dans un acte testamentaire établi par le curé de Sacy pour Jean DROIN, un habitant de Sacy qui demeure « a la methairie de monsr de Gan pres la loge ». René DEGAN est le Seigneur de Courtenay cité plus haut. Jeanne DEGAN est sa fille. Enfin le 06 septembre 1605 est baptisé à l’église de Sacy « Jhan Colin fils Jhan et Philiberte Tillin demeurant à la loge » La Loge n’apparaîtra plus dans les actes avant cette date. Le registres de Sacy remontent, avec malheureusement de grandes lacunes, un an avant l’édit de 1639 de Villers-Cotterets de François 1er [1]. La Loge donc, a priori n’est plus citée avant 1605. Les actes en latin sont réduits à leur plus simple expression. Aucun zèle de la part des prêtres qui ne signent même pas.
Edme DONDAINE décède à la Loge en 1679 après avoir fait son testament auprès de Guillaume BOUJAT, Lieutenant de Sacy dans les Croix, à savoir Lieutenant de Sacy pour le Commandeur d’Auxerre de l’Ordre de Malte (ex Ordre des Hospitaliers), Seigneur en partie de Sacy (l’autre Seigneur à cette époque est l’Évêque d’Auxerre et son Chapitre) dite Justice de Sacy hors les Croix. Le fait qu’il ait fait appel au Lieutenant du Commandeur pour établir ce testament a fait supposer que la Terre de la Loge relevait de l’Ordre de Malte du Saulce d’Auxerre, peut-être même propriétaire. La suite des recherches montrera que l’Ordre n’en est pas propriétaire et que rien n’indique que la Loge relevait de la seigneurie de l’Ordre, ni de celle de l’Évêque d’Auxerre et son Chapitre. Peut-être la Loge était-elle une Terre de franc-aleu roturier (également franc alleu) et ne relevait donc d’aucun seigneur [2] Tout cela est compliqué. Que penser de ces baux des revenus de la terre de Sacy-hors-les-Croix, indivise entre le chapitre et l’évêque d’Auxerre en 1584, à Claude BÉRAULT, pour 500 livres ? Il n’est pas précisé si ce sont les terres de la Loge ou autres, mais Claude BÉRAULT que l’on trouve parfois qualifié de Seigneur de la Loge, n’est autre que le père de Olivier dont il a été question plus haut.
Les recherches auprès des Archives en ligne de l’Yonne, permettent de découvrir quelques plans de la Loge, et d’apprendre qu’un bornage à la demande des gens de Sacy en 1724 y a été effectué par Simon MARAT, arpenteur de Noyers « des terres, brossailles et bruaires faisant parthye d’un domaine proche ledict Sacy tenant du nord a lorrient aux terres et finage dudict lieu vulgairement dict la loge Croulot ».
Le premier plan cadastral que nous avons des terres de la Loge est de 1724, date à laquelle le Collège des Jésuites d’Auxerre en est dit propriétaire. D’autres plans ont été établis par la suite courant 18è siècle qui confirment cette propriété.
Certains éléments portés à notre connaissance et les questions qui s’en sont suivies ont permis de formuler des hypothèses qui se sont révélées vraies pour certaines, fausses pour d’autres : Pourquoi n’y a-t-il pas de plans avant 1724 ? Peut-être simplement parce que les Jésuites n’en étaient pas propriétaires (ce qui était faux) et que ce bornage de 1724 semble résulter d’un différent d’avec les gens de Sacy (ce qui est vrai). La supposition « nouveau propriétaire, nouveau bornage » était également fausse. L’Ordre des Jésuites n’existant que depuis 1540, il ne pouvait en être propriétaire avant cette date. (Cela ne peut qu’être vrai, ils n’ont pas tardé et en sont propriétaires depuis août 1642). Le testament de Edme DONDAINE ayant été recueilli par le Lieutenant de l’Ordre de Malte, semblait déterminer que l’Ordre était propriétaire de la Loge. (faux, on ne sait même pas si la Loge relevait de l’Ordre, de l’Évêque d’Auxerre et son Chapitre, ou était une terre de franc-aleu). Ajouté à cela un une longue période à partir de 1722 où la Loge n’est plus citée dans les actes. Pierre BOUTELAT, fermier de la Loge s’étant remarié à cette date avec une veuve de Nitry, Marguerite PETIT. Il est qualifié dans l’acte de laboureur demeurant à la métairie de la Loge. Sa femme décède en 1731 à Saint-Cyr-les-Colons d’où elle est originaire. Pierre BOUTELAT y décédera en 1743. Donc en 1731 et avant, le couple demeurait a priori à Saint-Cyr. Ce départ de Pierre BOUTELAT de la Loge semblait confirmer l’hypothèse du changement récent de propriétaire de la métairie ce qui était faux. Nous ne lui connaissons qu’une fille née de son premier mariage d’avec Anne DONDAINE et qui épouse en 1713 à Sacy Simon PETIT de Saint-Cyr. L’absence de fils pour reprendre la métairie, lui-même vieillissant explique plus certainement son départ de la Loge. Entre 1739 et 1741, Edme CARRÉ, venant avec femme, enfants de Oudun hameau de Joux-la-ville où il est laboureur débarque à la Loge pour y prendre la fonction de métais.
La Loge, carte de Cassigny vers 1750 :
Il aura fallu torturer pendant une longue période le moteur de recherches internet, varier les questions, poser inlassablement les mêmes, pour qu’un jour, finalement sorte un document [3] indiquant que : « Le 8 Août 1642, donation faite par le Sieur Olivier Berault Avocat, en faveur du Collège [note : des Jésuite d’Auxerre], pour en augmenter le revenu, d’une Métairie sise à la Loge Paroisse de Sacy, à cinq lieues d’Auxerre ». Notons que sous la dénomination « d’une métairie », il s’agit de la Métairie de la Loge. L’Ordre de Malte est en décadence contrairement à celui des Jésuites qui acquièrent de nouvelles terres, placement financier de l’époque. Ainsi « Les ci-devant, soi-disans Jésuites ont acquis à Sacy de la veuve Perriere, par contrat du 19 Février 1664, un arpent de vignes, moyennant 110 liv. » Les de la PERRIÈRE, originaire de Lichères, sont les successeurs des DEGAN & TOUTEFAIRE à Courtenay [3]. A noter l’appellation des « soi-disant Jésuites », l’expression était utilisée pour les huguenots « la soi-disant religion réformée ».
Avant de terminer ce premier volet sur la Loge de Sacy, il serait pertinent de déterminer ce que signifient ou peuvent signifier le mot « Loge » ainsi que celui de « Coslot ou Crouslot ».
Pour Loge, c’est finalement facile. De très nombreux lieux en France sont composés de ce mot. Nombre de fermes aussi. Le mot viendrait du vieux-francique, langue originelle des Francs saliens (Clovis) « laubia » ou « laubja » qui est abri de feuillages, et par extension dans le temps, une hutte, une petite cabane ou un cabanon. Selon le dictionnaire de la Langue Française « llf » le mot « loge » est un terme devenu désuet signifiant petite construction sommaire, telle qu’une cabane ou une hutte, une cahutte. Le dictionnaire de l’Académie Française va dans le même sens. Le terme « loge » daterait du 13e siècle et son origine est incertaine, le terme est vieilli de nos jour et signifiait petite cabane ou abri rudimentaire. Donc tous les lieux contenant le mot « loge » n’étaient à l’origine qu’une petite cabane.
Pour « Croulot » et ses autres orthographes « Crolot », c’est plus complexe. Est-ce un nom de lieu ? Le cadastre n’en a gardé aucun souvenir.
Il y a quelques années, un dictionnaire en ligne maintenant inaccessible, donnait à « Croulot » la définition d’un terme ancien pour désigner le cri de la corneille. Les terres de la Loges étaient-elles envahies par les corneilles ?
Il existe une ruelle Crolot à Étivey dans l’Yonne à 28 km de Sacy par la route. Mais, incroyable, la mairie de cette commune ne sait pas d’où vient son nom ! Comment un maire rural peut-il ne pas connaître a minima l’Histoire de son village [4] ? Depuis l’important exode de la ruralité vers les grandes villes dans la première moitié du 20è siècle, exode qui a commencé bien avant, même si certains ont gardé attache avec leur village, et y ont gardé ou acquis une maison, s’y sont fait enterrer, de nos jours la majeure partie des habitants ruraux n’y ont aucun ancêtre. On habite là comme on aurait pu habiter ailleurs. Et les nouveaux maires sont issus de ce grand remplacement rural.
Mais surtout CROLOT et CROULOT et autres variantes sont aussi deux patronymes que l’on trouve en France dont dans l’Yonne. Sur la base Geneanet non exhaustive, dans l’Yonne le nom CROULOT apparaît en 1650.à Épineuil, celui de CROLOT en 1668, 1685 à Chéroy et 1809 (recensement) à Dracy.
Les prochains articles sur la Loge reprendront chronologiquement les différentes époques marquées par les personnes qui ont administré cette métairie. Les BÉRAULT feront l’objet également d’un chapitre.
Entée de la Ferme de la Loge de Sacy sur la route Vermenton-Lichères.
La ferme de la Loge de Sacy :
[1] source Wikipedia : L’ordonnance d’août 1539 sur le fait de la justice, dite l’ordonnance de Villers-Cotterêts, aussi appelée l’ordonnance Guillemine, est un texte normatif édicté par le roi de France François Ier, entre le 10 et le 25 août 1539 à Villers-Cotterêts (dans le département actuel de l’Aisne), enregistré au Parlement de Paris le 6 septembre 1539. Cette ordonnance est le plus ancien texte normatif encore en vigueur en France, ses articles 110 et 111 (concernant la langue utilisée par la justice) n’ayant jamais été abrogés.
« art. 110. Que les arretz soient clers et entendibles Et afin qu’il n’y ayt cause de doubter sur l’intelligence desdictz arretz. Nous voulons et ordonnons qu’ilz soient faictz et escriptz si clerement qu’il n’y ayt ne puisse avoir aulcune ambiguite ou incertitude, ne lieu a en demander interpretacion.» (Que les arrêts soient clairs et compréhensibles, et afin qu’il n’y ait pas de raison de douter sur le sens de ces arrêts, nous voulons et ordonnons qu’ils soient faits et écrits si clairement qu’il ne puisse y avoir aucune ambiguïté ou incertitude, ni de raison d’en demander une explication.)
« art. 111. De prononcer et expedier tous actes en langaige françoys Et pource que telles choſes sont souuenteſfoys aduenues ſur l’intelligence des motz latins cõtenuz eſdictz arreſtz. Nous voulons q~ doreſenauãt tous arreſtz enſemble toutes autres procedeures ſoient de noz cours souueraines ou autres ſubalternes et inferieures, soyent de regiſtres, enqueſtes, contractz, commiſſions, ſentẽces, teſtamens et autres quelzconques actes & exploictz de iuſtice, ou qui en dependent, ſoient prononcez, enregistrez & deliurez aux parties en langage maternel francoys, et non autrement. » (De prononcer et rédiger tous les actes en langue française Et parce que de telles choses sont arrivées très souvent, à propos de la [mauvaise] compréhension des mots latins utilisés dans lesdits arrêts, nous voulons que dorénavant tous les arrêts ainsi que toutes autres procédures, que ce soit de nos cours souveraines ou autres subalternes et inférieures, ou que ce soit sur les registres, enquêtes, contrats, commissions, sentences, testaments et tous les autres actes et exploits de justice qui en dépendent, soient prononcés, publiés et notifiés aux parties en langue maternelle française, et pas autrement.)
[2] Source : Centre National de Ressources textuelles et lexicales. Il y eut deux sortes de franc-aleu : le noble et le roturier, le noble étoit celui qui entraînoit justice, censive ou mouvance, le roturier celui auquel toutes ces conditions manquoient, ce dernier, le plus ancien des deux, représentoit le foible reste de la propriété romaine (Chateaubr., Ét. ou Disc. hist.,t. 3, 1831, p. 372).Cf. al(l)eu ex. 1.
En fait c’est bien plus compliqué que cela comme l’exprime Monsieur Étienne MEUNIER dans un courriel. Étienne MEUNIER historien et généalogiste, est cofondateur en 1981 de cette société savante qu’est la Société Généalogique de l’Yonne. Il a rédigé de nombreux cahiers généalogiques et autres ouvrages nous plongeant dans le Moyen-Age. Actuellement il travaille sur la publication de 1550 pages de contribuables dans la cité de Troyes entre 1374 & 1595. Il a obtenu, à l’unanimité du jury, le Prix littéraire de la Fédération Française de Généalogie en 2013 pour son ouvrage : « 32 études de familles patriciennes de Sens du 12e au 15e siècle ».
Voici ce qu’il écrit dans son courriel au sujet de la Seigneurie de la Loge (Claude BÉRAULT) : En ce qui concerne le statut de la terre de La Loge. « Il n’y a aucun rapport entre canton de terre – hameau – paroisse – et seigneurie.
Le fief est une « enclave » territoriale au statut civil particulier, pouvant remonter à plus d’un millénaire (les fiefs sont connus depuis les Mérovingiens). Il n’a pas besoin d’habitants, de tourelles, de pont-levis et d’armures bricolées. Et des fiefs, il y en a énormément (ex. une dixaine à Fleurigny au XIIIe). Avec le temps, ils ont eu tendance à s’agréger, ce qui fait que la lecture des fiefs se simplifie au XVIIIe. Mais ils sont encore très nombreux dans la première moitié du XVIIe. A l’origine, le fief est un revenu, concédé par un puissant ou un égal à un fieffé, dont le comportement doit être irréprochable. Le fieffé doit le conseil, la loyauté, et plus si la concession d’origine l’a exigé (ex. le service armé qui n’est pas en soi obligatoire). Il existe « des fiefs en l’air » qui sont une affectation de recette par exemple sur les revenus d’un pont ou d’un marché (très en faveur en Champagne comtale). Il n’y a pas alors d’assiette foncière.
La seigneurie n’est pas obligatoirement un fief. C’est un territoire qui a la capacité juridique « de justice ». Qu’elle soit petite, grande ou moyenne (rien à voir avec les hectares, mais avec le niveau judiciaire exercé). Il faut au minimum y trouver un lieu abrité pour rendre justice (un auditoire grand comme un clapier suffit !) et y incarcérer (un trou en terre suffit). Bien entendu, la seigneurie peut être aussi un fief, mais, j’insiste, les deux notions sont distinctes.
On connaît très mal l’organisation des fiefs et des seigneuries de l’Auxerrois, et je dirai même, surtout au Sud-Est d’Auxerre. Donc, chez vous.
Par exemple, un grand féodal du XVIe, pressé par des besoins d’argent, a très pu ériger en fief une métairie, et même lui conférer des droits judiciaires (ex. de basse justice) pour en faire une seigneurie. Et racheter le tout plus tard. J’ai des exemples précis en tête. Cette réalité est mouvante.
Profitant de ce chaos, des bourgeois urbains, en ont profité, pour se titrer sieur de X. Le maximum de ce mouvement se repère sous Louis XIII. Les apparences de noblesse qu’on se donne alors provoque une fuite massive d’imposables vers le statut d’exempts. Louis XIV réagira. Je rappelle que vers 1670, sur 12.000 habitants à Romilly-sur-Seine, 10.000 se disent « nobles ». D’où le marché des offices royaux … Colbert lâchera ses « chiens » et les délateurs rémunérés l’aideront à ramener tout le monde à la niche fiscale : lourdement taxés, ils sortiront ruinés. Molière s’en moquera.
Les institutions religieuses, mises à mal depuis le concordat de Bologne, vont activement pousser à l’émergence de nouveaux fiefs (ex. voir mon étude concernant Lailly et le patrimoine de l’abbaye de Vauluisant). Victimes de la Monarchie, et ayant perdu toute autonomie depuis François Ier, elles vont créer de très nombreux fiefs. Certains seront rachetés dans un délai de 99 ans après leur création … mais pas tous.
Il faut donc aborder le cas de La Loge avec ces données en tête. »
[3] Source : « Recueil par ordre de dates, Contenant tous les Comptes rendus par MM. les Commissaires du Parlement, au sujet des Collèges & autres Etablissemens, que possédoient dans le ressort de la Cour, les ci-devant soi-disans Jésuites. Tome sixième. A Paris Chez P.G. Simon, Imprimeur du Parlement, rue de la Harpe, à l’Hercule. M. DCC. LXVI. (page 553)
[4] Il ne faut pas en arriver à cette autre extrémité, comme l’a fait la mairie suzeraine de Vermenton : pondre une Histoire de Sacy bourrée de débilités qui n’ont pas été retirées malgré la démonstration faite ces inepties. Ce sujet a été traité dans un autre article. Pour l’instant il n’y a pas d’arrêté municipal pour contestation de l’Histoire Officielle de Sacy !
