Vermenton, élection du procureur fabricien en 1682, 1686 & 1690

Vermenton, élection du procureur fabricien en 1682, 1686 & 1690

**** article en cours de mise en page *****

En 1682, le décès de Marc GRANDJEAN avant la fin de son mandat, amène l’organisation d’une nouvelle élection du procureur fabricien de l’église de Vermenton.
Le curé Germain GALLET a consigné sur le registre paroissial cette élection ainsi que les deux suivantes (1686 & 1690).
Nous avons là un témoignage de la manière dont se déroulait cette élection, après plusieurs publications aux prônes des grandes messes paroissiales, la cloche sonnée, invocation du « Saint-Esprit » etc.


Élection de Guillaume GAILLARD (28 12 1682)


Permalien de l’acte :
https://archives.yonne.fr/ark:/56431/vta5347cbe8eea73/img:FRAD089_5MI1001_0007_0055

« Le lundy jour des Innocens vingthuictiesme jour
de Decembre mil six cent octante deux apres plus[ieu]rs
publications faites aux Prosnes de nos G[ran]des Messes pour
Anno[n]cer au Peuple quil falloit subroger a la place de def[funct]
Sieur Marc Granjean cy devant Procureur de nostre fabrice une
aud [autre] Personne qui en fit les fonctions la cloche sonnée,
au milieu de la Messe apres l’invocation du St Esprit le
Peuple assemblé pour donner sa voix et choisir la person[n]e
q[u]ilz souhaitteroint, ont unaniment choisy et eleu [élu] la
Personne du sieur Guillaume Gaillard apothicaire estant
capable de remplir cette place et de satisfaire aux
devoirs de Procureur de lad. [ladite] fabrice apres que le
sieur Pierre Gourlot cy devant en charge ayant
faict ses deux années de services ce que nous avons
approuvé et approuvons puisque l’assemblée le trouve
[2 lignes raturées concernant une inhumation]
bon et suffisant de remplir la place cy devant occupée
par le dict Sieur Grandjean deffunct. Le tout en
presence des tesmoins soubsignés. »
[aucune signature]


Marc GRANDJEAN (et autres orthographes), né vers 1635, décède à Vermenton le 14 novembre 1682 après « sa maladie qui n’a esté que d’environ huit jours ». Il est inhumé le lendemain dans l’église, qualifié dans l’acte de « ,Marc Granjean marchand, hoste Ste Reyne et Procureur de nostre fabrice ».


Guillaume GAILLARD le nouvel élu, a été baptisé à Vermenton le 15 avril 1645 , fils de Jean GAILLARD maître chirurgien & de Jeanne MALGUICHE.
Il décède à Vermenton le 28 août 1706 « apres avoir receu tous les sacremens pendant sa maladie avec
des sentimens dune devotion particuliere et tres Exemplaire »
, il est inhumé le lendemain dans l’église.
Les différents actes le qualifient d’apothicaire, échevin de Vermenton (1691), procureur fabricien, marchand, maire de Vermenton (1686, 1706).
Il avait épousé Susanne DELARUE (et autres orthographes).


Pierre GOURLOT. Nous savons seulement que, outre ses deux années (1681 à 1682) à la fabrique de l’église de Vermenton, il était marchand de bois. Il avait épousé avant 1675 Ursule BUFFÉ née en 1639 fille de Simon BUFFÉ notaire royal à Vermenton & de Louise PERRIER.



Élection de Edme GUENEAU (29 12 1686)


Permalien de l’acte :
https://archives.yonne.fr/ark:/56431/vta5347cbe8eea73/img:FRAD089_5MI1001_0007_0167

« Nous soubsignés Prestre Curé et Vicaire de
Nostre Dame de Vermenton apres l’appellation
de la Cloche et Invocation du saint Esprit avons
choisy et substitué a la place de Monsieur Gaillard
Maire de nostre ville
et cy devant Procureur et
administrateur de nostre fabrice le Sieur Edme
Gueneau Marchand et Bourgeois de cette ville
a la
pluralité des voix et suffrages de l’assemblée [rature]
pour administre nostre dicte fabrice pendant le temps
de [« deux » rayé] quatre année # a commencer le premier jour de
l’An prochain faict ce Dimanche vingt neufiesme
jour de Decembre l’An de Grace mil six
cent quatre vingt six en presence des tesmoins
soubsignés et autres qui ont declaré ne scavoir signer.
# scavoir les deux premieres année de recepte et les
deux autres consecutisves »
Suivent les signatures.


Identification des signatures :

Gaillard [signature de Guillaume GAILLARD (1645-1706)], apothicaire, échevin, marchand, maire de Vermenton, procureur fabricien sortant (voir le premier chapitre)].

Guingat [signature de Edme GUINGAT (1658-1695), lieutenant en la justice royale de Vermenton].

Regnard [signature de Philippe REGNARD (ca 1624-1708), greffier au grenier à sel de Noyers, procureur et praticien de l’Hôpital de Vermenton (Ordre de Malte, ex Ordre des Hospitaliers), marchand, conseiller du Roi, lieutenant du bailliage de Reigny, lieutenant en la justice royale de Vermenton, procureur fabricien de l’église de Vermenton (1666)].

– E Guinga…. [signature de Edme GUINGAT dit l’Empereur, marchand et ancien administrateur de la fabrique de Vermenton].

– E Gueneau [signature de Edme GUENEAU le nouveau procureur fabricien, marchand, bourgeois. Il est baptisé à Vermenton le 25 novembre 1638, et y est inhumé dans l’église le 02 février 1710), il a épousé à Vermenton le 06 juin 1679 Marie MARMIGNAT baptisée à Vermenton le 18 juillet 1648, où elle décède le 24 septembre 1709, inhumée dans l’église de cette ville le lendemain. Son père Michel MARMIGNAT avait été procureur fabricien de l’église de Vermenton].

– G Gallet [signature de Germain GALLET, curé de Vermenton].

– J Roze vicaire [signature de Jacques ROZE vicaire de Vermenton].




Élection de Edme GIBAULT (31 12 1690)


Permalien de l’acte :
https://archives.yonne.fr/ark:/56431/vta5347cbe8eea73/img:FRAD089_5MI1001_0007_0321

« Nous soubsignés Prestre Curé
Messieurs les Habitans de la Parroisse
Nostre Dame de Vermenton assemblés au
son de la Cloche apre la Publication faite
au Prône de nostre Grande Messe de
Parroisse le Dimanche dernier jour de
Decembre l’an de Grace mil six cent
quatre vingt et dix ql [qu’il] y auroit assemblée apres
les Vespres pour l’Election d’un nouveau
Procureur de fabrice au lieu et place eu Sr
Edme Gueneau apres ses quatre Années de service
a la fabrice de lad. [ladite] Eglise. Apres l’Invocation
du St Esprit par le veni Creator. Le Peuple
assemblé a l’oeuvre en pnce [présence] de ceux qui avoint
esté cy devant en charge et aux [?] habitans a la
pluralité des voix, le Sieur Edme Gibault
Bourgeois
de lad. Ville a esté nommé pour tenir
la place dud. Sr Edme Gueneau estant home [homme]
d’honneur de bonne vie et mœurs exempts [« ce » en interligne?]
de toutes Censures Ecclesiastiques c’est l’asseur
que nous donnons ce dernier Decembre 1690
en pnce des tesmoins soubsignés et autres
qui ont dict ne sçavoir signer ./. »
Aucune signature. [existe-t-il un suite non numérisée?]

Edme GIBAULT le nouveau procureur fabricien, et marchand, a été baptisé à Vermenton le 13 septembre 1650. Il est décédé le 30 octobre 1709 dans cette même ville et a été inhumé le lendemain dans l’église.
Il a épousé :
– en premières noces avant 1691 Marie Angélique VOILLIÉ / VOILLYÉ / VOILIÉ, née vers 1650.Elle décède à Vermenton le 18 juillet 1684 « apres avoir receu ses sacremens pendant L Espace d’onze mois qu’a duré sa maladie » et est inhumée le lendemain dans l’église.
– en secondes noces à Vermenton le 11 avril 1695 Agathe BILLOUT, baptisée à Vermenton le 10 juillet 1664. Elle décède à Vermenton le 15 février 1696 « apres avoir receu ses sacremens pendant sa maladie etant morte d Enfans dans son accouchement Led. enfant Inhumé aussy dans Nre Eglise [note : 5 jours auparavant, l’enfant mort à la naissance avait été ondoyé par le chirurgien] ». Elle est inhumée le lendemain 16 février proche le tronc du St Rosaire dans l’église.
Son père Léonard BILLOUT (1627-1688) a été Gentilhomme de la grande fauconnerie du Roi, , Officier du Roi en sa fauconnerie, Gouverneur de la ville de Vermenton, Procureur fabricien de l’église de Vermenton (1670).
Sa mère Anne CRENIER (1633-1679) est la fille de Thomas CRENIER (originaire de Cravant, receveur pour l’évêque d’Auxerre et son Chapitres seigneurs en partie de Sacy, amodiateur de la terre et seigneurie de Sacy, marchand à Sacy).
– en troisièmes noces à l’église de Notre-Dame de la d’Hors d’Auxerre le 21 mai 1696 Claude CHAPELAIN née certainement dans cette paroisse d’Auxerre, vers 1673 (selon son âge approximatif dans son acte d’inhumation). Elle décède à Vermenton « apres avoir receu le sacrement de Penitence n’ayant pas eu le tems de recevoir les autres sacremens a cause de sa mort subite » et est inhumée le 26 octobre 1708 dans l’église de Vermenton.
– Elle était la fille de Louis CHAPELAIN (?-1680) (de la paroisse de Notre-Dame de la d’Hors d’Auxerre, qualifié dans les actes de « Noble homme, bourgeois de Paris & avocat en parlement », et de Barbe BILLETOU.

