Les prétendues promesses d’un huguenot pour forniquer avec une catholique
*** article en cours de rédaction******
Le verbe forniquer peut paraître vulgaire de nos jours où il est souvent employé de manière désinvolte. Mais dans le cas présent il est des plus approprié, car dans le sens religieux il signifie avoir des rapports sexuels hors mariage, ce qui est considéré comme un péché par plusieurs religions (christianisme, judaïsme, islam). Le mot vient du latin ecclésiastique fornicari, qui dérive de fornix (la voûte), désignant par métonymie les lieux de prostitution souterrains de la Rome antique. (Merci Wikipedia).


Transcription de l’acte :
« Le Mardy cinquiesme Jour de Juin mil six
cent soixante huict a la Requisition de Maistre
Simon Bardet Procureur du Roy de Vermenton
Nous a esté Presentée une fille quil a dicte estre
de francoise Gros Laquelle a declarée en Justice
estre du faict de Jean fremy tonnelier demeurant
en ce Lieu de Vermenton et Luy avoir promis ledict
fremy qui est de la Religion Pretendue de Calvin
abjurer son Heresie affin de l Espouser en face
de [rature] l’Eglise. Le Parein a esté Louys
Mercier filz de Joseph Mercier vigneron
demeurant a Vermenton et honneste fille
Marie Compagnot fille de honnorable
homme Pierre Compagnot marchand demt
a Vermenton Laquelle Marie Compagnot
a Imposé le nom de Marie a cette fille
en presence dud. Maistre Simon Bardet
Led. Mercier a declaré ne scavoir signer ».Signé : Bardet, compagnot, G Gallet.
Nous n’avons là que la version de Françoise GROS. Vraie ou mensongère, il n’en demeure pas moins que la mère de l’enfant a volontairement forniqué avec Jean FRÉMY. La situation aurait pu être identique avec un catholique. Elle a commis « le pécher de la cheurre » comme disait avec son accent rocailleux un curé du terroir au parler local de la Lozère dans le livre initialement intitulé « Du sang sur les collines » de Jean Lartéguy. Attitude aux antipodes de celle de Eugénie de Montijo à qui on attribue la citation « Sire, le chemin qui mène à ma chambre passe par l’église. » face aux avances de Napoléon III,
Quatre mois plus tard Marie FRÉMY décède.

Transcription de l’acte :
« Le Jeudy quatriesme Jour du mois d’octobre Mil
six cent soixante huict Mourut et fut enterrée au
cymtiere de Vermenton françoise [Faux : Marie, Françoise est le prénom de la mère] fille de Jean Fremy
du Val St Martin aagée de quatre mois ou environ
Le pere absent na peu signer ni la mere ne scachant
pas signer [2 mots raturés] »
Signé : E Minot vicaire.
Il est à noter que le baptême de l’enfant possède en marge la mention marginale « Marie Nota » et que celle de décès « Nota ».
Nous sommes en 1668, et la religion réformée (« dite réformée » selon l’expression des prêtres catholiques) est encore autorisée depuis l’édit de Nantes de Henri IV même sous son petit-fils Louis IV les huguenots sont soumis à des brimades pour les contraindre à se convertir. Voir pour cela la première partie de l’article sur les TABY (catégorie protestants).
L’acte de décès / Inhumation de la fillette prénommée Françoise au lieu de Marie (quel sérieux !) nous apprend que Jean FRÉMY est du Val-Saint-Martin, hameau de Vermenton.
Aucun acte ou mention n’indique si une action civile a été entreprise auprès du père désigné de la fillette. L’a-t-il reconnue ? Toujours est-il qu’à son enterrement l »enfant porte le nom de son dudit père.
L’acte indique que le père est absent ! La raison semble évidente, un huguenot ne va pas assister à un office religieux catholique, surtout à cette époque où n’est pas loin le temps où ils s’entretuaient. Il y a peut-être une autre raison dont il sera question plus bas.
Pour la petite histoire il est intéressant de noter que presque un siècle auparavant, un Jean FRÉMY, vigneron à Vermenton abjure avec sa femme non nommée, à Auxerre le 25 novembre 1572 son calvinisme. Sources :« LES PROTESTANTS DANS L’YONNE AU XVIème SIECLE » par Pierre Le Clercq.
Quant à Françoise GROS, rien dans les actes concernant sa fille ne permet de l’identifier. Habituellement dans ce type d’acte d’enfants illégitimes sont mentionnés des indications concernant la mère, à savoir sa filiation, son mari défunt etc.
Ici, absolument rien. Françoise GROS n’est connue à Vermenton sur Geneanet que pas notre saisie de la naissance de sa fille illégitime. Nous n’avons donc pas effectué d’autres recherches dans les registres de cette grosse paroisse, dont le résultat était loin d’être garanti.
Il y a 25 ans, l’article se serait terminé ici. Bien sûr Jean FRÉMY aurait été recherché sur les registres de Vermenton après l’abolition de l’édit de Nantes fin 1685. En vain.
Mais Internet est apparu. Fin des années 1990 seulement 4% des foyers ont un accès internet.