La « fumée du vin » cause le décès de deux enfants à Vermenton en 1682
Le 12 octobre 1682 alors que le vin fermentait, les émanations de gaz carbonique « la fumée de vin » qui s’accumule au fond de la cave causé le décès de deux enfants.
« Le mesme Jour et an que dessus [note : 12 10 1682] moururent Louys aagé de 5 ans, et Alexandre aagé de 3 ans ou environt enfans du sieur Gisles Bertran No.re [Notaire] et ancien Praticien de Vermenton Inhumés dans nre [notre] Cimetiere, ayants esté surpris de la fumée du vin dans la cave dud. Sr Bertrant a son Insceu Et apres les avoir faict chercher environt deux heures. C’est l’assurance que nous en donnons ce 13e Octobre mil six cent octante deux. » Signature de : – Gilles BERTRAND [père des enfants] – Germain GALLET [curé de Vermenton] – DELAGOUTTE [vicaire de Vermenton] – Edme POULEINE [oncle maternel des enfants]
Gilles BETRAND également orthographié Gisles BERTRAN[T], est qualifié respectivement dans les registres paroissiaux de Vermenton tout le long de sa vie, de greffier en la Justice de Reigny, greffier en la Prévôté Royale de Vermenton, procureur de la Justice Royale de Vermenton, et notaire royal. En 1674 ,il est élu syndic [1] Il a été baptisé à Vermenton le 6 janvier 1636. Ses parents nés avant 1606 sont Nicolas BERTRAND également notaire royal & Barbe COMPAGNOT dont sept enfants sont relevés sur les registres, nés de 1626 à 1644. Nous sommes à ce stade à la limite de ce que les registres paroissiaux de Vermenton qui nous sont parvenus peuvent nous offrir. Cela est assez frustrant. Gilles BERTRAND épouse avant 1658 Marie POULAINE également orthographié POULEINE. Aucun acte de mariage de Vermenton avant 1664 ne nous est parvenu. Marie POULAINE a été baptisée à Vermenton le 22 juillet 1639. Elle est la fille de Jean POULAINE marchand (né vers 1604 sous Henri IV-décédé à Vermenton le 18 mars 1684) et de Philiberte QUINCY (née avant 1612). Nous avons relevé cinq enfants du couple POULAINE-QUINCY de 1629 à 1639. Onze enfants du couple Gilles BERTRAND-Marie POULAINE sont relevés entre 1658 et 1680, dont les deux décédés dans la cave le 12 octobre 1682. Louys BERTRAND avait été baptisé à Vermenton le 25 décembre 1678. Alexandre BERTRAND est né le 03 mai 1680 à Vermenton et y a été baptisé deux jours plus tard. Gilles BERTRAND épouse à Vermenton le 26 novembre 1697 en secondes noces Jeanne LACONCHE née vers 1654, inhumée à Vermenton le 12 juin 1697, fille de Edme LACONCHE et de Jeanne PETIT. Jeanne LACONCHE a alors environ 43 ans et aucun enfant n’est né de ce remariage. Il s’agit également d’un second mariage pour Jeanne LACONCHE. Elle avait épousé le 7 mai 1679 à Vermenton Edme DUCROT/DU CROT, huissier audiencier, décédé entre 1693 et 1697. L’acte de décès de Marie POULAINE ne se trouve pas dans les registres de Vermenton (oubli, lacune ?) Elle est décédée entre mai 1680 et 1697 date du remariage de son mari. Gilles BERTRAND sera inhumé le 02 mai 1722 en l »église de Vermenton. Il avait 86 ans. Jeanne LACONCHE lui survivra deux années, et sera inhumée à Vermenton le 12 juin 1724, le lieu n’est pas précisé, donc certainement au cimetière de la paroisse, ce qui n’aurait probablement pas été le cas si elle était morte avant son mari.
Ursule BERTRAND, baptisée à Vermenton le 13 novembre 1672, fille du couple BERTRAND-POULAINE, épousera à Vermenton le 10 janvier 1701 François HUOT, né vers 1663 à Bessy-sur-Cure, décédé le 26 juin 1731 à Lucy-sur-Cure, qualifié de laboureur puis de greffier à Lucy-sur-Cure. La famille est originaire de Arcy-sur-Cure
Anne HUOT (Lucy 1744- Essert 1816) petite-fille du couple épousera en 1666 Lazare BOUDILLAT (Essert 1739) dont on n’a pas le décès. Lors du mariage en 1808 de leur fils Lazare BOURDILLAT,il est indiqué que Anne HUOT est autorisée par jugement du juge de paix du canton de Vermenton du 02.05.1806 qui constate que son mari Lazare BOURDILLAT est absent depuis courant février 1805, et la déclare « en état de régire et de gouverne les états et affaires dudit BOURDILLAT jusque son retour ou qu’il donne de ses nouvelles… »). Lazare BOURDILLAT ne réapparaîtra pas à Essert.
Barthélémy BOUDILLAT (1770-1859) fils du couple BOURDILLAT-HUOT, cultivateur, vigneron, maître d’école et maire d’Essert de 1815 à 1848) est médaillé de Sainte-Hélène [2]
Lazare BOUDILLAT (1778-1825) vigneron, propriétaire à Essert, autre fils du couple et marié en 1808 à Félicité BOURDILLAT, est qualifié à son décès à Essert en 1825 de militaire pensionné. S’il n’a pas reçu la médaille de Sainte-Hélène [2] c’est qu’il fallait être en vie à l’époque où elle a été instaurée (1857). Ce couple a eu pour fils Joseph Marie Pauline dit Eugène BOUDILLAT qui épousera en 1845 Julie RÉTIF (1821-1901) dont il existe une photo, et qui fait partie des donateurs pour les vitraux « Vermonet »de l’église de Essert avec la famille PIAULT de l’un de ses gendres. Julie RÉTIF est la petite-nièce de Rétif de la Bretonne, et il a été plusieurs fois question d’elle dans d’autres articles. Leur tombe est toujours visible à Essert en cette année 2025.
[1] En France sous l’Ancien Régime, le syndic est un notable chargé de représenter, d’administrer et de défendre les intérêts d’une paroisse ou d’une communauté rurale. Dans le cas d’une paroisse, il est généralement élu par une assemblée de communiers, constitués de chefs de famille de la paroisse. (sources : Wikipedia).
[2] La médaille de Sainte-Hélène est instituée par décret de Napoléon III, le 12 août 1857, sous le Second Empire. Elle est dédiée aux « compagnons de gloire » de Napoléon Ier dans les « campagnes de 1792 à 1815 », afin de satisfaire en partie les dernières volontés de Napoléon Bonaparte telles que rédigées dans son testament à Sainte-Hélène. Elle est considérée comme la première « médaille commémorative » française.
Le huictiesme novemb. 1668 est arrive un accident de feu en les maisons appelles gauterot qui ont este bruslées dans lesquelles estoit logé un nômé Leonard Luinet salpestrier qui y fut bruslé lui et sa femme, et le dixiesme du mesme mois apres en avoir cômunique a nos superieurs et en suitte de leur permission, et ayant este Informe des vies et maleurs desdits desfuncts Jay procedé a leur sepultures a la requisition d’Andre Luynet salpestrier [rature] ordinaire du Roy son fils demeurant a voutenet lequel André a desire estre faite pour le repos des ames de ses pere et mere les services qui sensuivent scavoir un service solennel de trois grandes messes au jour le plus cômode d apres leur sepulture avec un libera qui sera chanté tous les dimâches pandant un an sur la fosse et ledit Andre sest oblige a ce que dessus fait ledit jour et an es presences de Leonard Piault maistre descolle Ledit Luiney sest (mot non compris) [1] de tout ce que dessus » Signé : A Luynet, Pottier [note : curé de Sacy]
Le salpêtrier : « Anciennement. Ouvrier qui collectait le salpêtre ou travaillait à sa fabrication, notamment pour les poudreries. Sous l’Ancien Régime, les salpêtriers avaient le droit de pénétrer dans les habitations pour récolter le salpêtre. » (Dictionnaire de l’académie Française)
Le salpêtre, ou nitrate de potassium, servait à fabriquer la poudre noire ou poudre à canon, une des rares matières explosives connues depuis la fin du Moyen Âge en Europe . « Sous l’Ancien régime la charge de salpêtrier du roi permettait de vivre très confortablement en étant payé par la ferme générale des salpêtres. Le monopole d’état du salpêtre ne prit fin qu’en 1819 ». (Wikipedia)
« Avant la Révolution, plus de la moitié du salpêtre employé en France provenait de l’Inde par l’entremise d’importateurs anglais. Cette source était désormais interdite. » Sources : « Les pharmaciens et la récolte du salpêtre sous la Convention » éditions Persée.
Pendant les guerres révolutionnaires, il y eut pénurie de salpêtre, due notamment au refus d’autoriser les fouilles par les habitants. Aussi le 5 juin 1793 est promulguée une loi autorisant les salpêtriers pendant la durée de la guerre la recherche de salpêtre dans les diverses dépendances (caves, cellier, granges, écuries… sans nuire à la solidité des murs et des bâtiments). [2] La même année tous les citoyens sont autorisés à établir des nitrières artificielles. [2] Le 9 nivôse du calendrier révolutionnaire était le jour dédié au salpêtre.
Le patronyme LUYNET n’est pas originaire de l’Yonne, il est y inconnu sur toute la base Geneanet, hormis le cas de ces deux salpêtriers appartenant à une même famille et qui ont été inscrits sur Geneanet à l’occasion de cet article. Sans doute se sont-ils déplacés dans la région le temps nécessaire à la récolte du salpêtre, et ont-ils œuvré dans d’autres villages. Sans ce décès et cet incendie, leur présence ne serait pas connue. Avant le 18è siècle, la base Geneanet enregistre le nom de LUYNET en 1698 à Montluçon (Allier), en 1625 à Les Neyrolles (Ain), en 1630 à Champdor (Ain), en 1598 à Saint-Arigne (Nièvre)
Les GAUTHEROT à Sacy, également orthographié GAUT(H)EREAU, GAUTROT, GAULTHEROT, et autres variantes, nous avons :
Le couple Simon GAUTHEROT (né ?- dcd 1640), couvreur de lames et de tuiles, marié à Jeanne PAILLOT (vers . 1569-dcd 1639) dont 5 enfants sont relevés sur les registres, nés de 1606 à 1615. Perrette GAUTHEROT est marraine en 1609 de l’un d’entre eux. Anne GAUTHEROT fille du couple, sera marraine en 1631 d’un enfant du couple Edme FAUVIN & Jeanne GAUTHEROT sa sœur, en 1633 d’un enfant de Nicolas LONGPRÉ & Jeanne VIARD, en 1635 d’un enfant de Laurent COUCHAT & de Chrétienne GAUTHEROT sa sœur, en 1638 d’un enfant de Hugues COLLINET & Magdelaine MENANT ainsi que d’un enfant de Jean TILLIEN & Jeanne MILLETAT, et en 1639 d’un enfant de Jean GAUTHIER & Jeanne MIDÉE et aussi d’un enfant de Thomas ROUARD & de Jeanne BERAULT.
Anne épousera Jean DUMONT. Un enfant né en 1644 est relevé. Jeanne GAUTHEROT autre fille, épousera Edme FAUVIN du Val-du-Puits de Sacy. 6 enfants du couple sont inscrits sur les registres de 1626 à 1638. Bastienne (Sébastienne) GAUTHEROT est marraine en 1626 de l’un d’eux, Simon GAUTHEROT, grand-père est parrain d’un autre en 1627, Ledit Simon GAUTHEROT est parrain en 1611 d’un enfant de Jean GUERAULT, en 1622 d’un enfant de Blaise MARCEAU et de Marie ROUARD, et en 1627 d’un enfant de Edme FAUVIN & Jeanne GAUTHEROT sa fille.
Chrétienne GAUTHEROT (1615-1684), également fille de Simon et de Jeanne PAILLOT est mariée à Laurent COUCHAT (1605-avant 1677). 7 enfants du couple sont relevés de 1633 à 1648. Le parrain en 1637 est le père de Chrétienne. La marraine en 1633 est Jeanne PAILLOT sa mère. Ladite Chrétienne sera marraine en 1641 d’un enfant du couple Jean COUCHAT et Jeanne BONNET ainsi que d’un enfant de Jean TILLIEN & Nicolas BRÉVIN.
Jeanne GAUTHEROT & Jean CORNEVIN se marient en 1611 à Sacy. L’acte succinct en latin est malheureusement sans filiations. Quatre enfants du couple sont relevés de 1613 à 1617. Nous n’en savons pas plus sur ladite Jeanne. Elle est de lamême génération que Simon GAUTHEROT marié à Jeanne PAILLOT. Elle pourrait être sa sœur.
Mariage Jean Cornevin & Jeanne GAUTHEROT 09 octobre 1611, Sacy
Toujours de la même génération que Simon et Jeanne GAUTHEROT épouse CORNEVIN, nous avons Thomasse GAUTHEROT marraine en 1626 d’un enfant de François MILLETAT et de Jeanne COLLINET. Thomasse s’est mariée avant 1606 à Sébastien MILLETAT (aussi MILLETARD & MILTARD) du Val-du-Puits de Sacy. L’exploitation des registres détermine (nous n’avons que 3 actes de baptême de 1606 à 1615) la naissance de 5 enfants.
Sébastienne GAUTHEROT est marraine en 1626 d’un enfant du couple Edme FAUVIN & Jeanne GAUTHEROT et d’un enfant de Jean MIDÉE et Noée (Noëlle) BOUJAT. Elle se mariera à François COUCHAT, dont enfant né en 1635. Sébastienne pourrait être la fille de Simon & de Jeanne PAILLOT, mais aucun acte ne l’indique.
Ces GAUTHEROT de Sacy semblent bien être a priori les membres d’une seule famille. Avec le décès en 1684 de Chrétienne, le nom disparaîtra des registres. Il réapparaîtra plus d’un demi-siècle plus tard lors du décès à Sacy le 7 août 1740, où elle est certainement placée en nourrice, mais l’acte ne le précise pas, de Elisabeth GAUTHEROT née à Vermenton le 14 mai 1740, fille de Edme GAUTHEROT (fils Gabriel et Marie ANCEAU) de Vermenton et de Edmée Morache qui décèdera à Vermenton. 2 jours après la naissance de sa fille. Le couple s’était marié à Vermenton le 28 février 1724.
Et si le nom des GAUTHEROT a disparu de Sacy à la fin du 17è siècle, il n’en demeure pas moins que de nos jours des gens en descendent.
Il aurait été intéressant de savoir dans quelle partie du village se situait cette maison GAUTHEROT. Nous avons une idée de où demeuraient certaines familles de Sacy dans la première moitié du 18è siècle quand Rétif de la Bretonne écrit « J’avais huit ans, lorsque 1742 mon père quitta la maison de la porte Là-bas, qui appartenait à mon frère utérin Boujat, pour aller demeurer à la Bretonne, où était un fermier. Je fus ainsi éloigné de M’lo, de toute la longueur du village : car la Bretonne est à la porte Là-haut, et hors des murs, à plus de trois cents pas. Les eaux de la Farge coulaient alors ; ce qui suffisait pour interrompre la communication entre le bourg et moi. Je ne vis plus mon premier camarade ; ce fut Etienne Dumont, fils d’une bru de Christophe Berthier, qui le remplaça » (Monsieur Nicolas).
« La porte Là-bas » est la maison natale de l’écrivain, sise en face de l’église. La métairie de la Bretonne « La porte Là-haut » est située à l’autre bout du village sur la route de Joux-la-Ville. Mais rien ne permet de déterminer dans quelle partie du village était située la maison GAUTHEROT.
Si quelques noms ont survécu à Sacy depuis le premier registre de cette paroisse qui nous sont parvenus avec malheureusement des lacunes, et qui remontent à la fin du règne de François 1er, à savoir le milieu du 16è siècle [3], il est édifiant de constater le nombre de patronymes qui ont disparu sans être restés dans la mémoire des habitants « de souche » du village. Il faut savoir aussi que nombre de noms de ces habitants « de souche » ne sont apparus qu’au cours des siècles suivants ce premier registre.
La disparition des patronymes historiques des villages s’est accentuée dans la première moitié du 20è siècle. Le partage des terres dans les familles ne suffisait plus à leur subsistance et a entraîné une migration importante dans les grandes villes. Néanmoins, l’attache de ces gens à leur village ancestral, où certains y étaient nés se constate souvent parce qu’ils s’y sont fait enterrer. Et pour certains noms qui ne sont pas du cru, un peu de généalogie montre qu’ils y sont parfois originaires par leur mère.