(4) Edme DONDAINE (ca 1619-1679) amodiateur & receveur de la Loge

(4) Edme DONDAINE (ca 1619-1679) amodiateur & receveur de la Loge


Ceci a déjà été évoqué dans le premier article sur la Loge. La généalogie familiale mène aisément à Edme DONDAINE qualifié dans les actes de « amodiateur et recepveur de la Loge de Sacy ».

Avant lui et ses frères, il n’existe a pas de DONDAINE à Sacy et aucun DONDAINE n’y est cité. Et pendant plusieurs décennies avant cela, la Loge n’est plus citée dans les actes, car la Loge tout comme souvent le Val-du-Puits de Sacy sont englobés sous l’appellation « paroisse de Sacy », ce qui n’a pas manqué de poser des problèmes quant à la localisation des familles.
La Loge réapparaît dans les premières années du 17è siècle. Plus tard, la transcription du testament de Jeanne DEGAN fille et femme des Seigneurs de Courtenay en Vermenton, proches voisins de la Loge fera apparaître en tant que présent, Vincent MINÉ (1577-après 1644) de la Loge, il devait en être le métayer pour avoir été pris comme témoin.

Edme DONDAINE est originaire de Lichères dont font partie les métairies du Bois-l’Abbé, proches de la Loge. Lichères dépendait de la paroisse de Nitry, puis est devenu à la Révolution la commune de Lichères-près-Aigremont .
Lichères considéré comme écart de Nitry était pourvu néanmoins d’une église, de fonts baptismaux et d’un cimetière, donc se considérait comme paroisse à part entière, mais le prêtre était un desservant (vicaire), le curé était celui de Nitry. Quand il n’y avait plus de desservant, le curé de Nitry venait à Lichères pour les célébrations et acter.


Edme DONDAINE est né avant 1619 selon son âge au décès (« aagé de 60 et tant d’années »). Les registres de Lichères qui nous sont parvenus ne couvrent pas cette période.


À ce propos il est dit dans Geneawiki concernant Lichères, article tiré de l’ouvrage « Essai de monographie générale » de M. Jules CUILLIER, Directeur d’école honoraire, Ancien Instituteur de Lichères, que l’on trouve sur Internet, publié par la Bibliothèque Nationale de France « La population augmentant, un prêtre résidant (natif d’Auxerre) établit en 1672 les premiers registres paroissiaux de Lichères ».
Cela n’apparaît pas exact. Il ne peut s’agir du premier registre de Lichères, mais du premier registre qui nous est parvenu, et qui est tenu par Louis Claude d’AULMAY se qualifiant dans les actes de « Prédicateur théologien, notaire apostolique, prêtre, recteur, curé de Notre Dame de Lichères ». Le premier acte du registre est du 12 mars 1671.
Le premier registre qui nous est parvenu de Nitry débute en 1646. Lichères faisant partie de la paroisse de Nitry, si ce que recopie Geneawiki était vrai, les actes d’avant 1671 concernant les habitants de Lichères devraient être enregistrés sur le registre de Nitry, or ce n’est pas le cas.
En 1671 existait déjà l’église de Lichères pourvue des fonts baptismaux et de son cimetière, et les actes célébrés devaient impérativement y être enregistrés, car par exemple l’acte de baptême était nécessaire pour se marier. Seule explication, les feuillets sont perdus.

L’explication serait plutôt que la population augmentant, il est devenu difficile pour le curé de Nitry d’assurer les deux villages, il y a 6,5km à vol d’oiseau entre Nitry et Lichères, et donc la présence d’un desservant à Lichères est devenue nécessaire.
Ce premier registre à nous parvenu a été ouvert avec ce desservant se qualifiant de curé, Louis Claude d’AULMAY, déjà rencontré le 19 juin 1666 à Vermenton où il a célébré un baptême et consigné l’acte en latin dans le registre. On l’y revoit le 7 juillet, rédigeant cette fois en français. Son dernier enregistrement à Lichères est du 11 juin 1673 s’il n’y a pas de lacunes dans les actes.
En attendant son remplaçant, le service est assuré par le curé de Nitry et Lichères qui vient acter sur place, comme cela se fera à chaque absence de desservant.
Lorsqu’en 1763 l’église et le cimetière de Lichères ont été fermés quelque temps, contraints et forcés les habitant ont dû venir à Nitry pour les célébrations [2].


Ce que nous disent les registres paroissiaux, parfois par déduction par analyse par le croisement des actes : Nous avons trois frères fils de Urbain / Urbin DONDAINE de Lichères.

  • Edme DONDAINE : né avant 1619, devient amodiateur et receveur de la métairie de la Loge de Sacy entre 1661 et 1665 (voir détail plus bas).
    A son arrivée, cela fait une vingtaine d’années que la Loge appartient au Collège des Jésuites d’Auxerre.
    Il décède à la Loge en 1679. Son nom ne se transmettra pas à Sacy puisque le fils qu’on lui connaît s’installera à Lichères.
  • François DONDAINE : (vers 1620-1700) est laboureur aux métairies du Bois-l’Abbé (1673), qui dépendent de Lichères. A son décès en 1700 (une épidémie avait fait beaucoup de victimes sur Lichères) il est qualifié de métayer au Bois-L’Abbé. Il sait signer ce qui aidera à la reconstitution de la famille, pour comprendre finalement qu’il n’y avait que ces DONDAINE à Lichères et Sacy.
    Une de ses filles, Marie DONDAINE (ca 1659-1739) s’établira à Sacy après avoir épousé en 1694 Jean ROUARD puis en 1707 Sébastien GAUTHIER.
  • Léonard DONDAINE (vers 1623-1673) épousera avant 1651 Marguerite DUMONT de Sacy où il s’établit. Tous les porteurs du nom DONDAINE de Sacy descendent de lui. Il exerce la profession de maréchal, profession qui place très souvent celui qui l’exerce dans le haut de la classe sociale du village. Il sait signer, il orthographie son nom « Dondeine » Il est le père (entre autres) de :

    Thomas DONDAINE (ca 1656-1744) qui exerce la même profession que son père, et qui sera inhumé dans l’église de Sacy en 1673. Les inscriptions sur la petite cloche au-dessus du Maître-autel de l’église de Sacy, bénie à Sacy le 07 juillet 1726 indiquent que Thomas DONDAINE, mari de Anne FERLET (1657-1738), marraine de la cloche, est maire de Sacy. Anne FERLET sera inhumée dans l’église Sacy.
    Sa première femme Marie BÉRAULT (1667-1690) avait été aussi inhumée dans l’église de Sacy. Son père Pierre BÉRAULT (ca 1622-1702) a été qualifié dans les actes de praticien, notaire royal, sergent royal, procureur fiscal hors les croix et dans les croix, donc respectivement d’une part pour l’évêque d’Auxerre et son chapitre, et d’autre part pour le Commandeur de l’Ordre de Malte ex Ordre des Hospitaliers, chacun seigneur en partie de Sacy. Pierre BÉRAULT a été inhumé dans l’église de Sacy, tout comme sa femme Marthe MINÉ (1630-1703), ce nom MINÉ que l’on retrouve sur plusieurs générations à la Loge.


Les DONDAINE figurant sur les registres paroissiaux de Lichères sont uniquement de cette famille, ce qui laisse présumer en l’absence d’autres familles du nom, qu’ils n’en sont pas originaires.
A ce sujet, Edme RÉTIF, père de l’écrivain Rétif de la Bretonne a épousé en première noce Marie DONDAINE (1688-1730). Voilà ce qu’écrit l’auteur sur Thomas DONDAINE père de Marie, dans « La vie de mon père » :

« Ce M. Dondaine était un richard de Saci ; homme d’un grand bon sens, laborieux, économe, entendu, et qui ne devait l’espèce de fortune dont il jouissait qu’à ses bras, à son intelligence. Dignes et honorables moyens d’amasser des richesses ! Mais cet Homme était dur, d’une figure rebutante, et d’une force qui passait pour prodigieuse, même dans son pays, où tous les Habitants sont des chevaux. Les défauts de Thomas Dondaine étaient pourtant moins les siens, que ceux de sa Patrie : la grossièreté, la dureté y sont comme innées : ce qui vient, je crois, de deux causes ; de l’air épais qu’on respire dans le Village, situé dans un vallon, marécageux les trois quarts de l’année ; et du contraste subit qu’éprouvent les Habitants, dès qu’ils en sortent, en allant travailler à leurs vignes et à leurs champs, situés sur des collines où l’air est dévorant ».