Le site internet de généalogie Geneanet est lancé en 1996. En août 2012, la base de données Geneanet passe le cap du milliard de références, celui des deux milliards en août 2015, et celui des six milliards en 2019 [sources : Wikipedia].
Le mot « référence » donne cependant une fausse idée de la situation réelle car il comptabilise des mêmes individus autant de fois qu’ils apparaissent dans les généalogies personnes des gens. En plus ce mot « référence » n’est pas synonyme de fiabilité. Les arbres généalogiques ainsi que les relevés Geneanet comportent beaucoup d’erreurs. Ces erreurs se multiplient d’autant plus que les gens qui établissent leur généalogie en prennent les renseignements sur Geneanet comme argent comptant. ainsi les erreurs se multiplient. Aussi faut-il vérifier les actes (certains n’existent même pas !) ou bien indiquer la source de l’acte pompé ce qui montrera qu’il n’a pas été vérifié.
Bref. La recherche «Jean Frémy » effectuée sur Geneanet (nous sommes en 2026) a permis de retrouver notre huguenot dans une prison de Blois (Loir-et-Cher) dans un acte où il épouse en 1682 une femme de sa religion.
Les registres protestants de Blois, Vendôme et Mer de ce département sont en ligne. Ces trois villes sont citées ici car nous les retrouverons par la suite.
La communauté protestante est restreinte à Blois et Vendôme, plus importante à Mer. Il n’y a qu’une église protestante à Blois par exemple, et le contenu des registres est bien moindre que celui de l’une des six paroisses catholiques de la ville.
Ce que montrent aussi ces registres, est que presque tous ces protestants sont des artisans ou commerçants.
Donc notre Jean FRÉMY a quitté son Val-Saint-Martin de Vermenton pour Blois.
Sa fille illégitime est morte. Plus rien ne l’oblige vraiment à se convertir pour épouser la mère de l’enfant.
Mais s’agit-il bien de lui ?A l’évidence oui puisqu’il est qualifié dans son acte de mariage de 1682 de tonnelier de Vermenton.
Pourquoi Blois ? A-t-il dans cette ville des connaissances ? Les actes le mettront en liaison avec un Claude FRÉMY et sa famille, protestant comme lui, originaire de Sancerre (Cher) limitrophe du Loir-et-Cher dont fait partie Blois.
Depuis quand est-il à Blois ? au moins depuis juillet 1677 date à laquelle il est présent au mariage d’un ami. C’est la femme de ce dernier qu’il épousera en 1682 dans la prison royale de Blois. A l’enterrement de sa fille en 1668 il est dit absent. Avait-il déjà quitté Vermenton ?
Pourtant, Blois n’est pas une ville accueillante pour les protestants entre 1668 et 1677. Durant cette décennie, la communauté réformée blésoise subit de plein fouet la politique nationale de Louis XIV, caractérisée par une application de plus en plus restrictive et agressive de l’Édit de Nantes. Il en est de même pour Vendôme où la politique royale de harcèlement et d’étouffement du protestantisme s’intensifie partout en France sous le règne de Louis XIV. Et si Mer (Loir-et-Cher) demeure un foyer protestant important et résistant, l’accueil et le climat général y deviennent de plus en plus tendus et hostiles en raison de la politique royale et locale de contre-offensive catholique
Le mariage de Jean FRÉMY :

Transcription d l’acte :
« Aujourd huy vendredy onziesme
de septembre 1682. Dans les prisons
royaulx de cette ville de Blois par
[rature] scentence rendue par Monsr
de la Morigonnerie en datte du jour d’hier,
et d’une injonction particuliere faitte
lejourd huy par mond. [mondit] sieur de la
Morigonnerie, et signifiée à Monsr
de la fons par Joseph Lebrun huissier
audiancier, mond. sieur de la fons l’un
des ministres de cette Eglise, a beni
le mariage d’entre Jean fremy de
Vermanton en Bourgogne tonnelier
et de Margueritte Hiardin veufve de
deffunct Jean Sauvageot boutonnier à Bloys
auquel mariage ont assisté noble homme
françois Grimaudet advocat en parlement et
et françois Leroy greffier au criminel de bloys
et de la part de la mariée Jean hiardin son
frere boutonnier et »
[pas de suite, pas de signatures].
Il y a quand même de quoi être quelque peu frustré.
Les actes sur ces registres protestants sont bien rédigés et correctement renseignés. Ici rien sur la famille de Jean FRÉMY. L’acte est incompréhensiblement incomplet. Il n’a pas été terminé, aucun témoin n’est donc cité, et il n’est suivi d’aucune signature.
Quand à la raison de l’emprisonnement du marié, nous ne la connaissons pas, elle n’aurait de toute manière pas été mentionnée dans l’acte.
Marguerite HIARDIN également orthographié YARDIN est en fait veuve pour la deuxième fois quand elle épouse en 1682 Jean FRÉMY.
Son baptême protestant à Blois date du 20 février 1645. Elle est née quelques jour auparavant, il semble que ce soit le 14 du même mois. les chiffres romains mal tracés après une rature ne permettent pas d’en être certain, l’absence du nom du jour n’aide pas non plus. Cette date est conforme à son âge de 32 ans indiqué lors de son deuxième mariage. C’est important de le mentionner car elle a une sœur cadette homonyme baptisée au temple protestant de Blois le 17 mars 1647 et dont la date de naissance calculée lors de son mariage la fait naître vers 1646.