Mais de nos jours, de par l’achat de résidences secondaires par les « parisiens », mais aussi de résidences principales par des gens qui travaillent dans les environs, il ressort qu’il ne reste que très peu de noms historiques dans le village de Sacy (comme ailleurs), et dans une génération il n’en restera plus.
[1] mot non compris. Une autre personne qui déchiffre très bien les écritures lit également « mocque », mais cela n’a aucun sens car André Luynet est le demandeur. D’autre part le mot est coiffé d’un trait, ce qui déterminerait qu’il s’agit d’une abréviation. [2] voir article complet sur le sujet d’où sont extraits ces renseignements ; « La Gazette Web, l’Almanach Paysan, Nos ancêtres ruraux au fils des saisons : La Révolution Française : La naissance du patriotisme (4e chapitre) – www.histoire-genealogie.com [3] Plus précisément la date du premier acte du plus ancien registre de Sacy qui nous soit parvenu est 1538. L’ordonnance de Villers-Cotterêts date de 1539. « Par l’ordonnance de Villers-Cotterêts, signée en 1539, François Ier déclare le français langue officielle (à la place du latin) et décide la création des registres de naissance, de mariage et de décès dans les paroisses. Pour la première fois, la population peut être évaluée avec précision. Cette ordonnance marque une étape dans la centralisation du pouvoir et l’importance de l’administration. » Source : Bibliothèque Nationale de France
Finalement, cette ordonnance n’a été que la généralisation de la tenue de registres paroissiaux dans tout le royaume, car dans d’autres lieux comme Auxerre, des registres d’avant l’ordonnance nous sont parvenus. Même à Sacy, le plus ancien registre qui nous soit parvenu débute avant l’ordonnance. Quant au latin, il a continué à être employé par nombre de prêtres dans la rédaction des actes, bien longtemps après l’ordonnance.
Rétif de la Bretonne » Monsieur Nicolas – (Mon calendrier – 30 janvier 1746)
Marguerite BOURDILLAT apparaît également dans « Monsieur Nicolas » :
J’ai dit que les filles continuaient à me poursuivre. L’aînée de celles de ma nourrice, voisine de Mme Rameau, avait entrevu quelque chose de la scène de l’écurie-aux-mules : elle leur fit un jour des reproches, en leur représentant que je n’étais plus un enfant et que leur conduite à mon égard pouvait donner d’elles une mauvaise idée. — « Vous êtes bien bon ! » me dit-elle ; « quand elles viendront pour vous embrasser, r’broussez-vous, comme avec Nannette ; … mais pas si fort ! et vous ne l’aurez pas fait deux fois, qu’ell’vous laisseront de repos »… Les filles regardèrent la remontrance comme suggérée par ma nourrice. Une d’entre elles, la jolie Marguerite Bourdillat, qui n’avait que mon âge, m’ayant trouvé seul le soir, osa bien me dire, qu’elle « allait me mettre une fille à la joue ! » Elle s’approche : je ne fuis pas ; elle me prend : je la serre ; elle m’embrasse : je le rends ; je triple, je quadruple ; enfin l’audacieuse petite assailleuse, d’abord obligée de se défendre, est bientôt réduite à s’enfuir, en disant : « Ha mâs ! j’craijos qu’c’était vous qui aligne vou’ ensauver ! » Je lui répondis, que « depuis quelque temps… je ne m’ensauvais » plus, et que j’embrassais trois fois toutes les filles. » — Ho ben, all’y seront toute ettrappées ; car je ne m’en vantehai pas… » Je fus assez content de cet essai.
Identification de Marthe-Marguerite BOURDILLAT
Naissance de Marguerite Bourdillat
Il s’agit de Marguerite BOURDILLAT née à Sacy le 18.07.1736, fille de Étienne (couvreur) et de Marthe Garnier, décédée à Sacy le 03.06.1785, où elle avait épousé le 13.07.1756 Edme PIAULT (charron, buraliste, greffier, notaire, substitut du procureur), camarade d’enfance de Rétif [1] qui le nomme « M’lo ou M’lo le notaire », né à Sacy le 20.11.1730, fils de Thomas (charron, et selon Rétif receveur pour l’Évêque & son Chapitre, Seigneurs hors les Croix de Sacy & associé à Edme RÉTIF père dudit écrivain) et d’Agathe ROUARD, décédé à Sacy le 24.05.1780). Marguerite BOURDILLAT est l’aînée d’une fratrie de dix enfants dont seulement trois parviendront à l’âge adulte et auront une descendance. Les autres sont mort dès les premiers mois, sinon dans les toutes premières années de leur vie.
De son union avec Edme PIAULT, sont nés 11 enfants. Il est à noter qu’aucun acte des registres paroissiaux de Sacy ne lui attribue ces prénoms de « Marthe Marguerite », mais uniquement celui de « Marguerite ». Marthe est le prénom de sa mère, aussi cet ajout de filiation par Rétif peut s’expliquer pour la différencier d’homonymes, comme sa tante paternelle et marraine Marguerite BOURDILLAT (Sacy 1707-Sacy 1779) mariée en 1749 à Jean CORNEVIN.
– Anne BOURDILLAT, sœur de Marguerite, ainsi que Marie, Madeleine et Anne PIAULT, sœurs de Edme PIAULT son mari. sont également célébrées dans le calendrier de Rétif.
Le couple Edme PIAULT et Marguerite BOURDILLAT deux siècles plus tard
Ce couple Edme PIAULT / Marguerite BOURDILLAT est à l’origine des PIAULT d’Essert [2]:
Dont leur arrière arrière petit fils PIAULT Étienne Anselme né à Essert en 1846 où il décède en 1922. Sa tombe est toujours existante.
PIAULT Étienne Anselme exercera la profession de cultivateur mais aussi de domestique à Savigny-sur- Orge (Essonne) et marchand de vin à Paris.
Sa fille Berthe (1880-1957) inhumée à Essert, a assisté enfant à la construction de la Tour Eiffel pour l’Exposition Universelle de 1889. Cela a déjà été mentionné dans un autre article. Berthe est la petite fille de Julie RÉTIF (1821-1901). Julie est la petite fille de Pierre RÉTIF, frère de l’écrivain Rétif de la Bretonne. Pierre avait repris la ferme de la Bretonne. La tombe de Julie RÉTIF se trouve toujours à Essert, en très mauvais état [3], près de celle de son frère Pierre Jacques RÉTIF (1812-1880), cultivateur à Essert et maire du village. [4]
[1] « Les années s’accumulent. J’avais huit ans, lorsque 1742 mon père quitta la maison de la porte Là- bas, qui appartenait à mon frère utérin Boujat, pour aller demeurer à la Bretonne, où était un fermier. Je fus ainsi éloigné de M’lo, de toute la longueur du village : car la Bretonne est à la porte Là-haut, et hors des murs, à plus de trois cents pas. Les eaux de la Farge coulaient alors ; ce qui suffisait pour interrompre la communication entre le bourg et moi. Je ne vis plus mon premier camarade ; ce fut Etienne Dumont, fils d’une bru de Christophe Berthier, qui le remplaça » (Monsieur Nicolas).
Naissance d’Edme Piault
[2] Il y eu d’autres PIAULT à Essert : Edme PIAULT originaire de Précy-le-Sec (ca 1684-Essert 1759). Veuf d’un premier mariage en 1718 à Précy-le-Sec, il s’est remarié en 1728 avec Brigide MARCEAU d’Essert (1697-1757). Le baptême de 4 enfants de 1728 à 1732 a été relevé à Vermenton. Essert n’a été doté de fonds baptismaux seulement courant 1786, aussi les baptêmes étaient célébrés dans les proches paroisses. Cette branche a disparu des registres paroissiaux. Nous avons l’acte de sépulture du dernier enfant à Essert. Sans doute les 3 autres sont-ils décédés à Essert, le registre d’avant 1737 est très lacunaire. Il y a eu également une Jeanne PIAULT (Sacy 1643-Essert 1719) mariée à Toussaint BOURDILLAT, laboureur à Essert.
Note : Le Vau Rainin est une vallée encaissée débouchant à environ 1km de Sacy sur la route actuelle menant à Vermenton et remonte en direction de la ferme de la Loge de Sacy. S’il y avait des vignes à l’époque de Rétif, la nature a depuis repris ses droits.
Le conseil municipal de Sacy, pour qui, visiblement, il y a des sujets trop sérieux pour les laisser à l’appréciation de la populace, a pris la décision de rattacher la commune à celle de Vermenton, et le 1er janvier 2016 Sacy est devenue une commune déléguée de Vermenton.
Commune déléguée. L’expression est trompeuse, car il n’y a plus de maire délégué à Sacy, les permanences à la mairie ont finalement été supprimées. Sacy n’existe plus administrativement. Les habitants qui décèdent à Sacy, sont enregistrés à l’INSEE comme décédés à Vermenton. Le cas est le même pour Essert, rattaché depuis 1972 à Lucy-sur-Cure. Donc, depuis 2016 on ne peut plus naître (accidentellement), se marier et mourir à Sacy.
Pour les enterrements, les pompes funèbres indiquent : « cimetière de Vermenton, anciennement Sacy » ! Quel culot !
Lors de l’appel aux dons pour la création et l’installation d’une nouvelle cloche dans l’église de Sacy, la Fondation du Patrimoine a indiqué « église de Sacy à Vermenton » !
D’ici peu, Rétif de la Bretonne sera né à Vermenton, Jacques Lacarrière aura habité à Vermenton et Henri Moine, grand-père d’Eddy Mitchel sera né à Vermenton.
Autre conséquence, tout pour Vermenton. Les fleurs, les bacs de compostage etc.
Nous avions un employé communal à temps plein, il a été accaparé par Vermenton.
Bref, élire c’est désigner des maîtres qui vont tout décider à notre place pendant le temps du mandat, c’est renoncer à voter soi-même les décisions. Élire des représentants est un acte de servitude.
Depuis cette annexion, une page consacrée à l’Histoire de Sacy a été mise en ligne par la Municipalité suzeraine.
Il convient d’en corriger quelques inepties, dignes de commérages de bistrots ou de lavoirs, et, le plus triste, avalisées à plusieurs reprises par la municipalité !
En 2020 il y était dit :
« En dehors du bourg, deux écarts : le hameau du Val du Puits jadis dénommé Merry et la ferme de la Loge ayant appartenu aux Jésuites. »
« Le Val du Puits (Merry) quant à lui dépendait de la seigneurie de Bessy. Il sera rattaché à Sacy à la Révolution. »
Inculture ! À l’évidence, il y a confusion entre l’entité administrative qu’est une paroisse et les différents propriétaires des terres de ladite paroisse, propriétaires qui n’y demeurent pas forcément.
Il faut malheureusement rappeler pour certains que la paroisse est, sous l’ancien régime, le plus petit territoire d’une collectivité. Les paroisses sont réunies en diocèses, puis évêchés. À la révolution, les paroisses sont devenues des communes, réunies en cantons, puis départements et maintenant régions. A chaque entité administrative, un conseil grassement rémunéré par nos impôts. L’État, ce créateur d’inutiles coûteux !
Aussi loin que les registres de catholicité de Sacy peuvent nous mener, à savoir le 15e siècle, le Val-du-Puits (de Sacy) faisait partie de la paroisse de Sacy. Les baptêmes, mariages et sépultures des habitants du Val-du-Puits étaient célébrés dans l’église paroissiale de Sacy. Les gens étaient inhumés dans le cimetière paroissial de Sacy (autour de l’église), et ce malgré l’existence, depuis la Renaissance, de la chapelle du Val-du-Puits (voir article sur cette chapelle). Les mariages peuvent néanmoins être célébrés dans une chapelle. Un seul a été relevé dans les registres paroissiaux de Sacy, il a été célébré le 12 octobre 1615 dans la chapelle Saint-Léonard du Val-du-Puits de Sacy.
« Le lundy 12 jour du moys d’octobre 1615 ont este espousez en la chapelle du Vault du puis paroisse de sacy Jhan fauvin et Thoinette minee led fauvin dud Vault du puis et ladite Minee dud Sacy par moy cure soubz signe led jour et an que dessus » Signé : Muteley
À la révolution, le Val-du-Puits, hameau de la paroisse de Sacy n’a fait que rester dans le giron de Sacy, Donc il n’y a eu aucun changement, ce qui n’a pas été le cas partout [1]. Il est inadmissible de dire que le Val-du-Puits a été rattaché à Sacy à la Révolution. Certes, dans le remaniement des territoires, le Val-du-Puits de Sacy aurait pu devenir avec sa chapelle une commune comme cela a été pour Essert, ou bien rattaché à une autre commune. Mais cela n’a pas été le cas.
L’historien communal, de toute évidence, n’a jamais pris le temps d’ouvrir un seul des registres paroissiaux de Sacy et cartulaires de l’Yonne. Ils sont pourtant en ligne sur internet.
Le Val-du-Puits de Sacy et Merry étaient deux bourgs biens distincts. Ils sont cités concomitamment dans le Cartulaire de L’Yonne qui précise « Merry était un fief situé commune de Sacy, et un lieu aujourd’hui détruit ».
Le Val-du-Puits existe toujours et il ne peut donc y avoir de confusion,
Nous savons que Sacy appartenait depuis le Moyen-Age classique (période allant du début du XIème-fin du 13ème) à l’évêque d’Auxerre et à son Chapitre d’une part, et aux Hospitaliers devenus aux 16è siècle l’Ordre de Malte, du Saulce d’Auxerre d’autre part [2].
Ces deux Seigneurs d’Auxerre possédaient d’autres Seigneuries dans d’autres paroisses.
Ils étaient donc chacun Seigneur en partie de Sacy. Les terres afférentes à ces deux seigneuries étaient soumises à la justice de chacune d’elles. Pour ce, il y avait deux lieutenants, l’un dit « Lieutenant de Monsieur le Commandeur » et aussi « Lieutenant dans les croix », pour les hospitaliers, et « Lieutenant hors les croix » pour l’évêque d’Auxerre et son Chapitre. Ils avaient également leur receveur.
Quand l’Ordre des Hospitaliers a décliné, il a vendu ses terres et à Sacy après le premier tiers du XVIIIè siècle, il ne restait plus qu’un Lieutenant et il représentait l’autorité royale.
L’Ordre des hospitaliers a été fondé au XIème siècle. Les terres auparavant appartenaient évidemment à d’autres seigneurs et les hospitaliers les ont acquises avec les serfs qui y étaient attachés et la justice qui y était afférente.
Pour le Val-du-Puits de Sacy, paroisse de Sacy, il y avait d’autres seigneurs. Certains noms ont été relevés dans des actes sur les registres paroissiaux de la paroisse de Sacy :
– Nicolas ALEXANDRE, Sergent Royal, receveur de Monseigneur le Révérend Évêque d’Auxerre et Messieurs du Chapitre en ce lieu hors les Croix, Seigneur du Val-du-Puits et Pailleau (cité de 1615 à 1627) et Germaine BERGER, sa femme (citée de 1621 à 1627).
Le 19 septembre 1622, « nicolas alexandre seigneur du vault du puis et pailleau » requiert le curé de Sacy pour donner baptême à un enfant trouvé sur son finage de Pailleau.
– Philippe CAMBRON Écuyer et Seigneur du Val-du-Puits et sa femme Françoise de CULAN sont cités en 1628.
– Louise Madeleine BARDET qualifiée de « Dame du Vau du puis de Sacy » en 1729, marraine à Vermenton d’un enfant dont le parrain est Antoine Fourdriat, curé de Sacy.
– Lors de la bénédiction de la cloche de la Chapelle Saint-Léonard en 1758, le parrain est Jacques Germain Edme MARTINEAU Seigneur du Val-du-Puits de Sacy, Seigneur de Soleine et Charmoy, avocat en parlement pourvu de la charge de conseiller honoraire en titre au bailliage et siège présidial d’Auxerre exerçant la justice par le fait des aides tailles droits, et autres impositions de sa majesté en ladite ville et comté d’Auxerre, Conseiller du Roy en la Cour des Monnaies de Paris.
La marraine est sa fille Marie qui donne son nom à la cloche.
Quant à l’affirmation que Le Val du Puits quant à lui dépendait de la seigneurie de Bessy, elle vient de ce que l’auteur fait de ces deux hameaux distincts un seul lieu.
Cela est grave, dans une histoire qui se veut officielle, d’affirmer que le Val-du-Puits de Sacy a été rattaché à la commune à la Révolution et que Merry et le Val-du-Puits ne font qu’un. Honte aux auteurs et à ceux qui ont avalisé ce texte !