« Il est impossible de rendre le grossier langage de Thomas ; le patois de ce Pays répond à l’âpreté du sol et à la figure des Hommes : il est sourd, grossier, informe : tandis que le parler de Nitri est délicat, sonore ; ce qu’on pourra facilement comprendre, quand on saura, qu’on y fait sonner les voyelles nasales à la manière des Grecs »

Rétif n’avait pas 6 ans au décès de Thomas DONDAINE. Donc il ne l’a pas vraiment connu, et surtout pas assez pour s’être fait cette opinion sur l’aïeul de ses demi-frères et sœurs.
Mais un élément intéressant est abordé dans ce texte, celui de l’origine de cette branche DONDAINE. Elle n’est pas de Sacy.
Malheureusement l’écrivain ne nomme pas ce village « où tous les habitants sont des chevaux ». Pensait-il à Lichères ? Peu probable, Lichères ne correspond pas a priori à sa description géographique.

Les recherches entreprises pour remonter plus avant cette branche DONDAINE n’ont pas permis de trouver de lien entre nos DONDAINE de Lichères et ceux par exemple de Thory paroisse de Lucy-le-Bois où il existe des DONDAINE, l’un venant s’installer à Nitry avant 1700.


Edme DONDAINE :


On ne sait pas exactement quand Edme DONDAINE a pris ses fonctions de « amodiateur et recepveur » à la Loge. Mais cela ne peut être qu’entre 1661 et 1665. Il devait déjà y être en 1660, son frère François du Bois l’Abbé de Lichères est parrain le 15 08 1660 d’un enfant du couple Jacques COLLIN & Jeanne MINÉ de la Loge.
Le 12 11 1665 à Vermenton il est parrain, qualifié de marchand demeurant à la Loge. Il ne sait pas signer.


« L’amodiateur (parfois nommé « admodiateur ») était, sous l’Ancien Régime celui qui donnait une terre en location (« à ferme »), moyennant une prestation périodique, généralement en nature (céréales, etc. ). L’amodiateur est un officier de la terre. » (Wikipedia).


Ce qui signifie que les terres de la Loge sous Edme DONDAINE ne sont pas cultivées par un métayer, mais mises en location.


Quand il s’installe à la Loge, Edme DONDAINE est marié à Estiennette PIOCHOT née vers 1624.
Ils ont déjà deux filles nées certainement à Lichères :

  • Anne DONDAINE (ca 1658-1721). Elle épousera en 1677 en premières noces Pierre MINÉ (1653-1694) puis en 1695 Pierre BOUTELAT (1672-1743). Ces deux couples feront chacun l’objet d’un article car les deux maris de Anne deviendront métayers de la Loge. Notons également que le nom de MINÉ revient encore à la Loge et que Pierre BOUTELAT descend aussi des MINÉ, ce qui imposera pour son mariage avec Anne DONDAINE une dispense du 2è au 3è degré d’affinité délivrée par le pape.
  • Edmée DONDAINE (avant 1660-1714). Elle épousera en 1680 Edme GAUTHERIN dit Edme La Croix (vers 1645-1700). Le couple fera également l’objet d’un article car Edme GAUTERIN sera pendant peu de temps amodiateur de la Loge au décès de son beau-père, puis fermier de la Loge. Le couple partira ensuite s’installer à Lichères.
  • Alexandre DONDAINE naîtra à la Loge et sera baptisé le 07 juin 1665 à Sacy. Il épousera avant 1696 Renée BONNET (1673-1741) de Lichères. On la trouve prénommée également dans certains actes « Geneviève » & « Edmée ». Alexandre DONDAINE qualifié dans les actes de laboureur et manouvrier s’installera à Lichères où naîtront ses enfants. Il y décède et est inhumé le 02 novembre 1741.


Divers actes paroissiaux montrent que Edme Dondaine côtoyait le haut de la société des environs, particulièrement de Lichères et Vermenton, tels Robert Hamelin, seigneur de Courtenay en Vermenton dont une de ses filles Anthoinette HAMELIN de Courtenay est marraine de Anthoinette MINÉ petite fille dudit Edme DONDAINE, le Lieutenant en la Justice de Lichères, le procureur fiscal en la Justice de Sainte Vertu, tous présents au mariage de l’une de ses filles. La famille de son frère François du Bois l’Abbé sera proche de Courtenay, ce qui au demeurant, est normal, puisque Robert Hamelin qui deviendra seigneur de Courtenay est originaire de Lichères (comme son prédécesseur), où les familles Hamelin, Gautherin et Bonnet sont liées.


Estiennette PIOCHOT :


Edme DONDAINE & Estiennette PIOCHOT se sont mariés avant 1658 date qui correspond à la date de naissance calculée de leur fille Anne DONDAINE selon son âge au décès. Peut-être le mariage a-t-il eu lieu plus avant, car ni l’acte de mariage, ni celui de d’inhumation de leur autre fille Edmée DONDAINE n’indiquent son âge.

Estiennette PIOCHOT est née vers 1624. Le patronyme PIOCHOT n’apparaît pas dans le plus ancien registre de Lichères qui a survécu qui, rappelons-le débute en 1671. Donc, même si elle y demeurait avant de s’installer à la Loge, tout comme son mari, elle n’y est pas a priori originaire.

Il arrive que des renseignements sur des habitants d’une paroisse nous parviennent via des actes provenantd’une autre paroisse et aussi quand les registres de cette autre paroisse remontent plus avant dans le temps.

Courtenay est un hameau de Vermenton à environ 550 mètres de la métairie de la Loge de Sacy. Les seigneurs du lieu venaient acter à Sacy plutôt qu’à Vermenton.
Les DEGAN [1], TOUTEFAIRE, de La PERRIÉRE et HAMELIN seigneurs successifs de Courtenay venaient faire baptiser leurs enfants à Sacy.

Le 05 septembre 1649 est baptisée :

« Jehanne fille de estienne de la perriere escuyer
seigneur en partie de Courtenet en Vermenton et
damoiselle Regnez [note : Renée] [Degan a été barré] Jasu ses pere
mere laquelle a estez baptisez par moy Leclerc
Cure soubs signe ce Cinquiesme Jour de Septembre
mil six Cent quarente neuf a este son parin
honeste filz Guillaume crenier filz de honorable
homme thomas crenier et sa mareine estiennette
de pichot damoisell femme de daniel de
fernes/ferres [?] escuyer de la paroisse de Lichere
laquelle a dit ne scavoir signer de ce
enquis
 ».
signé :
E Leclerc curé
G Crenier

Il est à noter le mot rayé « Degan ». René DEGAN est un ancien seigneur de Courtenay. Estienne LECLERC curé qui a baptisé Jeanne de la PERRIÈRE le connaissait bien parce qu’entre autres, il a baptisé deux enfants de sa fille Jeanne DEGAN [1], le père en étant Hélie de TOUTEFAIRE, et en 1639 il s’est rendu à Courtenay pour recueillir le testament de Jeanne DEGAN, René DEGAN étant présent.
Dans un autre acte, le curé avait barré « TOUTEFAIRE » remplacé par « de la PERRIÈRE ».
Estienne PERRIÈRE qui était marié à Renée JAZU / JASU avant d’être seigneur de Courtenay demeurait à Lichères, tout comme son successeur Robert HAMELIN / AMELIN devenu seigneur de Lichères par mariage avec une de leurs filles.

Pour en revenir à cet acte de baptême, il est difficile de lire (voir extrait photo de l’acte) le nom dudit Daniel, prénom au demeurant pas courant dans les registres des environs. Les recherches n’ont pas permis de l’identifier.


Mais c’est sa femme qui nous intéresse ici. « Estiennette de PICHOT » qui ne sait pas signer. L’orthographe des mots et des noms n’était pas encore fixée par une phonétique réglementaire qui a d’ailleurs amené à unifier la prononciation des mots et noms. A cette époque chaque prêtre ou notaire ou autre qui transcrivait un mot qu’il entendait le faisait à sa façon selon ce qu’il percevait. DONDAINE par exemple est aussi orthographié DONDEINE, DONDENNE mais aussi DODAINE. Ils avaient le mérite de transcrire dans un français plus académique, si on le peut dire ainsi, ce qui était prononcé. Les transcriptions phonétiques de Rétif de la Bretonne nous renseignent sur le parler local !