Quelques mots sur Marguerite HIARDIN cadette :
Acte de baptême de Marguerite HIARDIN aînée : Baptisée donc au temple protestant de Blois le 17 mars 1647, elle épouse le 25 septembre 1647 à l’Église réformée de Bois Jean DUMOUSTIER de Vendôme où s’installe le couple. Il est marchand boutonnier comme son père. Après 6 enfants nés au rythme de un par an, de 1672 à 1678, elle décède le 06 février 1678. Son mari se remariera deux ans plus tard avec une nommée Anne DUMOSTIER. La parenté entre eux nécessitera une dispense du Roi.
Marie DUMOUSTIER sœur de Jean épouse à Blois en 1677 Jean HIARDIN frère des deux Marguerite. Il est également boutonnier.
Une autre Sœur, Anne DUMOUSTIER avait épousé à Blois en 1658 le nommé Martin GARDON natif de Paris,demeurant à Authon (Loir-et-Cher). Il est également marchand boutonnier.

Son père Jean HIARDIN (ca 1610-1682) qui ne sait pas signer, ce qui est rare dans cette communauté religieuse, est qualifié dans les actes de boutonnier et de marchand boutonnier. son fils Jean, son gendre Jean DUMOUSTIER / DUMOUTIER qui a épousé Marguerite cadette en 1670 exercent la même profession. Et il y en a d’autres. Comment le commerce des boutons pouvait-il permettre à plusieurs familles de vivre ?
Sa mère Marguerite VERNOUILLET est née avant 1621 et est décédée avant le 24 janvier 1677 selon l’acte de mariage de son fils Jean Hiardin.
La naissance et le baptême selon le culte protestant de 10 enfants du couple ont été relevés entre 1641 et 1655.
Marguerite HIARDIN aînée a été mariée en première noces (rien n’indique un mariage précédent) à Jacques JOUNNEAU, également orthographié JOYNEAU et JOINEAU, cordonnier de son état.
Nous n’avons pas l’acte de mariage. Tout ce que nous savons provient des registres protestants de BLOIS. Le couple était installé dans la ville de Mer où la population protestante est plus importante qu’à Blois et Vendôme. Les registres de Mer qui nous intéressent ne sont pas parvenus jusqu’à notre époque. Jacques JOUANNEAU est décédé avant septembre 1668 comme l’indique l’acte de la naissance posthume à Blois où Marguerite est revenue, de son fils Henri qui décèdera en septembre 1670. Un autre fils est connu, il est né vers 1667 certainement à Mer, il décède à Blois en avril 1669. Rien n’indique si le couple a eu d’autres enfants.
Le 20 juillet 1677 est célébré à Blois le mariage protestant de Marguerite HIARDIN veuve JOUANNEAU avec Jean SAUVAGEOT, également écrit dans certains actes SAUVAGEAU. Lui aussi est marchand boutonnier, originaire de Bourg-Neuf, quartier de Couches en Saône-et-Loire. Ses parents Salomon SAUVAGEOT qualifié de marchand et de ma^tre charpentier (décédé avant janvier 1674) & Anne BELOT (décédée à Buxy en Saône-et-Loire en avril 1982) sont également de la religion réformée.
« Du Jeudy vint Juillet 1677
Aujourd huy vint Juillet 1677 a este Beny le mariage
d’entre Jean Sauvageot Boutonnier natif de borneuf [bourgneuf sur l’autre exemplaire]
en bourgogne fils de deffunct Salomon Sauvageot aussy
marchand et d’anne Belot ses pere et mere d une part
et marguerite Yardin vefve feu [de deffunct sur l’autre acte] Jacques Jouanneau d autre
part et a ledict espoux este aage de vingt deux ans
et ladite espouse de trente deux ans a la celebration duquel mariage
ont assisté de la part dudict Sauvageot les Srs Jean fremi
et Jerome fremi freres du pays de bourgogne fils
fils [sic] amis, et de la part de ladite yardin Jean Yardin son
pere et jean yardin son frere lequel mariage a este
Beny par monsr Janiçon ministre de cette eglise ledict
yardin pere a desclare ne scavoir signer de ce enquis.
[rajouté à droite] et ledit jean fremi »
Signé :
– Janiçon
– J Sauvageot
– Margree rite yiar din
– Jean hiardin
– J fremy
Comme nous le voyons, Jean FRÉMY et son frère Jérôme FRÉMY « du Pays de Bourgogne » amis du marié sont présents. Nous ne verrons jamais plus Jérôme dans les actes.
Le couple aura trois enfants. Pierre mourra à l’âge de un ans, Nous reviendrons sur les deux autres Jean & Jeanne lors de leur mariage.
Jean SAUVAGEOT décède à Blois le 04 octobre 1680. Il est inhumé, de toute évidence dans le cimetière protestant le lendemain.