En 2020 une note détaillée contenant toutes les informations dont l’identification du lieu de Merry, a donc été adressée au maire de Vermenton. Toute la partie historique de Sacy a alors été supprimée.
En 2023, lors de la consultation à nouveau du site, il apparaît que toutes ces idioties avaient été remises en ligne. Un mail pour les dénoncer a été adressé, sans effet, à la mairie.
A ce jour, mars 2025 le texte a été remanié, et il est toujours dit « Le Val du Puits quant à lui dépendait de la seigneurie de Bessy. Il sera rattaché à Sacy à la Révolution ». Désespérant !
« Errare humanum est, perseverare diabolicum »
Quelques mots sur la métairie ou ferme de la Loge de Sacy puisqu’elle est citée dans l’ « Histoire officielle » de Sacy par la municipalité de Vermenton.
De son vrai nom, la Loge Croslot a bien appartenu un temps au Collège des Jésuites d’Auxerre. L’Ordre des Jésuites a été créé en 1540. En 1764 il est interdit et les jésuites sont expulsés de France. C’est son propriétaire Olivier BERAULT (1576-après 1658), avocat en parlement demeurant à Noyers qui la leur a donnée le 8 août 1642. Il la tenait de son père, Claude BERAULT décédé entre 1614 & 1616, originaire de Cravant, personnage important d’Auxerre, tant par ses fonctions militaires (nous sommes en pleine guerre de religion), que civiles. Il est parfois nommé « Seigneur de la Loge Croslot », le terme Sieur serait plus approprié.
Nous avons déjà cité Olivier BERAULT dans d’autres articles, car à Sacy le 19 mai 1624, il a été le parrain lors de la bénédiction de « la petite cloche à sonner la passion ». La marraine était la proche voisine de la Loge, Jeanne DEGAN fille de René, Seigneur de Courtenay. Un article a été consacré à Jeanne DEGAN, inhumée en 1639 dans l’église de Sacy. Sa pierre tombale et quelques inscriptions sont encore visibles, mais pour combien de temps encore si la municipalité ne prend aucune mesure de précaution pour la protéger, dernier de ses soucis dans cette société du spectacle en ces temps du grand vide, de l’insanité, de la vacuité, de l’imposture et du néant.
Après la Révolution, la Loge, paroisse de Sacy, devient comme il l’est écrit parfois dans les actes d’état-civil, un hameau de la commune de Sacy.
Des articles sur la Ferme de la Loge de Sacy seront publiés.
Revenons à Merry.
Selon le Cartulaire « Merry, commune de Sacy, fief seigneurial, au faubourg de ce village, sur le chemin de Joux ». On le trouve cité sous différentes appellations dans le Cartulaire :
Vers l’an 1156, Ascelin est seigneur de Merry, sa femme se nomme Autissiodora et ses fils Herbert, marié à Reine, et Gaucher.
Le seigneur de Merry possède des terres et les serfs qui y sont attachés, dans plusieurs paroisses (Bessy, Sacy, Cravant, Lichères, Nitry, etc.). Les terres des paroisses appartenaient à plusieurs seigneurs dont celui de Noyers « (an 1176). La comtesse [note : de Noyers] raconte comment depuis la mort du comte Gui, son mari, noble homme Herbert de Merry et son fils envahirent la maison des moines de Molême à Nitry, et les en chassèrent violemment. Sur les plaintes de l’abbé, la comtesse ayant fait faire une enquête, il fut établi que Herbert avait eu tort dans ses actes. Celui-ci le reconnut également et renonça à toute prétention sur les terres de Lichères et de Nitry, où il n’avait que quelques serfs. Il se transporta à Nitry, fit amende honorable, mit sept deniers dans la main de l’abbé et répara les dommages causés par son envahissement. » (Cartulaire de l’Yonne)
Le Cartulaire fait état pour la dernière fois de Merry en 1566. Qu’en restait-il à cette date ? Merry n’est pas cité dans les registres paroissiaux de Sacy.
On ne sait pas de laquelle des deux Justices de Sacy elle tenait par la suite.
Ce lieu-dit de Merry est selon le Cartulaire sur la route de Joux. La route goudronnée actuelle n’existait pas dans l’ancien temps, comme le montre le Cadastre Napoléonien.
La route de Joux et Précy-le-Sec était ce chemin situé juste au-dessus de l’ancienne porcherie (sortie de Sacy vers le Val-du Puits). Ce chemin est grossièrement parallèle à la route actuelle qui mène à proximité du Val-du-Puits. Mais depuis quand ce chemin existe-t-il ?
Au départ de Sacy, à gauche le vieux chemin menant à Joux-la-Ville en passant au Val-du-Puits. A droite, le départ de la Vallée de la Creuse.
Il n’a pas été difficile de déterminer où se situait Merry. Le nom de l’endroit en a gardé en effet un souvenir.
À Sacy, à la sortie du village, sur la route de Joux, il y avait une chapelle Sainte-Madeleine citée par Rétif de la Bretonne (né en 1734) et qui figure sur la carte de Cassini (1750). Cette chapelle est aujourd’hui disparue. L’endroit a pris le nom de « La Chapelle ». Et il en est de même pour d’autres lieux (La métairie de la Femme Morte à Vermenton, la chapelle Saint Antoine à Cravant qui figurent sur la carte de Cassini.
Au-dessus de l’ancienne décharge de Sacy, un lieu-dit sur la carte IGN « La Chapelle St-Thibault ». Il subsiste dans le bois un long muret mais rien en l’état ne permet de le dater. Sans doute une limite de parcelle et/ou une bordure de chemin.
Muret dans le bois de La Chapelle Saint-Thibault
Cette appellation « La Chapelle St-Thibault » n’est pas anodine. Il devait bien y avoir une chapelle sur ce site pour donner son nom à l’endroit. Elle ne figure pas sur la carte de Cassini donc n‘existait déjà plus en 1750.
Autre photo du muret dans le bois de La Chapelle Saint-Thibault
Rappelons que le Cartulaire fait état pour la dernière fois de Merry en 1566, relevé sur le terrier (registre) de Palluau-Vau-du-Puits, archives de l’Yonne. (Le livre terrier ou terrier s’imposent au XVè siècle comme outil de l’administration seigneuriale).
Dans le bois de la Chapelle Saint-Thibault
Or le lieu « La Chapelle St-Thibault » se situe bien dans la section dite « du Bois Pailleau » sur le cadastre Napoléonien. Le Val-du-Puits est à la limite Est de cette section. Le chemin « ligne des Tremblats » sépare dans les bois communaux de Sacy la partie Val-du-Puits de celle de la « La Chapelle St-Thibault ».
La Chapelle St Thibault vue de la route actuelle menant au Val-du-Puits de Sacy
« La Chapelle St-Thibault » est bien située sur la route de Joux (400m). Ce lieu ne peut qu’être l’endroit où était établi le bourg de Merry. L’emplacement était bien situé. Il permettait en étant sur place de cultiver ces terres assez éloignées de Sacy et du Val-du-Puits. L’ancienne route de Joux, si elle existait bien à cette époque permettrait de venir à Sacy. Mais ce qui est certain, la vallée de la Creuse qui est bien large et en pente douce et régulière, permettait de se rendre à Sacy. Cette vallée aboutit à une extrémité de Sacy côté Joux.
Le haut de la Vallée de la Creuse, à droite de la lisière boisée, comme on le voit de La Chapelle (zoom)Vallée de la CreuseVallée de la CreuseVallée de la CreuseVallée de la Creuse
De l’autre côté, le coteau du Vau-Franc (côté sud de la vallée homonyme) permettait d’accéder à l’ancienne route menant à Vermenton. La vallée du Vau-Franc est boisée, très encaissée, un sentier peu large et peu sécuritaire. Il existe un vieux chemin qui est parallèle à la vallée et débouche au même endroit. Mais rien ne permet de dire depuis quand ce chemin existe.
Prairie après le bois de la Chapelle Saint-Thibault. La vallée du Vau-Franc est juste à gauche
Les siècles, le remembrement, les machines agricoles ont fait disparaître nombre de chemins. On peut encore par exemple repérer un vieux chemin dans le bois du Tremblat situé juste avant la plongée dans le Val-du-Puits.
Pour finir sur Merry, un ancien de Sacy, aujourd’hui disparu, disait qu’il avait connu une source à La Chapelle Saint-Thibault.
Il y avait un autre village aujourd’hui disparu. Le site de la Mairie de Vermenton n’en parle pas. Pour en avoir connaissance, il faut mettre le nez dans le Cartulaire de l’Yonne.
« Saint-Quentin près Sacy, lieu détruit, com. Sacy, Yonne » (Sanctus – Quintinus subtus Saciacum, Saint-Quentin sous Sacy).
« Entre 1146 et 1151 Oudier, fils de Jean Chapel, fait don à l’abbaye de Reigny de tout son aleu [3] de Sacy, situé au-dessous du village de Saint-Quentin. Cet acte est attesté par de nombreux témoins ». Ce lieu-dit de Sacy n’est pas localisé.
Les terres de Sacy n’ont pas gardé le souvenir de ce nom.
Où pouvait être situé Saint-Quentin ? On peut tenter de raisonner et émettre une hypothèse.
Les métairies étaient situées ou bien en sortie de village comme « La Bretonne » à Sacy, ou bien en limite des terres des autres paroisses comme la Loge de Sacy située à la confluence des limites de Vau-Germain paroisse de Saint-Cyr-les-Colon, Courtenay paroisse de Vermenton, les métairies du Bois-l’Abbé de Lichères et du bois de Nitry. Cette répartition des métairies est flagrante à Nitry.
Nous avions la métairie de la Femme Morte paroisse de Vementon en limite de Sacy et d’Essert, et il y a eu une métairie à Essert qui aurait pu être située près de la Femme Morte, au lieu-dit les Chapoutins. Mais rien pour Sacy.
Saint-Quentin aurait pu être en limite d’Essert et de Vermenton.
Limites d’entre Sacy, Essert et Vermenton
De plus, on peut supposer qu’il est plus pertinent de faire don à l’Abbaye de Reigny d’une terre qui lui est proche, que située à plusieurs kilomètres à l’autre bout de Sacy.
Les agriculteurs exploitant ces terres éloignées de Sacy ont été contactés, mais ils n’ont rien remarqué qui puisse faire penser à un ancien lieu d’occupation.
L’archéologie exhume régulièrement nombre d’anciens lieux d’occupation de toutes les époques de l’histoire et préhistoire dont rien n’indiquait l’existence. Il est très possible qu’il ait existé à Sacy d’autres endroits habités ne serait-ce que par quelques foyers. Par exemple, l’acte par lequel en 1622, « nicolas alexandre seigneur du vault du puis et pailleau » requiert le curé de Sacy pour donner baptême à un enfant trouvé sur son finage de Pailleau, qui de nos jours est le bois entre Essert et le Val-du-Puits, laisse penser que le lieu était habité. On ne trouve pas comme ça un nouveau-né au milieu des bois.
[1] Ce qui n’était pas le cas partout :
Aigremont qui faisait partie de la paroisse de Sainte-Vertu est devenu une commune.
Lichères devenu Lichères-près-Aigremont faisait partie de la paroisse de Nitry dont le seigneur était l’Abbé de Molesme. Lichères doté d’une église (Notre-Dame) avait un desservant, vicaire, qui officiait lors des baptêmes, mariages et décès, sauf quand il y a eu un interdit (les habitants ayant refusé de payer son dû au prêtre desservant). Lors de cet interdit ces actes se faisaient à Nitry ce qui n’a pas été sans causer des problèmes de par l’opposition de certains habitants. Le sujet a été traité dans un autre article.
Il en est différemment d’Essert qui appartenait à l’Abbaye de Reigny. À la révolution, Essert est devenu une commune. Reigny, qui possédait des moulins est devenu hameau de Vermenton. La Terre de l’Abbaye de Reigny provenait de toute façon de Vermenton. Le 14 mars 1791, les ossements du cimetière de Reigny où étaient inhumés les gens d’Essert ont été relevés et le lendemain ont été transférés et inhumés dans le nouveau cimetière de la paroisse (sic) (la première République date du 22 septembre 1792). Pour la Petite Histoire locale, Jacques Rétif, neveu de Rétif de la Bretonne, a été meunier quelque temps au hameau de Reigny sous la première république. Il déclarait la naissance et le décès de ses enfants à Vermenton. Il est le père de Julie Rétif (1821-1901) et de Pierre Jacques Rétif (1812-1880) dont les tombes existent toujours à Essert, mais pour combien de temps encore ? La promesse faite par un adjoint municipal de faire restaurer la tombe de Julie Rétif, celle de son frère aîné n’avait pas encore été identifiée à l’époque, n’a pas été tenue.
[2] Pour Sacy, il est fait mention en 1208 d’une Maison de l’Hôpital. Le Commandeur était seul seigneur de Sacy, tous les habitants étaient ses vassaux. Les Commanderies locales dépendaient du Saulce d’Auxerre. A la fin du XVIIè siècle, la maison des Hospitaliers de Sacy située dans la rue des Fontaines touchant aux murs de la ville, était déjà toute en ruines et inhabitable.
Sources : les commanderies du Grand-Prieuré de France, Eugène Mannier, Paris, Aubry et Dumoulin, 1872 (Paris).
[3] Domaine en pleine propriété, libre de toute redevance, opposé au fief.
Edme RÉTIF « L’Honnête Homme », père de « Restif de la Bretonne »
Rétif de la Bretonne débute son Calendrier par la célébration des ses parents à la date de 1734, année de sa naissance. Ainsi écrit-il :
JANVIER
1. – Edme RESTIF, mon respectable père; et mon aïeul Pierre. (On a lu leur Vie). Barbare FERLET de BERTRO, ma digne mère, la meilleure des femmes – 1734
Retif de la Bretonne – Mon Calendrier
Edme Rétif dit L’Honnête Homme, père de Rétif
Dans son œuvre, Rétif de la Bretonne a longuement parlé de son père qu’il surnomme « l’Honnête Homme » à qui il consacre un livre « La vie de mon père ».
Statut social
Il y a quelques années, Wikipedia écrivait que Rétif était « fils d’un pauvre laboureur de l’Yonne » Il a fallu intervenir via le module discussion de site pour expliquer avec preuves à l’appui que le père de l’écrivain n’était ni pauvre, ni laboureur.
Le mot « pauvre » a depuis été ôté du texte, mais le reste demeure, et ce, malgré une seconde intervention. Ainsi il est toujours écrit en 2024 « Fils d’un laboureur de l’Yonne », mais également dans la rubrique « Jeunesse » du même site : « Nicolas Edme Restif est le fils aîné d’Edme Rétif, lieutenant du bailliage de Sacy, et de Barbe Ferlet », ce qui là est exact, et aussi quelques lignes plus bas dans cette même rubrique « Riche laboureur, Edme acquiert la maison et le domaine de La Bretonne, à l’est de Sacy, le 12 mars 1740 ; la famille s’y installe en 1742 ».
Effectivement, le 12 mars 1740, un Bail à rente de la maison et du domaine de La Bretonne à Sacy est pris par Edme RÉTIF, Lieutenant de Sacy, de Philippe HOLLIER et de Jeanne DELACOUR, couple de Vermenton, en l’étude de Jean Baptiste François COLLET, notaire à Vermenton.
Ces interventions sur Wikipédia sont vérifiables via l’historique du sujet, ce qui permet de voir qu’en 2019 et avant il était écrit « Fils de riches paysans de l’Yonne ». Quel sérieux ! Le laboureur sous l’Ancien Régime possédait terres et tout ce qui était nécessaire pour les exploiter (animaux de trait et matériel agricole). Les autres étaient des manouvriers.
Certes, les curés n’ont pas toujours respecté dans leurs actes cette définition. Il faut avoir conscience qu’à cette époque la terre était un placement pour tout le monde, à la ville comme à la campagne, et Edme RÉTIF n’a pas dérogé à cette règle.
Qu’en dit Rétif ?
Edme Rétif, fils de PIERRE, et d’ANNE SIMON, naquit le 16 novembre 1692 [note : faux, le 25 août 1690], à Nitri, terre dépendante de l’abbaye de Molène dans le Tonnerrois. Son Père avait une fortune honnête.
Rétif de la Bretonne – La Vie de Mon Père
Il y a d’autres possibilités de vérifier le réel statut social de Edme RÉTIF, l’honnête homme, ce sont les archives, tant paroissiales que notariales. Et à l’évidence, ce ne sont pas les auteurs de l’article de Wikipedia qui les ont consultées, ils se sont visiblement greffés lrd travaux des autres.
Du relevé intégral des actes paroissiaux de Sacy, il appert que jamais Edme RÉTIF n’a été qualifié de laboureur.