Estiennette PIOCHOT & Estiennette de PICHOT :

  • Même prénom.
  • Les noms sont presque identiques.
  • Nous sommes à Lichères, petit village qui n’est pas une paroisse.
    Pour toutes le deux, leur patronyme ne réapparaîtra pas à Lichères à partir de 1671 qui est le début du premier registre survivant du lieu. A moins de représenter chacune la fin d’e’une lignée, elles semblent ne pas être originaires de Lichères.
  • Nous n’avons pas de date de naissance calculée pour ladite « de PICHOT ». Mais la date à laquelle elle est marraine de Jehanne de la PERRIÉRE est compatible à la période où ladite « PIOCHOT » a des enfants.
  • Conclusion : il est très possible, voire presque certain qu’elles ne sont qu’une seule et même personne. Mais, par principe de précaution, la généalogie est surprenante parfois, nous n’avons pas à ce jour fusionné les deux fiches sur Geneanet.


Estiennette PIOCHOT décède à la Loge de Sacy 27 juillet 1676, elle est inhumée le même jour dans l’église de Sacy.

« Le 27e Juillet 1676 est decedée
Estienette Piochot femme vivante de Mre Edme
dondaine admodiateur de La Loge, aagée de
52 ans ou environ Laquelle a este munie de
tous ses sacements et a este Inhumée dans
Leglise. presens ledit Edme dondaine et
francois dondaine son frere J ay signé
et Pierre Petit »
Signé : Pottier [note : curé], francois dondant


Edme DONDAINE décèdera à la Loge de Sacy 14 avril 1679, et sera inhumé le même jour dans le cimetière de Sacy.

« Le 14 apvril 1679 est decedé Mre edme
dondaine [rature] admodiateur de la Loge et aagé de 60 et
tant d années Inhumé dans le cimetiere, et apres avoir
receu tous les sacrements a fait son testament
pardevant Mre Guillaume Boujat Lieutent [lieutenant] et tabellion
Par lequel il a desiré 3 services solennelz scavoir l un
le landemain de son obiit, l autre au bout des 6 sepmaines
et le dernier a la fin de lanée avec un Libera tous les
dimanches et a dôné a leglise 6 Livres dans ledit
testament dont il a fait executeur Edme Boujat qui
La accepté »
Signé : Pottier [note : curé]


note : Guillaume BOUJAT (1652-1724) Lieutenant et tabellion auprès de qui Edme DONDAINE a fait son testament est, ce qui n’est pas indiqué ici, Lieutenant de Sacy dans les Croix, donc au Service du Commandeur de l’Ordre de Malte du Saulce d’Auxerre.


On peut aussi se questionner sur la différence de traitement des défunts Estiennette PIOCHOT inhumée dans l’église de Sacy et Edme DONDAINE inhumé dans le cimetière situé autour de l’église de Sacy.
Serait-ce dû à une différence de rang social, Estiennette PIOCHOT étant cette Estiennette de PICHOT veuve en première noces d’un écuyer de Lichères ?


Autre questionnement : qu’est-ce qui a motivé la désignation de Edme DONDAINE de Lichères aux fonctions d’amodiateur et receveur de la Loge de Sacy ? Rappelons que la Loge appartient au Collège des Jésuites d’Auxerre.
Difficile à dire. Cette famille DONDAINE de Lichères et Sacy se situe socialement vers le haut de la société locale.

  • Léonard DONDAINE est maréchal à Sacy.
  • François DONDAINE est métayer de l’une des fermes du Bois-l’Abbé de Lichères.
    Le receveur de Lichères & Nitry dont le seigneur est l’abbé de Molesme est Claude GRIFFE, personnage important [3]. A cette époque l’abbé de Molesme, qui est venu à Nitry en 1665 comme parrain de Charlotte GRIFFE fille dudit Claude est « puissant seigneur Messire Charles de la Rochefoucault abé commandataire de labaye Nre Dame de moulesme ordre St benoist diocese de Langres chevalier de L’ordre de st Jean de Jerusalem seigneur de Nitry & Licheres & autres lieux ».
    Claude GRIFFE est propriétaire d’une métairie du Bois-l’Abbé. Est-ce celle où François DONDAINE est métayer ?
    Edmée Dondaine, fille de François Dondaine du Bois l’Abbé épousera en 1685 Épin PINSON fils de Martin PINSON « praticien en la prévôté de Lichères ».
  • Edme DONDAINE est certainement marié à la veuve de l’écuyer de Lichères. La Loge et les seigneurs de Courtenay en Vermenton sont liés par des actes paroissiaux, et à cette époque, rappelons-le, les seigneurs de Courtenay viennent de Lichère.

[1] Jeanne DEGAN fait l’onjet d’un article :
https://sacy-yonne.fr/jeanne-degan/

[2] voir article :
https://sacy-yonne.fr/sedition-a-licheres-paroisse-de-nitry-1763/

[3] voir article :
https://sacy-yonne.fr/claude-griffe-du-rud-nitry/

Jacques BÉRAULT (1705-1771) recteur des écoles de Sacy

Jacques BÉRAULT (1705-1771) recteur des écoles de Sacy


Jacques BÉRAULT n’est pas cité dans le calendrier de Rétif de la Bretonne, mais dans le tome 1 de « Monsieur Nicolas »


Quelques extraits :

« Je fus nommé Nicolas-Anne-Edme, mon père voulant que son nom fût le dernier : mais à la rédaction de l’acte, Jacques Beraut, le maître d’école, omit Anne, qui ne fut point surajouté, quoique prononcé dans la cérémonie aux interpellations. Il fut ordonné par mon père, que mon nom appellatif serait Nicolas. C’est un très beau nom ! composé de deux mots Grecs, Niké (victoire), et Laos (peuple) : il signifie par conséquent, Vainqueur, ou Dominateur des Peuples. »

« … Je devais alors être à la fin de ma cinquième année, en octobre ou novembre. J’allais à l’école avec ma sœur Margot, sous maître Jacques Berault, dont les cheveux étaient rouges et frisés. Cet homme travaillait à fendre de l’osier, ou à préparer des échalas, en faisant lire les plus jeunes enfants, dont il savait par cœur le syllabaire latin ; il les reprenait, lorsqu’ils épelaient mal, sans regarder sur leur livret. J’en étais au Pater, que je syllabais suivant l’ancien usage, en faisant précéder la plupart des consonnes par une voyelle qui les dénature. J’épelais noster, et je disais enneoessetèerre : je pleurai, croyant qu’on se moquait de moi, en voulant me faire prononcer noster. Ceci commença d’indisposer maître Jacques. Mon pouce avait mangé deux jambages de lettres dans le mot tu-um : de sorte qu’il ne restait plus qu’un jambage du second u, et deux jambages du m : un peu de noir du jambage mangé de l’u formait un point à l’autre, et peignait parfaitement les deux mots tu in ; ce fut ainsi que j’épelai vingt fois de suite. Le maître me reprenait ; ma sœur et tous mes camarades me soufflaient tu um ; mais je voyais matériellement tu in, et j’aurais cru mentir que de dire autrement …. Voici la faute du maître : il s’impatienta, me donna le fouet, sans avoir regardé sur mon livre ; puis il y regarda. J’entrevis alors son étonnement ! il sortit un moment : tous les écoliers virent le mot fatal, et dirent que maître Jacques avait tort …
Le maître, en rentrant, ne fit rien de ce qu’il aurait dû faire pour m’instruire, et je le crus plus ignorant que ses écoliers. Ma sœur Margot, à notre retour, augmenta le mal, en jetant les hauts cris contre maître Jacques, et mon père lui-même, toujours si prudent, témoigna son mécontentement devant moi. »

« Ma septième année s’accomplit enfin. J’étais toujours ami de m’lo Bérault : …
… un jour que je fus le prendre, pour aller à l’école, sa mère nous dit : – « Mes enfants, vous avez aujourd’hui sept ans ; car vous êtes nés le même jour, et presque à la même heure. Vous v’lè en âge de pècher, et de pèdre vout’ innocence ; enllieu que d’vant, vou’n’pèchîns pâ encoi, faûte d’raîhon : i’ faû’, à c’t’heure, ête bin sèges tous les deux.  » … Nous allâmes à l’école. J’y fus d’une sagesse exemplaire, Maître Jacques le remarqua, et me dit en riant : – « Qu’avez-vous, Monsieur’ Nicolas ? – Sept ans aujourd’hui, Monsieu’ l’Maître ; et voilà que je vais pécher et offenser Dieu ! Je voudrais bien m’en vouloir empêcher. – C’est facile, vous n’avez qu’à toujours bien remplir votre devoir. » Cette réponse vague me satisfit ; et c’est, je crois, la seule bonne que m’ait faite Maître Jacques … »


Jacques BÉRAULT, est né à Sacy le 26 mai 1705, fils de Nicolas BÉRAULT (1672-1731) laboureur à Sacy & de Pellerine BOISSARD (ca 1660-1734).


Transcription de l’acte :

« Aujourd’hui vingt sixiéme mai mille sept cents cinq.
Nous Curé de Sacy avons batizé jaques fils de nicolas
Beraud, et de pelérine Boissard né d’aujourd hui.
Son parrain jaques Rouard, et sa marraine claudine
Boudier, lesquels n’ont seû signer. »
signé : Vassier


Jacques BÉRAULT est issu de l’influente famille bourgeoise des BÉRAULT de Sacy. Nous savons que certains de ces BÉRAULT sont originaires de familles bourgeoises (avocat) d’Auxerre, mais la carence des actes nécessaires, ne permet pas de les relier, de les fusionner avec ceux de Sacy.

  • Si son père Nicolas BÉRAULT (1672-1731) est dit laboureur; il sait signer et est témoin dans de nombreux actes. Il est même qualifié de « honeste homme. »
  • Son grand-père Pierre BÉRAULT (ca 1622-1702) est qualifié de praticien (1645-1649), greffier en la Justice de Sacy (1652), notaire royal à Sacy (1657-1662), procureur fiscal hors les croix à Sacy, donc pour l’évêque d’Auxerre et son Chapitre, seigneurs en partie de Sacy (1677-1684), procureur fiscal de Sacy dans les croix, donc pour le Commandeur du Saulce d’Auxerre (Ordre de Malte, anciennement l’Ordre des Hospitaliers) (1687).
  • Son arrière grand-père Nicolas BÉRAULT, né avant 1594 est procureur fabricien de l’église de Sacy (1629-1634), marchand demeurant à Sacy (1636), greffier en la Justice de Sacy (1639), praticien (1647).


Jacques BÉRAULT, qualifié de « Recteur des Ecoles de Sacy » épouse à Sacy le 04 mai 1734 Marthe NAULIN / NOLIN.
Sont notamment présents à ce mariage :

  • « mtre Thomas Dondaine» (ca1656-1744). Il s’agit du mari de Marie BÉRAULT, tante paternelle du marié. Il est également le beau-père de Edme RÉTIF, « l’honnête homme », père de l’écrivain.
  • « mtre Edme Retif» (1690-1763). Il est le père de l’écrivain Rétif de la Bretonne. Il sera en 1735 nommé lieutenant de Sacy. Sa première femme Marie DONDAINE décédée en 1730 est la fille de Thomas DONDAINE & de Marie BÉRAULT, tante paternelle du marié. Marie DONDAINE est donc cousine germaine du marié.
  • « mtre Jacques quatrevaux » (1673-1750). Il est le parrain de la mariée, mais aussi agent des affaires de Madame Regnard (1706), commis de marchand de bois (1707), marchand (1727), notaire et procureur (1733), Lieutenant de Saint-Cyr où il décède.
  • identifié par sa signature, Jean SAJAT (1666-1741) ancien recteur des écoles de Sacy. Comme son père Georges SAJAT (1625-1700) et son grand-père Pierre SAJAT (avant 1603-1652), il sera chantre à l’église de Sacy.


Marthe NAULIN naît à Sacy le 08 mai 1705. Elle est la fille de Léonard NAULIN (1660-1715), marchand, charron à Sacy & de Claudine BOURDILLAT (ca 1671-1743).

« Aujourd hui neuviéme mai mille sept cents cinq. Nous
Curé de Sacy avons batizé Marthe fille de Leonard
Naulin et de claudine Bourdillat, née d’hier. Son par
rain jaques quatrevaux, et sa marraine Marthe Don
daine. Le parrain a signé. »
Signé : J quatrevaux. Le curé n’a pas signé l’acte original.


Marthe NAULIN décède à Sacy le 06 juillet 1749, et elle est inhumée le même jour au cimetière. L’acte rédigé par Antoine FOUDRIAT, « le curé de Rétif de la Bretonne » est minimaliste comme toujours. Le fait qu’elle soit la femme de son recteur d’école n’y a rien changé.

« Le six juillet mil sept cens quarante neuf nous Curé de
Sacy avons inhumé au cimetière Marthe Naulin femme de me
Jacques Berault recteur des Ecoles decedée le meme jour agée de
quarante cinq ans ou environ et munie de tous ses sacremens. »
Signé : Berault [mari de la défunte], Foudriat Curé de Sacy.


Tous les actes qualifient Jacques BÉRAULT de « recteur des écoles de Sacy ». Il est évident qu’il devait travailler également la terre pour vivre, mais il n’y a rien dans les actes à ce sujet.
Rétif indique dans son récit que le maître d’école « travaillait à fendre de l’osier, ou à préparer des échalas, en faisant lire les plus jeunes enfants »
Le maître d’école : « Son rôle se bornait à enseigner machinalement le catéchisme, la civilité, la lecture, l’écriture, un peu de calcul. L’explication du catéchisme, d’où l’éducation morale était censée découler, revenait au prêtre. » (Revue pédagogique, 1906).
En outre, sachant signer, il était présent comme témoin dans de nombreux actes paroissiaux.

Jaques BÉRAULT décède à Sacy le 30 janvier 1771, plus de deux décennies après sa femme, et après avoir exercé pendant 43 ans la fonction de recteur des écoles de Sacy.

« L’an mil sept cent soixante et onze le trente et un janvier
dans le Sanctuaire de l’église paroissiale de Sacy à été
par moi Curé soussigné inhumé le corps de defunt le Sr jacque
Berault
apres avoir été Recteur des Ecoles de cette paroisse pendant
quarante trois ans mort d’hier apres avoir reçû ses sacremens avec toutes
les marques de pieté et de Religion agé d’environ soixante et neuf ans,
en presence de jean Disson son gendre, de mr Lenain Lieutenant, de mr
compagnot procureur fiscal, de pierre et jean Berault ses freres, de pierre
Berault, de jacque Cornevin, de pierre moyne ses neveux, et d’autres parens
et amis dont plusieurs ont declaré ne scavoir signer de ce enquis selon
l’ordonnance. »
Suivent les signatures. Jacquot curé de Sacy


Il est inhumé le lendemain dans le sanctuaire de l’église de Sacy.
Note : dans une église ou un temple, le sanctuaire est la partie où se trouve l’autel et une représentation symbolique du Divin, où s’accomplissent les rites sacrés.
Un édit de 1776 interdira les inhumations dans les églises pour des raisons de salubrité, mais cet édit n’est pas totalement respecté ; depuis 1950 seuls les archevêques ont eu le droit d’être enterrés dans une église ou cathédrale

Tous les recteurs des écoles n’étaient pas inhumés dans l’église, malgré l’aide qu’ils rendaient aux curés de la paroisse.
Ainsi Jean SAJAT qui a précédé Jacques BÉRAULT dans les fonctions, et déjà cité comme présent à son mariage en tant qu’ancien maître d’école, de surcroît chantre à l’église , a été inhumé au cimetière en 1741.
Edme BERTHIER (ca 1666-1728) Recteur des écoles de Nitry, sera également inhumé dans l’église. Deux de ses fils seront maître d’école, l’un des deux le sera à Sacy, et Rétif en parle dans ses écrits. Un petit fils de Edme BERTHIER sera également recteur des écoles à Précy-le-Sec.


Jacques BÉRAULT & Marthe NAULIN auront sept enfants. Trois parviendront à l’âge adulte et formeront une famille.
Jacques BÉRAULT (1742-1807), fils du couple, sera recteur des écoles de Sacy, puis instituteur sous la République.



Sur le récit de Rétif :

Nous avons vu dans le chapitre consacré à son père que l’on ne pouvait accorder aucune confiance dans la véracité des écrits autobiographiques de Rétif de la Bretonne.

Il travestit sans cesse la réalité, déforme les faits. L’exemple de sa mère qu’il voudrait faire passer pour une sainte, alors qu’elle s’est fait engrosser par son employeur marié, qu’elle épousera d’ailleurs par la suite.
Il a raconté aussi que son père s’était marié avec dans l’église, le cercueil de son propre père qui venait de mourir. Le père de « l’honnête homme » a été enterré le 25 avril 1713 à Nitry, le mariage a été célébré deux jours plus tard à Sacy.
N’oublions pas non plus le semblant de noblesse qu’il donne à « Bibi », sa mère Barbe FERLET la nommant « Ferlet de Bertro », du nom du hameau Berthereau rattaché à Accolay, où il existe toujours un château, pour établir sa généalogie fantaisiste (euphémisme) qui le mène jusqu’à l’empereur Pertinax !


Pour revenir au sujet de cet article, il écrit : « Je fus nommé Nicolas-Anne-Edme, mon père voulant que son nom fût le dernier : mais à la rédaction de l’acte, Jacques Beraut, le maître d’école, omit Anne, qui ne fut point surajouté, quoique prononcé dans la cérémonie aux interpellations »
Encore une fois Rétif affabule. L’acte est bel et bien rédigé par le curé de Sacy Antoine FOUDRIAT, et le maître d’école n’apparaît ni dans le texte, ni en tant signataire.