De 1711 à 1727 il est dit Bourgeois de Sacy
Marchand, notaire en 1734
Puis il est nommé le 20 avril 1735 Lieutenant du bailliage de Sacy, jusqu’à sa mort en 1763.
De plus il est devenu propriétaire de la métairie de la Bretonne en 1740 alors qu’il était Lieutenant de Sacy et s’y est installé en 1742.
1742 – J’avais huit ans, lorsque mon père quitta la maison de la porte Là-bas, qui appartenait à mon frère utérin Boujat (nous reviendrons sur ce frère utérin), pour aller demeurer à la Bretonne, où était un fermier
Rétif de la Bretonne – Monsieur Nicolas
Quand Marie DONDAINE, première femme de l’honnête homme décède en 1730, elle est nommée « Madame Marie Dondaine ». Quand il se remarie avec Barbe FERLET, mère de l’écrivain, il est désigné « Mr Retif ve [veuf] de deffunte honneste femme Marie Dondaine »
Selon l’auteur, son père a aussi été receveur pour le Seigneur de Sacy hors les Croix [1], associé à Thomas PIAULT qu’il orthographie ici « Piôt ». Cette fonction de receveur n’apparaît pas pour Edme RÉTIF dans les registre paroissiaux, mais Thomas PIAULT qui est charron est effectivement également qualifié de receveur. Il est le père de Edme PIAULT (que Rétif nomme « Mlo le notaire ») qui épousa Marguerite BOURDILLAT à qui Rétif arracha un baiser dans les vignes du Vaurainin (déjà cité dans d’autres articles et que nous retrouverons dans le calendrier sur Marguerite BOURDILLAT). Les PIAULT d’Essert descendent de ce couple.
Thomas Piôt, l’associé de mon père, dans la recette du village, pour les anciens Évêque et Chapitre d’Auxerre
Rétif de la Bretonne – Monsieur Nicolas
Mon père était appelé Monsieur le Lieutenant ma mère, Madame la Lieutenante.
Rétif de la Bretonne – Monsieur Nicolas
Pierre Rétif dit Le Fier, grand-père de Rétif
Le père de l’Honnête Homme, Pierre RÉTIF surnommé par son petit-fils l’écrivain « Le Fier » était quant à lui laboureur, ce qui indique déjà un certain statut social, mais il était aussi marchand, marchand tonnelier, syndic, « blatier, blatayer » (négoce du blé) et procureur fiscal et receveur en partie de la seigneurie dont dépend Nitry [l’Abbaye de Molesme]. Il a été inhumé dans l’église de Nitry en 1713 tout comme Edme RÉTIF, maître tonnelier et marchand (certainement de tonneaux) son père en 1687.
Marguerite Simon, grand-mère de Rétif
Sa mère Marguerite SIMON descendante de la famille des SIMON de Nitry qui détenait les charges importantes de la paroisse de ce village et d’ailleurs.
Marguerite a pour frères Gilles SIMON, certes laboureur, mais surtout marchand, lieutenant en la Justice de Nitry et receveur de la même paroisse et Claude SIMON, laboureur bien sûr mais également « blatier, blatayer » et praticien (emploi ou charge liée au droit).
L’un des membres de cette famille , François SIMON (né avant 1643-1694) , greffier à Nitry, procureur de la Prévôté de Nitry & Lichères, Lieutenant local de la Justice de Nitry, s’est marié à Merry-sur-Yonne en 1663 avec Renée de la BUSSIÈRE (1632-après 1693) fille du Seigneur en partie de la Rippe et de Anne DEGAN / DE GAND sœur de Jeanne DEGAN Dame de Courtenay en Vermenton qui a fait l’objet d’un article.
La fiabilité de Rétif en question
Problèmes chronologiques et récits incohérents
Rétif raconte qu’après le terrible hiver de 1709/1710 Edme RÉTIF qui aurait sauvé par son savoir-faire les cultures de son père Pierre le Fier, est envoyé chez un parent RÉTIF.
Avocat à Noyers, Homme habile, d’une probité, et d’une raideur encore célèbres. Il était fort riche, ses Petits-fils occupent aujourd’hui des places importantes dans le Dauphiné. Ce fut à cet Homme que Pierre confia un Fils, qu’il aurait pu former lui-même, s’il avait moins aimé le plaisir : mais à une condition ; c’est qu’après avoir employé l’hiver à l’étude, ce Fils reviendrait au printemps tenir la charrue, et conduire les travaux.
Rétif de la Bretonne – La Vie de mon Père
À l’évidence, Edme RÉTIF savait labourer, rien de plus normal pour le fils d’un laboureur et sans doute pour la majeure partie des ruraux pour qui les travaux des champs étaient question de survie.
L’écrivain poursuit :
À la fin de ce semestre, Edmond ne retourna pas à Noyers chez l’Avocat Rétif : On voulut qu’il vît la Capitale. Il partit pour Paris le 11 novembre 1712, et entra Clerc chez un Procureur au Parlement, nommé Me Molé
Rétif de la Bretonne – La Vie de mon Père
Nous n’avons rien qui puisse confirmer le récit de l’auteur, d’autant plus qu’il y a un sérieux problème de dates. La période suivante à laquelle nous pouvons nous référer est celle de son mariage.
À cette date il est revenu de Paris. Or, Rétif écrit quand son père revient de Paris :
Il y avait alors deux ans et demi qu’Edmond était dans la Capitale ; et il allait atteindre sa vingtième année
Rétif de la Bretonne – La Vie de mon Père
S’il part pour Paris en novembre 1712 et revient pour se marier (27 avril 1713) il n’a passé que quelques mois dans la capitale et il va sur ses 23 ans.
Des erreurs dans les noms, les âges, les fratries
Mon père s’est marié deux fois : la première avec Marie Dondéne, dont il eut sept enfants ; la seconde, avec Barbe Ferlet-de-Bertrô. . Il en eut également sept enfants, dont je suis le premier.
Rétif de la Bretonne – Monsieur Nicolas
La consultation des actes paroissiaux permet de dire que :
De son mariage avec Marie DONDAINE, Edme RÉTIF a eu huit et non sept enfants. Il n’a pas compté le dernier qui est décédé à la naissance (25 avril 1730), après avoir été ondoyé à la maison par la sage-femme et a été inhumé dans l’église le même jour sans être prénommé. Un mois et demi plus tard décédait Marie DONDAINE.
La mère de l’écrivain se nomme Barbe FERLET et non « Ferlet-de-Bertrô », et il se trompe également quand au nombre d’enfants nés du second mariage de son père. Nous y reviendrons.
Rétif narre à sa façon le premier mariage de son père, union décidée par les pères respectifs, ce qui n’a rien d’étonnant :
Je vous ai mandé pour vous marier mon Fils. Au lieu des Coquettes perfides et corrompues des Villes, je vous donne une Fille vertueuse, qui ne chérira que son Mari ….. Je vous parle ainsi, parce que vous n’avez pas encore vu Celle que je vous destine, avec la grâce du Compère, qui a bien voulu par amitié pour moi, vous agréer pour Gendre, avant même de savoir si vous lui conviendrez.
Pierre expliqua à son Fils la suite de ses projets : savoir : Qu’il demeurerait à Saci, avec son Beau-père ; parce que cela était nécessaire pour leur entreprise. Il lui parla des fonds que Thomas Dondaine devait fournir.
Rétif de la Bretonne – La Vie de mon Père
Mais Pierre « le Fier » décède juste avant le mariage de son fils, il est inhumé le 25 avril 1713 dans l’église de Nitry. Un blanc a été laissé pour son âge sur l’acte original. L’acte copie le dit âgé de 48 ans, ce qui le fait naître vers 1665. Rétif le dit âgé de 42 ans, ce qui est peu probable au vu de la date de naissance calculée de sa femme Marguerite SIMON née vers 1657.
Pierre Rétif expira, sur les une heure après-midi, âgé de quarante-deux ans.
Rétif de la Bretonne – La Vie de mon Père
Nous avons encore une preuve de l’inexactitude du récit de Rétif :
Il épousa Marie Dondaine devant le corps vénérable de son Père […] Après la cérémonie, on acheva les funérailles.
Rétif de la Bretonne – La Vie de mon Père
Or selon les registres, le mariage a été célébré à Sacy le 27 avril 1713 et Pierre a été inhumé à Nitry le 25 avril.
Si nous pouvons douter des écrits de Rétif, ses demi-frères et sœurs ont pu témoigner avoir habité, ou non, chez leur grand-père maternel.
Les tensions dans la maison de Thomas Dondaine
La vie du couple chez Thomas DONDAINE n’a certainement pas été des plus joyeuses.
Edmond connaissait Thomas Dondaine, et ne l’aimait pas … Je ne prétends pas ici tenir registre de toutes les actions de mon Père : il en est qui rentrent dans le cours ordinaire de la vie. Je dirai seulement qu’il alla demeurer à Saci : qu’il y servit son Beau-père sept années, durant lesquelles, il eut sept Enfants de Marie Dondaine [note : faux : 17 ans et 8 enfants]: Qu’il eut beaucoup à souffrir de l’humeur dure de Thomas son Beau-père : mais qu’il le supporta avec une héroïque patience, à cause de son Épouse, qui était véritablement une excellente Femme
Rétif de la Bretonne – La Vie de mon Père
Arrêtons-nous sur Thomas Dondaine le père de Marie, première femme d’Edme RÉTIF.
Si Rétif idolâtre ses parents et ses aïeux, il est beaucoup plus critique envers Thomas DONDAINE, aïeul de ses demi-frères et sœurs.
Sur Marie DONDAINE, première femme de son père il écrira «Je ne suis pas instruit parfaitement des détails qui concernent Marie Dondaine ; je n’ai eu là-dessus que des notions générales. A l’égard de ma Mère, je suis beaucoup plus au fait, ayant été témoin oculaire » [La vie de mon père].
Les origines et le statut de Thomas Dondaine
Thomas DONDAINE est né vers 1656 selon son âge au décès. Son acte de baptême ne nous est pas parvenu contrairement à ceux de ses frères et sœurs nés avant et après lui. Il épouse en 1682 Marie BÉRAULT fille de Pierre BÉRAULT de Sacy qui fut praticien, notaire royal, greffier, procureur en les Justices hors et dans les Croix [1]. Marie BÉRAULT décède des suites de son dernier accouchement, l’enfant lui-même est mort peu après sa naissance. Elle est inhumée le 28 janvier 1695 dans l’église de Sacy. Quatre mois plus tard Thomas DONDAINE se remarie à Vermenton avec Anne FERLET.
« Ce M. Dondaine était un richard de Saci ; homme d’un grand bon sens, laborieux, économe, entendu, et qui ne devait l’espèce de fortune dont il jouissait qu’à ses bras, à son intelligence. Dignes et honorables moyens d’amasser des richesses ! Mais cet Homme était dur, d’une figure rebutante, et d’une force qui passait pour prodigieuse, même dans son pays, où tous les Habitants sont des chevaux. Les défauts de Thomas Dondaine étaient pourtant moins les siens, que ceux de sa Patrie : la grossièreté, la dureté y sont comme innées : ce qui vient, je crois, de deux causes ; de l’air épais qu’on respire dans le Village, situé dans un vallon, marécageux les trois quarts de l’année ; et du contraste subit qu’éprouvent les Habitants, dès qu’ils en sortent, en allant travailler à leurs vignes et à leurs champs, situés sur des collines où l’air est dévorant » [La vie de mon père].
« Il est impossible de rendre le grossier langage de Thomas ; le patois de ce Pays répond à l’âpreté du sol et à la figure des Hommes : il est sourd, grossier, informe : tandis que le parler de Nitri est délicat, sonore ; ce qu’on pourra facilement comprendre, quand on saura, qu’on y fait sonner les voyelles nasales à la manière des Grecs » [La vie de mon père].
Rétif n’avait pas 6 ans au décès de Thomas DONDAINE. Donc il ne l’a pas vraiment connu, et surtout pas assez pour s’être fait lui-même cette opinion sur l’aïeul de ses demi-frères et sœurs.
Mais un élément intéressant est abordé dans ce texte, celui de l’origine de cette branche DONDAINE.
La migration des Dondaine : De Lichères à Sacy
Les DONDAINE de Sacy, comme le dit Rétif, viennent d’ailleurs.
Ce que nous dit la généalogie via les registres paroissiaux : Nous avons trois frères venant de Lichères-près-Aigremont et fils de Urbain / Urbin DONDAINE du même lieu.
Edme DONDAINE : né vers 1619, devient amodiateur et receveur de la métairie de la Loge de Sacy entre 1661 et 1665. Il y décède en 1679. Son nom ne se transmettra pas à Sacy puisque le fils qu’on lui connaît s’installera à Lichères.
François DONDAINE : né vers 1620. Il est laboureur aux métairies du Bois-l’Abbé (1673), métairies dépendant de Lichères. A son décès en 1700 (une épidémie avait fait beaucoup de victimes sur Lichères) il est qualifié de métayer au Bois-L’Abbé.
Une de ses filles, Marie DONDAINE s’établira à Sacy après avoir épousé en 1694 Jean ROUARD puis en 1707 Sébastien GAUTHIER.
Léonard DONDAINE, né vers 1623 épousera avant 1651 Marguerite DUMONT de Sacy où il s’établira après son mariage. Tous les DONDAINE de Sacy descendent de lui. Il est le père de .
Thomas DONDAINE. Il exerce la profession de maréchal, profession qui place très souvent celui qui l’exerce en haut de la classe sociale du village. Il sera inhumé dans l’église de Sacy en 1673.
Seule cette famille DONDAINE figure sur les registres paroissiaux de Lichères (ceux qui nous sont parvenus ne débutent qu’en 1671), ce qui laisse présumer qu’ils n’y sont pas originaires. Malheureusement Rétif ne dit pas quel est ce village « où tous les habitants sont des chevaux ». Pensait-il à Lichères ? Peu probable car Lichères ne correspond pas à sa description géographique.
Les recherches entreprises pour remonter plus avant cette branche DONDAINE n’ont pas permis de trouver de lien entre nos DONDAINE de Lichères et ceux par exemple de la paroisse de Lucy-le-Bois où existe notamment un Urbain DONDAINE pouvant correspondre en âge à celui de Lichères. Il a fondé famille à Lucy-le-Bois, les enfants ne sont pas ceux que l’on retrouve à Lichères et nous n’avons pas son acte de sépulture. Cependant Lucy-le-Bois est à même de correspondre à la description géographique de Rétif. Après 17ans de mariage et 8 enfants plus tard, le 11 juin 1730, un mois et demi après avoir accouché de son dernier enfant mort à la naissance, « Madame Marie Dondaine en son vivant Epouse de Mr Retif » décède. Elle est inhumée dans l’église de Sacy. Elle avait 42 ans.
Enfants d’Edme Rétif et de Marie Dondaine
Des huit enfants qu’a eus le couple, un seul est mort à Sacy, le dernier décédé à la naissance. 1) Anne RÉTIF [2] (174-1769) épouse de Michel LINARD (1716-?), taillandier à Vermenton où elle décède. C’est elle que Rétif, tout jeune enfant avait accompagnée en famille à Vermenton au domicile de son mari après son mariage en 1737 à Sacy.
2) Nicolas EdmeRÉTIF[3] (1715-1800) est d’abord vicaire à Vermenton puis fin 1744 curé de Courgis. Il y décède en 1800 dans sa maison, le presbytère. Il est qualifié dans son acte de décès de « Ministre du culte catholique ».
3) MarieRÉTIF[4] (1716-1808) s’installe à Paris où elle y épouse en 1741 Louis BEAUCOUSIN, pâtissier. Le couple est domicilié 21 rue de Charenton à Paris 12è (anciennement 8è) près de la Bastille. Louis né vers 1700, décède en 1778. Il est qualifié dans l’acte de « patissier préféré du Roy ». C’est sans doute la raison pour laquelle il est inhumé dans la cave de la chapelle de la Sainte-Vierge de la paroisse Sainte-Marguerite, Faubourg Saint-Antoine, paroisse dont dépend son domicile. Est présent à l’enterrement Jacques MARSIGNY (1756-1810), originaire de Joux-la-Ville, pâtissier fils Marie Anne RÉTIF (qui suit) sœur de Marie RÉTIF.
Jacques MARSIGNY demeure à la même adresse que ses oncles et tantes Marie RÉTIF et Marguerite Anne RÉTIF (à venir), qui veuve de Jean Melon François BIZET s’installera à cette adresse.
Marie RÉTIF âgée de 92 ans décède en 1808 à cette même adresse. Jacques MARSIGNY déclarera le décès.