Dans les texte mis en exergue au début de l’article, l’écrivain parle de « M’lo Bérault », son copain qu’il passe prendre pour aller en classe.
Il ne peut s’agir que de Edme BÉRAULT, né en 1734 (comme l’écrivain), et mort subitement en 1769 sans avoir été marié.
Son père Pierre BÉRAULT (1692-1747) est cousin germain de Jacques BÉRAULT objet du présent article, car fils de Edme BÉRAULT frère de Nicolas BÉRAULT (père de Jacques).
Sa mère est Marie DUMONT (1696-1770) dont nous pouvons apprécier dans le texte de Rétif la transcription phonétique et mélodieuse d’un échantillon de sa diction.


Autre détail intéressant que nous transmet Rétif, et là, il n’y a aucune raison d’en douter, Jacques BÉRAULT était roux et frisé « maître Jacques Berault, dont les cheveux étaient rouges et frisés. »

Les médaillés de Ste-Hélène de Essert (Yonne)

Les médaillés de Ste-Hélène de Essert (Yonne)


« La médaille de Sainte Hélène, créée par Napoléon III, récompense les 405000 soldats encore vivants en 1857 qui ont combattu aux côtés de Napoléon 1er pendant les guerres de 1792-1815. »


Les médaillés d’Essert devaient être résidents à Essert en 1857).


Historique :

L’historique est un copier/coller de l’article de Wikipedia au lien suivant :
https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9daille_de_Sainte-H%C3%A9l%C3%A8ne


Création :

« Le 15 avril 1821, lors de son exil à Sainte-Hélène, Napoléon dicte un testament comportant trois parties. La troisième est un acte de reconnaissance à l’égard de ceux qui, de 1792 à 1815, avaient combattu « pour la gloire et l’indépendance de la France ». Dans ce but, il lègue la moitié de son patrimoine privé, qu’il estime alors à deux cents millions de francs.
Louis-Napoléon Bonaparte  « voulant honorer par une disposition spéciale les militaires qui ont combattu sous les drapeaux de la France dans les  grandes guerres  de 1792 à 1815 », une médaille commémorative fut accordée à tous les survivants. Il appela cette nouvelle décoration « Médaille de Sainte-Hélène ».
La médaille fut créée par décret le 12 août 1857 ; c’est le sculpteur Désiré-Albert Barre qui la dessina et la réalisa.
À l’avers se trouve le profil de l’empereur Napoléon Ier , et au revers ce texte : « Campagnes de 1792 à 1815. À ses compagnons de gloire, sa dernière pensée, Ste Hélène 5 mai 1821 ».
Elle était présentée dans une boîte de carton au couvercle recouvert d’un papier blanc glacé portant en relief l’Aigle impérial et l’inscription « Aux compagnons de gloire de Napoléon 1er – Décret du 12 août 1857 ».
Cette médaille de bronze est portée à la boutonnière, suspendue à un ruban vert et rouge à raies très étroites. En raison de la patine du bronze, elle est surnommée « la médaille en chocolat ». »


Récipiendaires :

« On estime qu’environ quatre cent cinq mille soldats de la Grande Armée de Napoléon (Français, Belges, Polonais, Danois, Irlandais, etc.) en bénéficièrent. Les chiffres sont approximatifs du fait de la disparition des archives dans l’incendie du palais de la Légion d’honneur durant la Commune.
La médaille n’a pas été décernée à titre posthume et son attribution reposait sur des critères stricts, tout en concernant de nombreuses personnes. On devait avoir servi aux armées de terre ou de mer françaises entre 1792 et 1815, sans aucune durée de service requise, ni aucune participation à une campagne. Il fallait obligatoirement pouvoir justifier de son service durant cette période à l’aide de tout document émanant des autorités militaires.
La première distribution eut lieu le 15 août 1857. Ce jour-là, à treize heures, l’empereur Napoléon 
III remit lui-même la Médaille à Jérôme Bonaparte alors âgé de 75 ans. Les maréchaux Vaillant (ministre de la Guerre), Magnan, Pelissier, Baraguey d’Hilliers, l’amiral Hamelin (ministre de la Marine) sont parmi les tout premiers médaillés. Ornano, Gouverneur des Invalides, ainsi que bon nombre de généraux de division et de brigade, d’amiraux, de vice-amiraux et de contre-amiraux la reçurent aussi. Le capitaine 
Jean Plumancy fut également l’un d’entre eux.
La commission chargée de la répartition des legs décida de choisir parmi eux 5 000 des plus méritants, qui recevraient chacun 400 francs en plus de la médaille. Parmi ceux-ci, cent quarante-quatre Belges purent se dire héritiers de l’Empereur. Les autres ne reçurent que la médaille et le diplôme l’accompagnant. »


Les 7 médaillés d’Essert :



Jean Baptiste BÉRAULT


Garde forestier, garde, garde champêtre, garde particulier, demeurant à Essert. Pensionné demeurant à Essert (à son décès). Il sait signer.

Il est né à Sacy (Yonne) le 03 août 1783, fils de Étienne BÉRAULT (1756-1814), laboureur, cultivateur à Sacy & de Jeanne BERTHIER (1755-1794).

« Le trois aout mil sept cent quatre vingt trois nous curé de Sacy soussigné
avons baptisé un garçon né d’aujourd’huy du legitime mariage
d’etienne Berault laboureur et de jeanne Berthier ses pere et mere,
il a été nommé jean Baptiste, le parain jean Berthier fils de pasqual
laboureur qui a signé, la maraine marie magdeleine piault fille de
defunt edme piault qui a declarée ne sçavoir signer, jacques Berault
recteur d’Ecole et louis petit fils de roch laboureur temoins
ont signés tous de cette paroisse de ce enquis// »
Signé : J Berthier, L Petit, Berault, Jacquot curé de Sacy.


Il a épousé :

– en premières noces à Essert où il s’établira, le 31 janvier 1809, Germaine VÉZINIER (1787-1824).
– en secondes noces au Val-de-Mercy le 31 janvier 1826 Marguerite BORGNAT (1789-1841).


Il est décédé à Essert le 24 avril 1860, à l’âge de 76 ans, moins de 3 ans après l’attribution de la médaille.

« … lesquels nous
ont déclaré que ce jourd’hui à quatre heures du matin
est décédé en son domicile à Essert Berault Jean Baptiste
pensionné, âgé de soixante seize ans demeurant à Essert, né
à Sacy, époux de feu Germaine Vesignier … »


Le relevé de sa fiche :

Note : la fiche comporte une erreur sur sa date de naissance. Est-ce une erreur sur la fiche elle-même ou bien est-ce une erreur commise lors de son relevé. Toujours est-il qu’il s’agit bien de lui. Cette fiche n’est applicable à personne d’autre, et sa qualification de pensionné confirme son passé militaire.

Nom : BERAULT
prénom : Jean Baptiste
année de naissance : 15-08-1782
commune de résidence : ESSERT
département : Yonne
code : F89
pays : France
période : 23-01-1802/8 ans
campagnes : 16
divers : 1 blessure
dossier : 297907



Barthélémy BOURDILLAT


Cultivateur et propriétaire à Essert, maître d’école, maire d’Essert (1815-1848). Il sait signer.

Il est né à Lucy-sur-Cure (Yonne) le 30 juin 1770 , fils de Lazare BOURDILLAT (1739- disparu), vigneron, laboureur à Essert & de Anne HUOT (1744-1816).
Note : à sa naissance, ses parents sont établis à Essert. Il a été baptisé à Lucy-sur-Cure car Essert ne sera doté de fonts baptismaux que courant 1786. L’abbaye de Reigny dont dépend Essert n’en sera jamais doté. Si les actes des baptêmes des enfants d’Essert dans une autre paroisse mentionnent le plus souvent le lieu où demeurent les parents, le lieu de la naissance n’est quant à lui, jamais précisé.
Dans le cas présent, l’acte de décès de Barthélémy BOURDILLAT le dit né à Lucy-sur-Cure, qui s’avère être la paroisse d’origine de sa mère.

Son père est déclaré disparu.
Lors du mariage de son fils Lazare avec Félicité BOURDILLAT le 22.11.1808, il est indiqué qu’Anne HUOT est autorisée par jugement du juge de paix du canton de Vermenton du 02.05.1806 qui constate que son mari Lazare BOURDILLAT est absent depuis courant février 1805, et la déclare « en état de régire et de gouverne les états et affaires dudit BOURDILLAT jusque son retour ou qu’il donne de ses nouvelles… ».
Lors du décès d’Anne HUOT, il est indiqué que BOURDILLAT Lazare, son mari est absent depuis 8 ans, sans donner de ses nouvelles.
Il ne donnera jamais de nouvelles.