Jacques MARSIGNY décédera en 1810 à cette adresse, qualifié de rentier.
4) Marie AnneRÉTIF (1718-1784) épouse en 1744 Jacques MARSIGNY (1715-1789), tonnelier à Joux-la-Ville où elle décède en 1784.Son fils Jean Baptiste MARSIGNY (1761-1809) est l’une des deux personnes qui déclarera le décès en 1800 de Nicolas Edme RÉTIF, curé de Courgis. Un autre fils Jacques MARSIGNY (1756-1810) dont il a déjà été question, rejoint ses tantes Marie et Marguerite Anne RÉTIF à Paris 12è actuel où il décédera.
5) ThomasRÉTIF[5] (1720-1786) Clerc tonsuré, précepteur et gouverneur des enfants de la Maison et Hôpital de Bicêtre, vient en dernier lieu s’installer à Courgis et devient l’assistant de son frère Nicolas Edme qui en est le curé. Il y décède en 1786. En 1746, il est le parrain à Paris 12è de Marie Madeleine BEAUCOUSIN fille de sa sœur Marie RÉTIF.
6) Marie Madeleine (1723-1775) devient la gouvernante de son frère Nicolas Edme curé de Courgis où elle décède en 1775 qualifiée dans l’acte d’institutrice à l’école des fille de Courgis. Sa présence est attestée en 1747 à Paris 12 car elle y est la marraine de Marie Madeleine BEAUCOUSIN fille de sa sœur Marie RÉTIF.
7) Marguerite AnneRÉTIF dite Margot (1727-1808). Elle épouse à Paris 04 actuel en 1763 Jean Melon François BIZET (1737-1778) marchand mercier à son mariage, marchand bijoutier à son décès en 1778 dans le même arrondissement. Au mariage sera témoin Louis BEAUCOUSIN époux de Marie RÉTIF. Après le décès de son mari Marguerite Anne ira demeurer 21 rue de Charenton à Paris 12, près de la Bastille où demeurent déjà sa sœur Marie RÉTIF et son neveu Jacques MARSIGNY.
Marguerite Anne, âgée de 81 ans décède moins de deux mois après sa sœur Marie. Jacques MARSIGNY son neveu déclarera également son décès.
8) Un enfant non prénommé, simplement ondoyé par la sage-femme meurt à la naissance le 25 avril 1730. Un mois et demi plus tard, Marie DONDAINE sa mère décède.
L’honnête homme est veuf. Ce que narre rétif de cette période reflète-t-elle la vérité ou est-ce affabulation ?
« Dès qu’Edme R. fut veuf, la prudence, et ce qu’il devait à sa Jeune famille, ne lui permirent pas de demeurer davantage avec son Beau-père. Il s’en sépara, et se mit à travailler pour lui-même ; ce qu’il n’avait pas encore fait ; contre sa conscience, Thomas Dondaine étant riche, et un Père se devant à ses Enfants : mais la complaisance pour son Épouse avait dirigé sa conduite : exemple rare, qu’un Homme qui se sacrifie à la tranquillité et à la satisfaction d’une Femme qu’il n’a prise que par obéissance ».
L’auteur ne précise pas où est parti habiter son père.
Mariage d’Edme Rétif et de Barbe Ferlet
Le 25 janvier 1734 Edme RÉTIF épouse Barbe FERLET que Rétif surnomme « Bibi ».
BARBE FERLET DE BERTRO, est née à Accolai, petit Bourg situé à la jonction des rivières d’Ionne et de Cure, en 1713. Son Père, Nicolas Ferlet, descendu d’une très bonne Famille, était un excellent homme ; sa probité, la douceur de son caractère et sa piété le faisaient chérir de toute la Paroisse. Son Épouse, mon aïeule, mourut fort jeune : il s’était remarié ; mais à une bonne Femme, qui regarda comme siennes deux Filles de son Mari. Ma Mère était la plus jeune [note : faux, trois enfants la suivent, deux décédés jeunes, l’autre on ne sait pas car il n’apparaît plus dans les registres après son baptême] : c’était une blonde de la plus aimable figure : mais d’une vivacité, et même d’une pétulance, que l’éducation ne réprima pas. C’était l’enfant gâté de la maison ….
La vie de mon père
Barbe Ferlet : Une figure complexe et romancée
Barbe FERLET naît à Accolay (Yonne) le 22 janvier 1703 et non en 1713 comme l’écrit son fils, qui déjà ne connaît pas sa propre date de naissance.
Il s’agit de FERLET et non FERLET de BERTRO. Rétif s’est constitué une généalogie fantaisiste remontant jusqu’à Pertinax Empereur Romain. [note : Publius Helvius Pertinax né en 126 à Alba Italie, Empereur le 1er janvier 193, assassiné le 28 mars 193]
Barbe FERLET est la fille de Jean FERLET (ca 1658- Accolay 20 06 1740) (aucun acte paroissial ne le prénomme Nicolas) et de Marie CHARREAU (Accolay 18 03 1673-Accolay 05 04 1717).
Jean Ferlet (père de Barbe Ferlet)
Jean FERLET est qualifié de « vigneron » dans tous les actes paroissiaux qui ont été relevés ici pour établir sa généalogie ainsi que celle de ses proches. En l’absence de sources citées, dire qu’il est « Fermier du château de Bertreau » n’est qu’affabulation.
Barbe FERLET a pour parrain « mre françois degrillet fils de messire Jean degrillet seigneur de Trucy, bertereau et autres lieux ». Voilà d’où provient son nom dans les écrits de son fils. Elle est certainement née à Berthereau (orthographe actuelle), hameau d’Accolay où son père devait y être vigneron.
Berthereau est un petit hameau situé sur la route menant de Vermenton à Cravant et dépend d’Accolay. En venant de Vermenton, sur la gauche en contrebas, se situe le château masqué par les arbres.
Jean FERLET s’est marié quatre fois dont avec deux Marie CHARREAU. La mère de Barbe est la seconde.
Rétif avait 6 ans quand son grand-père est mort et ce qu’il en dit ne paraît pas vraiment correspondre avec la réalité. Alors que Jean FERLET était marié à sa première femme, la première Marie CHARREAU, il a été le père le 14 juin 1698 d’un enfant illégitime né avant terme :
« X fils de Claudine JUILLET femme de René Tabar absent depuis environ un an est accouchée au bout d’environ six mois de terme d’un enfant qu’elle a déclaré estre des œuvres de Jean ferlet mary de Marie charreau qui m’a esté apporté la nuit du quatorze juin [note : 1698] par Jeanne Juillet femme d’Estienne Lepage et tante de lad[ite] claudine Juillet accompagnée de Toussine Sautereau et de Marie dautel je l’ai baptisé en leur p[rése]nce en ma chambre et est ensuitte décéddé et lay inhumé au cimetiere vingt quatre heures après avec les cérémonies accoutumée les jour et an que dessus. » Signé F[rançois] Grenan curé d’Accolay.
Selon Rétif, Barbe FERLET, après l’incendie de la maison d’Accolay qui a diminué l’aisance de son père qui dut engager ses terres pour rebâtir sa maison, est envoyée chez une parente Madame PANDEVANT à Auxerre .
« et Bibi alla demeurer à Auxerre chez sa Parente, qu’elle suivit ensuite à Paris, où elle resta deux ans. Ce fut dans cette dernière Ville, que Bibi essuya différentes attaques, causées par sa figure et par sa vivacité. Tous ceux qui l’approchaient, devenaient ses amants ; mais incapable d’attachement, elle riait de leurs soupirs, ou si elle faisait attention à eux, ce n’était qu’à raison de l’établissement qu’ils pouvaient lui procurer. Dans le nombre, il se trouva un Homme d’environ quarante-cinq ans ; d’une belle figure, jouissant d’une fortune honnête, d’un caractère aimable, et d’une Famille connue. Cet Homme s’annonça tout d’un coup à la Jeune personne, comme prétendant à sa main. Bibi le trouva ce qu’il lui fallait (car elle voulait une maison faite), et le pria de s’adresser à Madame Pandevant. Enchantée des avantages que cet Homme faisait à sa Protégée, cette Dame accueillit le Prétendant. Le mariage fut conclu en huit jours. Immédiatement après la célébration, les deux Époux allèrent demeurer en Province. Bibi, devenue Madame Bovjat, eut un Fils, que son Mari mit en nourrice à Pourrain, à dix lieues de sa résidence, quoiqu’il y eût des Nourrices dans le Pays » [La vie de mon père].
Ce long extrait de « La vie de mon père » est nécessaire pour la compréhension de la suite.
Il ne faut pas oublier que de minutieuses vérifications étaient effectuées dans les paroisses au préalable d’un mariage. Il est douteux que Edme BOUJAT ait pris le risque d’être bigame. Le récit de Rétif est à l’évidence fantaisiste. Rétif tente de disculper sa mère d’avoir couché avec Edme BOUJAT, homme marié, et d’en avoir eu un enfant. Il invente donc ce premier mariage.
L’acte de baptême de l’enfant suffit pour démontrer que Rétif falsifie la réalité. En effet l’enfant est né « enfant naturel » et non « enfant légitime », et de plus il naît en la paroisse de Saint-Eusèbe d’Auxerre où demeure BOUJAT et non dans une ville de Province à 40 km d’Auxerre (Pourrain est à 15 km d’Auxerre) :
« Le seize ianvier mil sept cent vingt trois a esté baptizé edme né le mesme iour fils naturel du sieur edme boujat bourgeois, et de barbe frarlay Le parein iean ducousoid mtre cordonnier, La maraine edmée sery qui a declaré ne scavoir signer » Suivent les signatures.
D’autre part « Madame Pandevant » dont parle Rétif comme étant la parente qui a accueilli Bibi est dans la réalité le nom de la femme de Edme BOUJAT. Dans le récit il ne nomme pas la femme de BOUJAT qui bien sûr découvre la bigamie de son mari. La femme de BOUJAT et Madame PANDEVANT sont en fait une seule et même personne.
Et que faisait Barbe FERLET chez les BOUJAT pendant toutes ces années ? A l’évidence elle était à leur service.
Il est inutile de poursuivre le récit de Rétif sur ce fantaisiste premier mariage de sa mère. Cependant une phrase intéressante est à relever, Rétif parle de Edme BOUJAT :
« Les raisons qui l’avaient dégoûté de son Épouse, c’est d’abord qu’elle était plus âgée que lui : ensuite, il n’en avait point eu d’Enfant et il brûlait d’envie d’en avoir ».
Magdelaine PANDEVANT a environ 12 ans de plus que son mari et aucun enfant du couple n’a jamais été relevé. Magdeleine avait déjà environ 38 ans quand elle épouse Edme BOUJAT. À Sacy le 21 novembre1698. C’est le curé de Sacy Jean Baptiste PANDEVANT, très certainement de la famille, qui célèbre le mariage. Magdelaine y est dite « fille de deffunt Noble Mary pandevant officier de la panneterie du Roy et Dame perrete prevost ».
Rétif parlera du deuxième mariage de sa mère avec Edme BOUJAT.
« Madame B. mourut au bout de deux ans : et pour marquer la sincérité de ses dispositions à l’égard de Bibi et de son Fils, elle leur laissa tout ce qu’elle pouvait leur laisser, même des biens fonds. M. B. devenu veuf, fit faire des propositions à Bibi, par Madame Pandevant, chez laquelle elle s’était retirée, avec son Fils. Cette Dame conseilla le mariage à sa Pupille, et celle-ci consentit à tout ce qu’on voulut. Elle épousa donc une seconde fois M. B., avec lequel elle vécut heureuse (car il l’adorait), jusqu’à la mort de cet Homme, arrivée en 1732 » [La vie de mon père].
En fait, Magdelaine PANDEVANT épouse de Edme BOUJAT décède six ans après la naissance du fils adultérin de son mari, le 21 avril 1729 à Saint-Eusèbe. Elle est inhumée le lendemain dans l’église.
Dans son testament du 12 Août 1726, elle lègue ses biens à « Edme BOUJAT fils naturel du sieur BOUJAT son mari pour la bonne amitié qu’elle a pour lui ».
Le mariage BOUJAT-FERLET est célébré en cette même paroisse de Saint-Eusèbe le 25 novembre 1729. Barbe FERLET est dite dans l’acte demeurant en la Paroisse de Saint-Laurent de Paris. Il est logique qu’après la naissance du fils, Barbe ne soit pas restée chez les BOUJAT.
Dans les différents actes paroissiaux Edme BOUJAT (Sacy 1672-Sacy 1733) est qualifié de de « bourgeois d’Auxerre puis de Sacy, marchand, procureur d’office ».
Edme BOUJAT meurt à Sacy 4 ans plus tard, le 03 novembre 1733 (et non en 1732 comme l’écrit Rétif vraiment fâché avec les dates) et fut inhumé le lendemain dans l’église.
Le couple a eu trois enfants, le premier Edme BOUJAT, comme son père, né hors mariage, celui que Rétif nomme son frère utérin. Les deux autre décèdent en bas âge.
Les trois enfants du couple Edme BOUJAT & Barbe FERLET :
Edme BOUJAT[6]. : né le 16 janvier 1723 à Saint-Eusèbe d’Auxerre, maître chirurgien, s’est marié le 27 janvier 1750 à Pringy (Seine & Marne) avec Marie Catherine PATRIS où il est décédé d’une chute de cheval le 21 juin 1750.
Edme BOUJAT né à Sacy le 06 septembre 1730 où il décède le 29 août 1731.
Marie BOUJAT née à Sacy le 10 novembre 1732 où elle décède le 7 avril 1733.
Le 25 janvier 1734 Edme RÉTIF épouse Barbe FERLET en l’église de Sacy. Effectivement, comme le précise l’auteur, il y a dispense des deux derniers bans.
Selon Rétif, c’est le curé de Sacy, Antoine FOUDRIAT, qui sert d’entremetteur entre
Edme RÉTIF et Barbe FERLET, jeune veuve du vieux Edme BOUJAT.
« son Ami [note : le curé] le pressait vivement ; il ne refusa pas, et demanda du temps pour se déterminer.
— Oui, je vous donne vingt-quatre heures, dit le Curé ; encore, est-ce parce que cela ne retardera rien. Dimanche un ban ; dispense des deux autres : mariés à quatre heures du matin le premier jour possible.
Edme R. sortit de cette entrevue rêveur. Sept Enfants ! mais c’est la jeune Femme que cela devait effrayer, et non pas lui. Par générosité, il résolut de la refuser, et de tout employer pour la servir. Il alla même en parler à son Beau-père sur ce ton. Thomas Dondaine fut effarouché de l’idée seule de ce mariage. Il fulmina, et dès le lendemain, il fit faire un inventaire en faveur de ses Petits-enfants. Edme R. n’en parut point affecté ; au contraire ; voyant les droits de ses Enfants en sûreté ; considérant l’avantage que sa fortune et la leur pouvaient retirer d’un second mariage avec une Femme qui avait beaucoup de droits certains, il retourna chez le Curé moins décidé à refuser.» [La vie de mon père].
C’est peut-être pour cette raison que Thomas DONDAINE n’est pas cité dans l’acte de remariage de son gendre comme étant présent et sa signature ne figure pas non plus sur le document, ce qui n’aurait manqué d’être, au vu de sa situation sociale. La présence au remariage d’une personne veuve, de membres de la famille de la personne défunte, était un signe d’acceptation du remariage.
Le couple s’installe dans la maison où demeurait Barbe FERLET, en face de de l’église qui appartient désormais au seul héritier survivant de Edme BOUJAT.
Edme RÉTIF et Barbe FERLET, nouveaux mariés n’ont pas perdu de temps. Deux jours avant les neuf mois anniversaire de leur mariage, naît celui qui deviendra Rétif de la Bretonne.
Les tensions entre les enfants du premier mariage et la nouvelle épouse
Selon Rétif, il y aurait eu des dissensions entre les enfants du premier mariage de son père et sa nouvelle épouse, et on peut que le croire :
« Sa nouvelle Épouse, tandis qu’il s’occupait à recueillir ses biens, rétablissait l’ordre et l’abondance dans le ménage : elle voulut gouverner des Filles déjà grandes, accoutumées à l’indépendance : elle n’y réussit pas, et elle souffrit en cette occasion, du vice de son éducation personnelle : n’ayant jamais été contredite, elle alla sans doute trop loin : mais ce fut lorsqu’on eut passé les bornes avec elle. Cependant, jamais le Mari ne s’aperçut de ces dissensions domestiques. Sa Femme reprenait un air serein, dès qu’il paraissait, et ne se plaignait que rarement. Ce fut une autre Personne qui instruisit un Père de Famille de ce qui se passait chez lui. C’était après ma naissance ; car je suis le premier fruit du second mariage de mon Père …..
Une Sœur de mon Père (c’était Marie, la plus jeune) eut occasion de passer quelques jours à la maison : le premier et le second jour, tout le monde se contraignit : mais la patience échappa aux grandes Filles le troisième dès le matin. Elles avaient tort ; la Tante surprise de cet orage, prit le parti de sa Belle-sœur contre ses Nièces. Mais ce ne fut pas le moyen de rétablir la paix : On pleura ; on dit, qu’on était abandonnées de tout le monde, depuis que cette belle Dame était venue leur enlever le cœur de leur Père. Les jours suivants, la même scène recommença. Pour lors la Tante, bien convaincue que des Personnes si peu faites pour vivre ensemble se rendaient mutuellement malheureuses, en parla à son Frère.
— C’est ce que j’avais prévu, répondit-il, et je me suis trop tôt applaudi de m’être heureusement trompé : mais je sais un remède. Ce sont les grandes Filles qui causent tout le mal : on me demande l’Aînée en mariage ; le Parti est avantageux, mais j’hésitais ; je vais la marier. La Seconde souhaite d’aller en apprentissage à la Ville ; elle ira. Mon Beau-père Dondaine me demande la Troisième ; je la lui donnerai. Il a déjà la Quatrième : je ne garderai donc ici que la plus Jeune, qui est d’un caractère doux, et qui d’ailleurs n’est qu’une enfant. Quant à mes deux Fils, je ne sais pas si leurs Sœurs les ont mis de leur parti : mais en tout cas, l’Aîné, qui est un homme fait, malgré sa jeunesse, est au séminaire ; le Cadet sur le point d’y aller ; il est d’ailleurs d’un si excellent caractère, que je n’en ai rien à redouter. Voilà des arrangements naturels. Mais, croyez, ma Sœur, que si je m’étais trouvé dans une autre position, j’aurais su parler en Père et en Maître, et mettre à la raison toutes ces petites Personnes. Elles abusent de ma bonté ! »
Il est étonnant qu’une si petite maison ait pu loger autant de personnes.
Les dynamiques familiales après le second mariage
Reprenons une citation déjà relevée plus avant :
« Mon père s’est marié deux fois : la première avec Marie Dondéne, dont il eut sept enfants ; la seconde, avec Barbe Ferlet-de-Bertrô. . Il en eut également sept enfants, dont je suis le premier. » [Monsieur Nicolas].
Encore une fois Rétif est dans l’erreur, il ne compte pas ses deux frères, l’un décédé âgé de deux mois et demi, l’autre à la naissance. Le couple RÉTIF-FERLET a eu neuf enfants.
Sur leurs deux mariages respectifs, Edme RÉTIF comptabilise dix-sept enfants et Barbe FERLET douze.
Les enfants du second mariage de chacun :
Nicolas Edme RÉTIF dit Rétif de la Bretonne (Sacy 23 octobre 1734 – Paris Ve, le 03 février 1806), imprimeur typographe, écrivain, épouse le 22 avril 1760 en la paroisse Saint-Loup d’Auxerre Agnès LEBÈGUE (Saint-Eusèbe d’Auxerre 13 juillet 1738 – Paris 1er le 29 août 1808). Leur divorce est prononcé le 04 février 1794 par le Tribunal de Paris. Sa fille Agnès née Rétif, décédera à Paris sous le nom de « Agnès Rétif de la Bretonne ».
Thomas Pierre RÉTIF (Sacy 02 juillet 1736- Sacy 18 septembre 1736).
Un garçon non prénommé RÉTIF (Sacy 20 juillet 1737-Sacy 20 juillet 1737).
Catherine RÉTIF (Sacy 26 décembre 1738 – Nitry 30 août 1787), jumelle de la suivante, épouse à Sacy le 16 novembre 1762 Pierre Nicolas RÉTIF (ca 1743-Val-du-Puits de Sacy 30 avril 1795).
Leur fille Geneviève RÉTIF, ex cantinière, décédera à Paris 02e le 31 mars 1857 sous le nom de Geneviève RÉTIF de la Bretonne. Cet acte de décès la dit née à La Bretonne et veuve BOIRON. Son acte de baptême à Nitry ne précise pas son lieu de naissance. Laurent RÉTIF leur petit-fils installé à Paris, prendra également le nom de RÉTIF de la Bretonne.
Marie Geneviève RÉTIF (Sacy 26 12 1738-La Bretonne 14 06 1825), jumelle de la précédente, épouse à Saint-Sulpice à Paris 06è le 24 septembre 1772 (Le registre original de Sacy comporte une copie émanant de Saint Sulpice, de cet acte) Léonard Laurent TILLIEN[7].(Sacy 09 11 1729-La Bretonne 28 10 1795), qualifié de bourgeois à Paris sur ledit acte de mariage et que Rétif dit être cocher à Paris. Effectivement les témoins audit mariage sont des loueurs de carrosses dont Pierre et Edme DONDAINE. Le couple reviendra vivre et finir leur vie à la ferme de la Bretonne.
Jean Baptiste RÉTIF[8] (Sacy 12 03 1740-1754/1755). Son acte de décès n’est pas dans les registres de Sacy. C’est Rétif qui nous apprend que son frère est mort à l’âge de 14 ans.
Marie Anne RÉTIF[9] (Sacy 18 03 1741- Paris 06e, anciennement 11e, le 22 02 1825). Qualifiée de sœur de charité, elle est décédée à son domicile 49 rue Saint-André des Arts, certainement local du bureau de charité, à moins de 500mètres du domicile de son frère Rétif de la Bretonne où il est décédé en 1806). Il est intéressant de noter qu’un des déclarants, est administrateur au bureau de charité. Il s’agit de Antoine Issac SILVESTRE de SACY, « Baron d’Empire, linguiste, philologue et orientaliste-arabisant selon Wikipedia ». L’acte de décès [9] lui ajoute d’autres qualifications. Il est né SILVESTRE mais ayant hérité de son père des terres de Sacy ayant appartenu à l’Ordre de Malte (ex Hospitaliers), il a ajouté « de SACY » à son nom.
Selon une chronologie de la vie de Rétif la Bretonne aux éditions Garnier (accès libre), Marie Anne est dite « Élisabeth », elle est « religieuse à l’abbaye de Crisenon, puis aux Bernardines d’Auxerre, gouvernante du curé de Courgis après le décès de sa demi-sœur Madeleine, enfin sœur de charité à Paris ».
Charles RÉTIF[10].(Sacy 19 02 1743-Hanovre, Allemagne 1759/1760), clerc chez un notaire parisien avant de devenir soldat au Régiment d’Auvergne.
Pierre RÉTIF[11].(Sacy 21 08 1744-La Bretonne 31 07 1778). Son parrain est son frère le futur écrivain, il a 10 ans et ne sait pas encore signer, sa marraine est sa demi-sœur Marguerite Anne qui signe. Pierre épouse à Annay-la-Rivière (de nos jours Annay-sur-Serein) 1e 29 janvier 1765 Françoise PIOCHOT (Annay-la-Rivière 10 03 1739-La Bretonne 21 03 1811). Pierre RÉTIF succédera à son père à la Bretonne, où l’ont rejoints comme nous l’avons vu, sa sœur Marie Geneviève RÉTIF et son mari Laurent TILLIEN après leur vie parisienne.
Leur fils Nicolas Edme RÉTIF (La Bretonne 1770-Accolay 1862) sera médaillé de Sainte-Hélène.
Leur fils Edme Étienne RÉTIF (La Bretonne 1769-La Bretonne 1794) dit « Edmond le pulmonique par Rétif de la Bretonne, son oncle et beau-père. Il épouse en effet le 21 mai 1791 à Paris sa cousine germaine Jean Thomas Marie Anne RÉTIF dite Marianne et également Marion (la Bretonne 1764-Paris 1836), fille de l’écrivain et d’Agnès LEBÈGUE.
Leur fils Jacques RÉTIF (La Bretonne 1773-Essert 1855) est à l’origine de la branche RÉTIF d’Essert. Sa fille Julie RÉTIF[12] (Essert 1821-Essert 1901) ainsi que son fils Pierre Jacques RÉTIF[13] (Reigny devenu hameau de Vermenton à la Révolution 1812-Essert 1880), Maire d’Essert de 1848 à 1871, y ont toujours leur tombe en 2024.
Revenons à Thomas DONDAINE.
Anne FERLET sa seconde femme décède le 29 octobre 1738 à Sacy. Elle est inhumée dans l’église le lendemain.
Le 07 juillet 1726, est bénite « la petite cloche qui est audessus du Maitre Autel, elle eu pour Parain Maitre Edme Boujat Bourgeois d’Auxerre, et pour Marainne honneste femme Anne Ferlet Epouse de Mtre Thomas Dondaine. ».
Les inscriptions sur la cloche nous apprennent que Thomas DONDAINE est maire de Sacy.
Il est à noter également que le parrain n’est autre que Edme BOUJAT qui épousera Barbe FERLET trois ans plus tard.
Décès et testaments
Thomas DONDAINE décède le 29 février 1744, il est également inhumé dans l’église.
Edme RÉTIF et Barbe FERLET décéderont en toute logique à La Bretonne.
Edme RÉTIF le 16 décembre 1763, il sera inhumé le lendemain au cimetière. Pour Rétif, son père est mort en 1764.
Le 18 décembre 1763 à Sacy, a lieu l’inventaire de la communauté d’entre feu Edme RÉTIF, Lieutenant de Sacy et Barbe FERLET, sa femme [Archives de l’Yonne].
Dans un mur au 03 de la rue des Prés à Sacy est incrusté un morceau de sa pierre tombale. Le cimetière autour de l’église de Sacy a été relevé fin 19e et début 20e siècle. Il y a d’ailleurs une erreur sur la date de décès [13].
Barbe FERLET meurt le 06 juillet 1771 et non en juillet 1772 comme l’écrit Rétif. Elle sera inhumée le lendemain dans l’église.
Barbe FERLET a fait enregistrer son testament le 02 juillet 1771 :
Par devant Nous Jean baptiste françois Maujot avocat en parlement notaire royal au baillage resident a vermenton, assisté d’Edme et Jacques Cornevin tous deux laboureurs demeurans a Sacy nos temoins soussignez le deux Juillet mil sept cent soixante et onze après midy nous sommes au mandement de dame barbe ferlet veuve de Me Edme Retif lieutenant audit baillage de Sacy demeurante ladite veuve Retif en sa maison de la bretonne près et Paroisse de Sacy transporté en la susdite maison en une chambre elevée ayant son escalier et entrée sur la cour et ses vues face le jardin dependant de ladite maison ou nous avons trouvé lad. dame ferlet veuve dudit Me Retif, en son lit malade de Corps neanmoins saine d esprit memoire et entendement [fin de la 1ère page]
Testament Barbe Ferlet – 2 juillet 1771
Résumé de la suite : « Elle détaille les biens qu’elle laisse à ses cinq enfants, dont son fils aîné Nicolas-Edme qui reçoit quelques arpents de terres et des vignes, le montant de quatre rentes et une somme de 11 livres qui lui sera payée par sa sœur Marie Anne. Les meubles et effets mobiliers seront partagés à parts égales… « Je declare que j’ai fait les presentes distributions de mes biens avec la plus parfaite égalité. J’espere que mes enfants s’en trouveront contens je les prie et leur ordonne même de n’y donner aucune atteinte et de conserver la paix et l’union que je leur ai toujours inspiré »…. »
La distribution des biens comprend un peu plus de 6000 livres de biens-fonds, environ 2000 Livres de rentes. La Bretonne comptant dans le partage pour 1500 livres. On est bien loin d’un « pauvre laboureur »
Testament de Barbe Ferlet
En 1773 Rétif vendra sa part de patrimoine à son frère Pierre qui reprend l’exploitation de La Bretonne.
Destin de la fratrie et de sa descendance
Des huit enfants du premier mariage de Edme RÉTIF, deux s’établiront à Paris et y décéderont. La présence de deux autres à Paris est attestée, mais ils n’y resteront pas.
Des neuf enfants de son second mariage, deux également s’installeront dans la capitale où ils mourront. Une fille après des années passées à Paris reviendra à La Bretonne avec son mari originaire de Sacy.
Des petits enfants de Edme RÉTIF s’établiront aussi à Paris.
Edme RÉTIF lui même était à Paris avant de revenir pour se marier (selon Rétif).
Barbe FERLET demeurait à Paris avant de revenir à Auxerre pour se marier avec le père de son enfant.
Edme BOUJAT, le fils adultérin né des relations adultérines de Edme BOUJAT avec Barbe FERLET, s’était installé à Pringy en Seine et Marne, à 47 km de Paris (estimation actuelle).
Le voyage Sacy/Paris/Sacy était fait plusieurs fois au cours d’une vie.
L’exode rural vers Paris était déjà important aux 18e et 19e siècles. Rappelons que deux DONDAINE, loueurs de carrosses étaient témoins au mariage à Paris en 1772 de Marie Geneviève, sœur de l’écrivain. Le mouvement ne fera que s’amplifier au 20e.
[1] À cette époque Sacy a deux Seigneurs et donc deux Justices : celle du Commandeur de l’Ordre de Malte du Saulce d’Auxerre, anciennement Ordre des Hospitaliers, Justice dite dans les Croix et celle de l’Évêque d’Auxerre et de son Chapitre dite hors les Croix.
[2]Anne RÉTIF : « Anne R., Fille aînée, et déjà mariée, fut louée pour sa bonne conduite en ménage, avec un Mari très dissipé, peu laborieux, dont elle avait fait un bon Mari par sa douceur, ses complaisances, les encouragements qu’elle lui donnait, et l’ardeur incroyable avec laquelle elle lui épargnait une partie des peines, en faisant elle-même autant, et plus qu’elle ne pouvait ». [La vie de mon père].
[3]Nicolas Edme RÉTIF : « Parmi les cinq Filles du premier lit, quelques-unes avaient de la figure, et étaient assez bien, surtout la Seconde, qui est le portrait de son Frère aîné, comme celui-ci l’est de son Père ». [La vie de mon père].
« L’Aîné surtout, aujourd’hui l’un des plus respectables Pasteurs du second ordre qu’ait l’Église, peut être regardé comme la récompense des vertus d’Edmond et de sa soumission aux ordres de son Père dans le choix d’une Épouse ». [La vie de mon père].
[4]Marie RÉTIF : « Parmi les cinq Filles du premier lit, quelques-unes avaient de la figure, et étaient assez bien, surtout la Seconde, qui est le portrait de son Frère aîné, comme celui-ci l’est de son Père ».
« Marie R., quoiqu’absente, et étant alors à Paris, fut louée pour sa conduite dans cette Ville, sur le témoignage de ses Maîtresses, et d’une de nos Tantes : comme elle était jolie, elle avait été exposée à quelques épreuves, dont elle s’était tirée avec autant de modestie que de courage ». [La vie de mon père].
[5].Thomas RÉTIF : « Le second Fils de la Première femme, nommé Thomas, comme son Aïeul maternel, ressemble à sa Mère, et en a la bonté, unie à la candeur d’Edme R. Je ne pourrai parler du Frère aîné, sans dire un mot du Cadet ; ils vivent ensemble, et l’on verra dans ce que j’en rapporterai, un exemple des vertus les plus sublimes et les plus douces de la morale évangélique ». [La vie de mon père].
« Quant au Fils cadet du premier lit, je n’ai pas non plus ouï-dire, que notre Père ait été obligé de le traiter durement : Cependant il était paresseux, et son excessive bonté, dont aujourd’hui tous ceux qui le connaissent tirent tant de fruit, pouvait alors passer pour le défaut qui en est l’excès. Aussi n’était-il pas aimé de Thomas Dondaine son Aïeul et son parrain [note : vrai], qui était entièrement subjugué par les qualités brillantes de l’Aîné : mais Edme R. encourageait ce second Fils, et lui marquait la plus tendre affection ».[La vie de mon père].
« Thomas R., plus jeune de quelques années que le Curé de Courgis, est un de ces caractères heureux, tels qu’on nous peint les Hommes de l’âge d’or. La candeur et la modestie siègent sur son front, et dès qu’il a parlé, on se sent porté à lui donner toute sa confiance. Ce digne Ecclésiastique, est si humble, qu’il n’a jamais voulu accepter l’ordination, que M. De Caylus lui a fait offrir plusieurs fois ». [La vie de mon père].