« le trente juin mil sept cent soixante dix a eté Baptisé
Barthelemy Bourdillat né en legitime mariage de Lazare
Bourdillat vigneron et habitant dessert et d’anne
huot son epouse le parain a eté Barthelemy Bourdillat
soussigné la maraine marie naulin qui a declaré ne
scavoir signer, tous de la paroisse d essert »
Signé : B Bourdillat, Louvrier Curé de lucy.


Il a épousé à Essert le 24 janvier 1804 Marie MÉNÉTRÉ (1777-1852).


Il est décédé à Essert le 18 décembre 1859 à l’âge de 89 ans, soit 2 ans après l’attribution de la médaille.

«  … lesquels nous ont déclaré que ce jourd’hui à trois
heures du matin est décédé à son domicile à Essert
Bourdillat Barthélemy âgé de quatre-vingt dix ans,
né à Lucy-sur-cure et demeurant à Essert, fils de Bourdillat
Lazare et d’Anne huot demeurants à Essert … »


Le relevé de sa fiche :

nom : BOURDILLAT
prénom : Barthelemy
année de naissance : 30-06-1770
commune de résidence : ESSERT
département : Yonne
code : F89
pays : France
période : 20-05-1793/11 ans
campagnes : 18
divers : 1 blessure/Pension viagère.
Dossier : 297906



Pierre Edme Léonard BOURDILLAT


Laboureur, cultivateur à Essert. Il sait signer.

Il est né à Essert le 15 octobre 1792, fils de Edme BOURDILLAT (1750-1822), laboureur, cultivateur, vigneron à Essert & de Marie ROSIER / ROZIER (1757-1807).

« L an mil sept cent quatre vingt douze le quinze du mois de octobre
j ai prestre curé de cette paroisse soussigné baptisé un garçon né de ce jour
du légitime mariage d’Edme Bourdillat laboureur et de marie Rozier ses
pere et mere de cette paroisse, il a été nommé pierre, Edme, leonard,
le parein a eté me pierre maheux prestre curé de cette paroisse repré-
senté par jean calmeau cousin germain de l’enfant du coté maternel demeu-
rant a luci et la mareine marie Bourdillat cousine germaine de
l enfant du coté paternelle demeurant a pourli hameau dependant de
la paroisse de joux. jean calmeau comme representant a signé
avec moi la mareine ayant déclaré ne le scavoir de ce enquis et
requis suivant l ordonnance. »
Signé : j Calmeau, maheux curé d’Essert.


Il a épousé à Essert le 22 janvier 1822 Anne NOLIN / NAULIN (1797-1878).


Il est décédé à Essert le 02 mai 1877 à l’âge de 84 ans, soit 20 ans après l’attribution de la médaille.

« … lesquels nous ont déclaré que hier
deux du courant est décédé a onze heures du soir, a son domicile
à Essert Bourdillat Pierre Léonard cultivateur âgé de
quatre-vingt-cinq ans, né au dit lieu époux de Nolin Anne
sans profession et fils des défunts Edme Bourdillat et Rosier Marie
en leur vivant cultivateurs à Essert … »


Le relevé de sa fiche :

nom : BOURDILLAT
prénom : Pierre
année de naissance: 15-10-1792
commune de résidence : ESSERT
département : Yonne
code : F89
pays : France
période : 15-11-1812/4 ans
campagnes : 6
dossier: 297910




Lazare DUMONT


Laboureur, cultivateur, vigneron à Essert. Il sait signer.

Il est né à Essert le 24 novembre 1792, fils de Louis DUMONT (1749-1818), laboureur, vigneron à Essert & de Jeanne LEGRAND / LE GRAND (1751-1822).

« L an mil sept cent quatre vingt douze le vingt quatre du mois de
novembre j ai Citoyen prestre curé officier public de cette paroisse bapti-
sé un garçon né de ce jour du legitime mariage de louis dumond laboureur
et de jeanne le grand ses pere et mere de cette paroisse il a eté nommé
Lazare. Le parein a eté louis dumond frere de l’enfant et la
mareine ursule Bourdillat fille de deffunt barthelemi tous de cette
paroisse. Le parein et la mareine ont declarés ne scavoir signer
de ce enquis et requis suivant l ordonnance. »
Signé : Maheux curé d’essert.


Il a épousé à Essert le 08 janvier 1816 Adélaïde NOLIN / NAULIN (1792-1866).


Il est décédé à Sacy chez son fils, bien que demeurant à Essert le 21 février 1870 à l’âge de 77 ans, soit 13 ans après l’attribution de la médaille. L’acte de décès a été rédigé à Essert !

« … lesquels
nous ont déclaré que le jour d’hier, vingt-un
février, à onze heures du soir, est décédé à Sacy en
la demeure dudit Pierre Dumont [note : son fils], le nommé Lazare
Dumont
, vigneron, âgé de soixante-dix-sept ans, né
à Essert, et y demeurant, veuf de feue Adelaïde
Nolin et fils de feu Louis Dumont et de feue
Jeanne Legrand, tous, en leurs vivants, cultiva-
teurs et vignerons à Essert … »


Le relevé de sa fiche :

Note : Sur le relevé de la fiche, la date de naissance est erronée. Il est né le 24 novembre 1792 et non le 25 novembre 1791. Est-ce une erreur sur la fiche ou bien une erreur commise lors du relevé ? Toujours est-il que cette fiche n’est applicable à personne d’autre.

nom : DUMONT
prénom : Lazare
année de naissance : 25-11-1791
commune de résidence: ESSERT
département : Yonne
code : F89
pays : France
période : 16-09-1812 /4 ans
campagnes : 6
dossier: 297909

Note : Pierre Joseph DUMONT, fils de Lazare DUMONT & de Adélaïde NOLIN, né à Essert le 28 décembre 1829, Chasseur à la 20ème Compagnie du 5ème Bataillon de Chasseur à Pied, matricule 2042, est décédé au siège de Sébastopol, tué par un éclat d obus le 02 novembre 1854 a six heures du matin.



Maurice DUPIT


Cultivateur, vigneron à Essert, pensionné de l’État demeurant à Lichères-près-Aigremont à son décès où demeurent ses filles. Il sait signer.

Il est né à Essert le 22 septembre 1793, fils de Lazare DUPIT (1760-1804), laboureur, cultivateur, propriétaire à Essert & de Anne MARCEAU (1764-1825).

« Aujourd.huy le vingt deuxieme jour de septembre Mille sep cen quatre
vingt treize lan deuxieme de la Republique francoise a heure de cinque
du Matin pardevan Moy louis Bourdillat Membre du Conseille generalle
de la Commune d essert Elu le vingt un decembre derniere pour dressere les
acte de Naissance Mariage et decet des sitoyens est comparu en la Maison
Commune lazare dupit laboureure agée de trante quatre an assistee de
pierre Maheux Curée d essert agée de quarante neufe an et de [ratures]
Marie Marceaux femme Edme Menetrée agée de quarante an et de Marie
Nodin sâge femme agée de quarante cinque an tous demeurante audit
Lieux d essert a declarée a moy louis Bourdillat officiée publique que anne
Marceaux agée de trante an femme dudit lazare dupit en legitime
mariage est acouchée le memme joure a quatre heure du matin, dans la
maison de sont mariage d une anfan du sex masculin quille ma [rature]
presantez et ausquelle y l a donné pour nom et pour prenoms celuy de Morice
Dupit
et daprêt cette declaration que les sitoyens lazare dupit pere de l anfan
et pierre Maheux et Marie Marceaux et Mariée Nodin ont certifiée conforme
a la veritée et ala Represantation qui mâ etée faites de l’anfan dénomée J ay
Redigée en vertu des pouvoire qui me sont deleguée le presan acte que lesquelle
declaran et tesmoin ont signée avecque moy ala reserve de lazare dupit et
Marie Marceaux et Marie Nodin qui ont declarée ne savoire signé de ces
interpelez faits an la Maison Commune les joure mois et an sidesus »
Signé Maueux, L Bourdillat.

Il a épousé à Essert le 01 mai 1819 Anne MARCEAU (1791-1859).


Il est décédé à Lichères-près-Aigremont le 01 avril 1871 à l’âge de 77 ans, soit 20 ans après l’attribution de la médaille.

La déclaration de décès a été faite par deux gendres du défunt, et la filiation qu’ils lui attribuent est totalement fantaisiste.