[6].Edme BOUJAT : « Je n’ai pas eu occasion de parler du Fils aîné de ma Mère, dans le cours de cet Ouvrage Il avait pris un art aussi utile aux Hommes, qu’il est noble par l’évidence et la sûreté des secours qu’il procure, la Chirurgie. Il s’y distingua : Il connaissait surtout si bien le tempérament de mon Père et de ma Mère, qu’il ne les traita jamais en vain ; soit que sa méthode fût infaillible ; soit plutôt, que la confiance en lui fît plus que le remède. Cet excellent Garçon était mort à vingt-six ans, d’une chute de cheval, laissant une jeune Veuve, qui lui a donné un Fils posthume. Durant tout le cours de sa maladie, Edme R. ne disait autre chose dans ses souffrances, sinon, — Hélas ! si j’avais ici mon pauvre Bovjat ! Ce fut la seule plainte qu’il se permit ». [La vie de mon père].
[7].Laurent TILLIEN : « Marie Droinc. Sœur cadette de Madeleine, et que Laurent Tilhien, frère d’Agathe, qui avait six à sept ans plus que nous, força de nous montrer, à tous, de nous laisser examiner et toucher sa nudité sexuelle … Hé ! l’on parle de l’innocence des campagnes ! » [Monsieur Nicolas, Mon Calendrier, 28 janvier 1743].
[8].Jean Baptiste RÉTIF : « Jean-Baptiste R., le second des Fils du second lit, est mort à quatorze ans. Son esprit était borné ; mais il aurait fait un jour un second Thomas R. : son ingénuité et sa bonhomie ont fait pendant toute sa jeunesse l’amusement de la Maison, sans que pour cela il en fût le jouet : notre Père, qui riait lui-même de ses naïvetés, ne l’aurait pas souffert ».[La vie de mon père].
[9].Marie Anne RÉTIF : transcription de son acte de décès reconstitué de Paris :
« RECONSTITUTION DES ACTES DE L’ÉTAT CIVIL DE PARIS Expédition délivrée sur papier libre, en exécution de la loi du 12 février 1872, par Me harly Perraud Notaire à Paris, soussigné, le vingt Décembre mil huit cent soixante-treize, d’une Copie authentique d’acte de decès annexée à la minute, étant en sa possession, d’un acte reçu le vingt neuf mars mil huit cent vingt cinq par Me Deprez notaire à Paris Prefecture du département de la Seine Ville de Paris onzième Mairie Estrait du Registre des actes de décès de l’an mil huit cent vingt cinq L’an mil huit cent vingt cinq, le vingt deuxième jour du mois de février onze heures du matin Pardevant Nous marie Guillaume de Bure adjoint à Monsieur le Maire du onzième arrondissement de Paris faisant les fonctions d’officier public de l’état civil sont comparus Messieurs Antoine Isaac Baron Silvestre de Sacy, membre de l’Institutroyal de france, administrateur au bureau de charité onzièmearrondissement de Paris, commandeur de l’ordre royal de lalégion d’honneur et chevalier de l’ordre de Sainte anne de Russieseconde classe, âgé de soixante et six ans demeurant à Paris ruehautefeuille numéro 9 et Jean hyppolite Pelletier agent comptable du bureau de charité dudit arrondissement, âgé de trente quatre ans demeurant à Paris rue saint andré des arts numéro 49 lesquels nous ont déclaré que ce jourd’hui cinq heures du matin Madame Marie Anne Rétif sœur du bureau de charité du onzième arrondissement de Paris, agée de quatre vingt quatre ans native de Sacy, département de l’yonne demeurant à Paris rue Saint andré des arts numéro 49, quartier de l’école de médecine, est décédée en ladite demeure. Et ont les déclarants signé avec nous le présent acte de décès après qu’il leur en a été fait lecture, le décès ayant été dument constaté. Signé au registre le baron silvestre de Sacy Pelletier M de Bure. Pour extrait conforme au registre délivré par nous maire. Paris ce deux mars mil huit cent vingt cinq Signé Baron de Lagonde Expédié et collationné harly Perraud »
[10].Charles RÉTIF : « Charles R. est le troisième des Fils. C’était le portrait vivant de mon Père pour la figure, et pour la tournure d’esprit : mais il était inventif, ardent ; en un mot c’était l’esprit de Pierre R. avec la vivacité de notre Mère, dans le corps d’Edme R. Cet Enfant d’une si grande espérance, fut tué en 1757, en Hanover, fut pris en affection chez un Notaire de Paris, qui fut si charmé de ses qualités, qu’il se proposait de lui donner un jour sa Nièce. Nous avons encore la Lettre qu’il écrivit à mon Père à ce sujet, après l’engagement du Jeune homme ; engagement qui ne fut pas l’effet du libertinage, mais d’une sorte d’enthousiasme qui saisit Charles, et lui fit désirer de servir l’État, en payant de sa personne. Il était dans le Régiment d’Auvergne, et n’avait pas dix-sept ans ».[La vie de mon père]. Notons que Charles est mort vers 1760 date à laquelle il a ses 17 ans, et non 1757 comme le dit Rétif toujours fâché avec les dates.
[11].Pierre RÉTIF : « Pierre R. le plus jeune, occupait la maison paternelle. Son éducation s’est trop ressentie, comme je le disais, de l’indulgente vieillesse de notre Père. Il est mort le 5 auguste 1778 [note : 31 07 1778], laissant sept Enfants, dont quatre garçons. J’ajouterai seulement que l’on nous écrit beaucoup de bien de son Fils aîné (qui n’a que douze ans) pour l’entente des travaux rustiques, pour le goût de l’économie et de l’occupation. Puisse cet Enfant retracer la conduite d’Edme R., et le faire revivre dans le pays qu’il a si longtemps et si utilement servi ! » [La vie de mon père].
[12].Tombe de Julie RÉTIF, (celle de gauche). Il est possible de zoomer :
Nicolas Edme RÉTIF dit Nicolas Edme Restif de la Bretonne, est né à Sacy (Yonne) le 23 octobre 1734 dans une maison en face de l’église qui appartenait à Edme BOUJAT (Sacy 1672- Sacy 1733), premier mari de Barbe FERLET (Accolay 1703- Sacy 1771) mère de l’écrivain. Rétif comme il sera nommé ici, est décédé le 3 février 1806 au 10 rue de la Bûcherie à Paris 05. Ces deux adresses portent une plaque commémorative. Il existe également une plaque commémorative rue des Bernardins à Paris 05 sur la façade d’un immeuble où se trouvait l’atelier d’imprimerie de l’écrivain qui s’y installa en 1781, c’était à l’époque le numéro 10 de la rue. Un atelier de reliure se trouve de nos jours dans cette même rue à quelques mètres de ce lieu historique.
L’écrivain a été inhumé au cimetière Sainte-Catherine [1] qui a été fermé en 1824. A partir de 1785, les cimetières parisiens ont été relevés, pour insalubrité ou pour travaux d’urbanisme. Les ossement ont alors été transportés dans les catacombes. Les derniers dépôts datent de 1860.
faire-part de décès de Rétif de la Bretonne
Voyez mon Calendrier, morceau important de mon Histoire, dans lequel je célèbre la mémoire des 366 femmes principales avec qui je me suis trouvé en relation. Cette espèce de Table de ma Vie, est destinée à les réunir toutes sous un seul point de vue. Quelques-unes ne sont pas indiquées dans l’Histoire alors le Calendrier entre dans les détails nécessaires, et devient ainsi partie intégrante de l’Ouvrage. Quand plusieurs femmes n’ont qu’un trait, elles sont au même jour
Monsieur Nicolas ou le cœur humain dévoilé – Restif de la Bretonne
MON CALENDRIER
Hier, 14 septembre 1790, l’âme encore émue, la tête encore remplie du vingt-unième anniversaire de la rue Saintonge que je célébrais ce jour-là, il me vint en idée d’écrire mon CALENDRIER, c’est-à-dire la liste des femmes et des hommes dont il est parlé, soit dans cet ouvrage-ci, soit dans le Drame de la Vie. Après y avoir réfléchi mûrement, il m’a paru que mon Calendrier, tel que je le concevais, formerait une table utile, et peut-être nécessaire. L’ordre sera chronologique : ce qui veut dire que mes plus anciennes connaissances rempliront les premiers mois. Je ne répéterai pas les détails déjà consignés dans cet ouvrage-ci. Souvent, il y aura deux femmes sous un seul jour. La raison en est que, mon Calendrier embrassant plus de soixante ans, plusieurs femme y peuvent coïncider. En marge seront par première et dernière les années qu’aura duré la connaissance *. J’aurais donc à commémorer beaucoup plus de trois cent soixante-six femmes Je citerai quelquefois la page où se trouvent les personnages commémorés. Voilà quel est l’ordre que je vais suivre. J’ajoute que je diffé- rencierai par la grosseur du caractère les Objets les plus intéres- sans, tels que JEANNETTE, COLETTE *.
Mon Calendrier – Restif de la Bretonne
Les deux premières personnes célébrées par Rétif sont ses père et mère.
Rétif de la Bretonne, portrait de 1787
[1] Le cimetière Sainte-Catherine se trouvait dans le 13ème Arrondissement de Paris, dans l’espace compris entre le Boulevard Saint-Marcel, la rue des Fossés Saint-Marcel et la rue du Fer à Moulin. Le cimetière ouvert et béni le 02 octobre 1783 recevait 4000 corps par an était saturé à la fin du 1er Empire. Il sera fermé le 25 juillet 1824. Plusieurs personnalités et exécutés y ont été inhumés. Voir Wikipedia
Décès de Marie BERNEAU enceinte de six mois et demi –
Marie BERNEAU / BRENEAU (le verlan était déjà en usage à cette époque) est née le 15 février 1731 à Arcy-sur-Cure, fille de Simon (1682-1762), vigneron, et de Anne BOIVIN (1687-1762).
Marie épouse à Arcy-sur-Cure le 05 février 1754 Edme GUILLON (1730-1757). Aucun enfant n’est né de cette union.
Veuve depuis le 10 mai 1757, Marie épouse le 26 janvier 1762 Thomas ROBINEAU (1737-1786).
le 29 septembre 1762 décède Anne BOIVIN la mère de Marie. Le 03 octobre de la même année décède son père Simon BERNEAU.
Marie décède le 04 octobre 1762, enceinte d’environ six mois et demi. Le corps est ouvert, un enfant en vie est sorti du corps de la mère et aussitôt ondoyé par le chirurgien.
Transcription de l’acte : [1]
Marie Berneau Epouse en secondes nôces de Thomas Robineau man[ouvrier] de cette paroisse, âgée de trente et un ans, sept mois et dix neuf jours, decedée ce jourd’hui vers les onze heures du matin, munie des sacrements de peni- tence, viatique et extrême-onction, enceinte de six mois et demi, + a été ouverte aussitôt par le Sr Claude Leblanc, me [maître] chirurgien demt en cette paroisse qui a trouvé dans le seing de la susditte marie Berneau un enfant * [« male » a été raturé] vivant auquel il a doné le Batême à cause du danger come il nous l’a assuré et s’est soussigné **, le quel enfant est decedé quelques moments après, a été à cause de la coruption vers les six heures du soir le quatre octobre mil sept cent soixante et deux inhumé avec sa mere dans le cimetiere avec les prieres et ceremonies ordi- naires en presence de son susdit mari, de marie huot épouse de jâque Berneau sa belle sœur, d’armand fointiat son neveu, des soneurs, et du Sr Edme joublin Recteur des Ecolles et autres qui ont decla- rés ne savoir signer de ce enquis à la reserve des soussignes. + ou environ – * femelle ** et ledit Batême doné par le susdit me claude Lebranc Me chirurgien demeurant en cette paroisse, et en presence de jeanne francoise Trubert, Epouse du Sr Leblanc, l’un et l’autre soussignés et aussi en presence de marie Saussé [*] veuve en premières nôces d’Edme Rouzier vi- vant vigneron + qui a declaré ne savoir signer de ce enquise suivant l’ordonnance. + Sage femme de cette paroisse.
Simon HENRY curé (1668-1776), originaire de Coulanges-la-Vineuse, est très consciencieux. Ses actes sont clairs et bien rédigés. Les personnes présentes et les liens familiaux sont indiqués, permettant ainsi de reconstituer des familles entières. Il a établi des tables de plus en plus élaborées (catégories hommes mariés, veufs, garçons et idem pour les femmes) des baptêmes, mariages et sépulture durant non seulement ses fonctions mais aussi pour certaines années d’avant. Son successeur n’a pas poursuivi la tache. Simon HENRY annotait en marge des actes de baptêmes les dates de décès de ses paroissiens. Les âges très précis (ans, mois, jours) qu’il indiquait, permettent non seulement d’identifier formellement une personne quand il y a doute (mariages sans filiations de certains de ses prédécesseurs) mais aussi de calculer exactement les dates des naissances dans les années qui sont manquantes dans les registres qui nous sont parvenus.
Ici l’acte est quelque peu chaotique, certainement en regard des circonstances peu habituelles. En témoignent les quelques renvois à d’autres précisions.
Claude LEBLANC (1718-?) est le fils de David LEBLANC (1679-1722), laboureur et vigneron à Arcy-sur-Cure et de Edmée Marie GAUTHERIN / GAUTRIN , fille de François (ca 1645-1725) originaire de Lichères-près-Aigremont et de Élizabeth de la PERRIÉRE (ca 1653-1728).
Élisabeth est la fille de Étienne de la PERRIÈRE (décédé avant 1671), Écuyer, Seigneur en partie de Courtenay paroisse de Vermenton, hameau à 300 mètres de la métairie de la Loge de Sacy, et de Renée JASU / JAZU (ca 1617-1677), tous deux originaires de Lichères-près-Aigremont.
Les de la PERRIÈRE sont indéniablement liés à leurs prédécesseurs les DEGAN / DE GAND.
Jeanne DEGAN fille de René (ca 1562-après 1639) Écuyer et Seigneur de Courtenay, mariée à Hélie de TOUTEFAIRE ( ? – 1638), Écuyer, devenu par ladite union Seigneur en partie de Courtenay, est décédée à Courtenay en 1639 et a été inhumée dans l’église de Sacy. Sa tombe y est toujours visible, les inscriptions de plus en plus effacées. Elle a fait précédemment l’objet d’un article.
Louis (ca 1680-1743), l’un des frères de Edmée Marie GAUTRIN (orthographe la plus employée) a été musicien et chantre à la Cathédrale Saint-Pierre de Troyes (une de ses filles de son premier mariage y est inhumée) puis à celle de Saint-Étienne-d’Auxerre. Il a été inhumé le 18 octobre 1743 en la Chapelle Saint-Martin de la dite Cathédrale d’Auxerre.
Thérèse Louise GAUTRIN (1713- entre 1747 & 1751), fille de Louis, a épousé le 07 février 1736 en la paroisse Saint-Pierre-en-Vallée d’Auxerre Pierre BOREL de MIRACLE (Versailles 1711-après 1770) musicien [2] successivement à la Cathédrale Saint-Pierre de Troyes, en celle de Saint-Étienne d’Auxerre, puis du Roi de Pologne à Lunéville (Meurthe & Mosellle), en l’église métropolitaine Saint-Gratien de Tours (1751), et finalement à Luçon en Vendée (à partir de 1752). Il est le fils de Jean BOREL de MIRACLE (ca 1646-Versailles 1728) musicien et chantre du Roi à Versailles (1703 à 1728) [Louis XIV & Louis XV] et de Marie MATHIEU.
Marie SAUSSÉ la sage-femme est peut-être la marraine de la défunte Marie BERNEAU. Le manque de renseignements dans les actes ne permet pas d’être formel sur la personne.
Il nous reste ce pauvre veuf Thomas ROBINEAU (1737-1786), manouvrier. Il est le fils de Edme (1709-1740), laboureur et manouvrier au Val-Sainte-Marie hameau de Arcy-sur-Cure et de Élisabeth BOIROT (1707-1777). Il se remarie en 1765 avec Marie JOUBLIN (1739-après 1790).
Une de ses filles, Clotilde ROBINEAU (1772-1838) du prénom de sa marraine, puis prénommée usuellement Claudine, sonorité approchante, sans doute difficilement différenciable dans le parler local peu académique de l’époque, a épousé en 1796 Guillaume MICHEL du Val-de-Mâlon, hameau de Joux-la-Ville.
De cette union sont nés Léonard (1796-1879) & Marie MICHEL (1804-1835) qui se sont mariés à des BÉRAULT, également sœur et frère, seront les grands-parents de Joséphine dite Nathalie (grand-mère Thalie) BÉRAULT (1857-1935), mère de Félix Amable dit Octave PRÉAU (1880-guerre 1915) marié à Berthe Eugénie PIAULT (1880-1957), qui toute jeune, avait vu la Tour Eiffel en construction. (voir article). Ces unions ne sont qu’un détail des consanguinités qu’il pouvait y avoir dans les familles.