« … lesquels nous ont déclaré que
hier, à cinq heures du soir, est décédé, en sa demeure : Maurice
Dupit
, pensionné de l’Etat, âgé de soixante dix sept ans, né à
Essert, domicilié au dit Lichères, fils de feu Blaise dupit, et de
feue Ursule Bourdillat, et veuf de Anne Marceau, tous trois
décédés audit Essert … »


Le relevé de sa fiche :

Note : Sur le relevé de la fiche, la date de naissance est erronée. Il est né le 22 septembre 1793 et non le 21 septembre 1792. Est-ce une erreur sur la fiche ou bien une erreur commise lors du relevé ? Cette fiche ne peut que lui être appliquée.

nom : DUPIT
prénom : Maurice
année de naissance : 21-09-1792
commune de résidence : ESSERT
département : Yonne
code : F89
pays : France
période : 15-09-1812/6 ans
campagnes : 12
dossier : 297908



Edme MARCEAU


Laboureur, cultivateur, vigneron à Essert, en 1860 il est dit pensionné demeurant à Essert. Il sait signer.

Il est né à Essert le 22 novembre 1791, fils de Paul MARCEAU (1749-1815), laboureur à Essert & de Madeleine MÉNÉTRÉ (1751-1824)

« l an mil sept cent quatre vingt onze le vingt deux du
mois de novembre jai prestre curé de cette paroisse soussigné
baptisé un garçon né de ce jour du légitime mariage de paul
marceau laboureur et de magdeleine menetré ses pere et mere
il a eté nommé Edme le parein a eté Edme marceau fils de
deffunt Lazare et la mareine marie Bourdillat fille de deffunt
Barthelemi cousine germaine de l enfant tous de ce village et de
cette paroisse le parein a signé avec nous la mareine
ayant déclarée ne le scavoir de ce enquise et requise. »
Signé Edme Marceau, Maheux curé d’Essert


Il a épousé :

– en premières noces à Essert le 20 novembre 1820 Jeanne Barbe VÉZINIER (1797-1827).
– en secondes noces à Arcy-sur-Cure le 30 mai 1827 Marguerite RÉGNIER (1802-1851).


Il est décédé à Essert le 27 février 1871 à l’âge de 79 ans, soit 14 ans après l’attribution de la médaille.

« … lesquels nous ont déclaré
que cejourd’hui à neuf heures du matin est décédé en son
domicile Marceau Edme, vigneron, âgé de soixante-dix-neuf ans,
demeurant à Essert, fils de feu Marceau Paul et
de feue Madeleine Mennetré, veuf de feue Marguerite Regnier … »


Le relevé de sa fiche :

nom : MARCEAU
prénom : Edme
année de naissance : 22-11-1791
commune de résidence : ESSERT
département : Yonne
code : F89
pays : France
période : 8-04-1811/9 ans
campagnes : 14
dossier : 297911



(Edme) Jean Baptiste MARCEAU


Laboureur, cultivateur à Essert. Il sait signer.

Note : Il a été baptisé sous les prénoms de « Jean Baptiste » Mais il est usuellement prénommé dans les actes « Edme Jean Baptiste » mais aussi « Jean Baptiste Edme » et même « Edme ». Sans doute est-ce pour le différencier de son frère homonyme né 12 ans plus tard.

Il est né à Essert le 30 mai 1789 fils de Lazare MARCEAU (1762- entre 1820 & 1829) laboureur, cultivateur, vigneron à Essert, & de Ursule BOURDILLAT (1759-1814).

« lan mil sept cent quatre vingt neuf le trente et un de maÿ
je desservant la paroisse de labbaye de rigni soussigne avoir bapti-
sé un garçon fils de lazare marceau laboureur et ursule bour-
dillat demeurants a essert lagrange ses pere et mere en
legitime mariage. né le trente dudit mois. on luy a impo-
sé le nom de jean baptiste le parrain est edme marceau
son oncle la marraine anne bourdillat tous deux deu-
meurants audit essert le parrain a signé avec moy. »
Signé Edme Marceaux, J Rondé desservant.


Il a épousé à Essert le 30 mars 1818 Luce LORETTE / LAURETTE (1792-1854).


Il est décédé à Essert le 03 octobre 1858 à l’âge de 69 ans, soit un an après l’attribution de la médaille.

« … lesquels nous ont dé-
claré que ce jourd’huit a cinq heure du soire
est décédé a son domicil, Marceau
Edme Jean Baptiste
âgé de soixante six
ans laboureur a Essert, né à Essert fils
de Louis Marceau [faux], et de [blanc]
décédé et les témoins nous ont déclaré
que l auteur de son décé est par une a
molistion de l’arrains …. »


Le relevé de sa fiche :

Note : Sur le relevé de la fiche, la date de naissance est partiellement erronée. Il est né le 30 mais 1789 et non le 11 mai 1789. Est-ce une erreur sur la fiche ou bien une erreur commise lors du relevé. ?

nom : MARCEAU
prénom : Edme Jean Baptiste
année de naissance : 11-05-1789
commune de résidence : ESSERT
département : Yonne
code : F89
pays : France
période : 10-05-1809/6 ans
campagnes : 12
dossier : 297912



Quelques remarques :


Les actes de Baptême des deux médaillés de Sainte-Hélène nés en 1792 sont sur la même page du registre.
Le premier est celui de Pierre Edme Léonard BOURDILLAT.
Le second est celui de Lazare DUMONT.
Les deux actes sont séparés par la mention :

« clos arresté par nous maire et officiers munici-
paux de la municipalité dessere quatre novembre
1792 lan 1er de la Republique françoise ».
signé B Bourdillat maire

Le 20 septembre 1792 un décret instaure l’état-civil laïc.
A Essert le passage à l’état-civil républicain est du 04 novembre 1792.
L’acte de naissance de Lazare DUMONT est établi comme un acte de baptême. Il est rédigé par le curé Pierre MAHEUX qui se qualifie de « Citoyen prestre curé officier public de cette paroisse». Les parrain et marraine sont nommés. A Essert cette citation des parrains et marraines dans des actes de naissance établis par les maires, perdurera un certain temps.
En septembre 1793, avec l’acte de naissance de Maurice DUPIT, autre titulaire de la médaille de Sainte-Hélène, nous avons un exemple des premiers actes laborieux rédigés à Essert par le maire. Pierre MAHEUX, qualifié de curé est présent.



Ceux qui sont morts avant 1857, au combat ou lors de leur retour à la vie civile, n’ont pas bénéficié de la médaille.
Du relevé des archives de l’état-civil d’Essert, il appert qu’il y avait d’autres anciens soldats en activité pendant la période militaire requise pour l’attribution de la médaille, mais décédés avant 1857.

Nous avons l’exemple de Lazare BOURDILLAT, né à Essert le 15 08 1776, baptisé le même jour à Lucy-sur-Cure. Il est le fils de Edme Barthélémy BOURDILLAT (1747-1785), laboureur, cultivateur à Essert, & de Ursule MARCEAU (1744-1814).
Il a effectué 24 ans, 7 mois et 25 jours d’armée. Il est entré au Service le 26 prairial an 08 (15 06 1800) dans le 1er Régiment de Cuirassiers. Il a effectué les campagnes de 1807, 1808, 1809, 1812 et 1813.
Le 05 juillet 1814 il passe à l’Hôtel Royal des Invalides. Il demeure alors à Paris. Du 01 10 1821 au 31 12 1823 il perçoit une pension militaire au motif de cuisse droite amputée.
Il n’est pas titulaire de la médaillé de Sainte-Hélène, il est donc mort avant 1857.
Dans le cas présent, s’il avait vécu jusqu’à la date requise, il n’aurait pas été répertorié comme d’Essert, mais de Paris.
Sa description : 1,73 m, visage rond, front ordinaire, yeux bruns, nez moyen, bouche petite, menton rond, cheveux noirs, sourcils noirs, sans marques particulières.
Il a épousé paroisse Saint-Sulpice à Paris (actuellement Paris 06) le 09 février 1819 Marie Louise LECLERC.



Les sept médaillés d’Essert sont nés entre 1770 & 1793.
L’exploitation des actes d’état-civil de la commune montre qu’il existait une fraternité entre eux, étant témoins réciproques dans divers actes concernant leur famille. En allant plus loin, notons que :

  • Anne MARCEAU (1791-1859), épouse de Maurice DUPIT (médaillé), est la sœur de (Edme) Jean Baptiste MARCEAU (médaillé).
  • Jean Baptiste MARCEAU (1800-1851) frère de (Edme) Jean Baptiste MARCEAU (médaillé), a été militaire puis gendarme à Joigny puis marchand de vin à Nancy où il est décédé. Il était trop jeune pour avoir appartenu à la Grande Armée.
  • Louis Lazare BARRAUT, prénommé usuellement Lazare, né le 22 novembre 1783 à Essert, baptisé le même jour à Lucy-sur-Cure, fils de Lazare BARRAUT (1741-avant 1817) & de Marie MARCEAU (1751-1786), décédé à Essert le 25 juillet 1819, qui avait épousé à Essert le 20 janvier 1817 Victoire BOURDILLAT, était Chevalier de la Légion d’Honneur. Vu sa date de naissance, il a certainement appartenu à la Grande Armée. La Légion d’Honneur avait bien plus de valeur à cette époque que de nos jours.
    « Tous ceux qui m’ont volé sont, au moins, commandeurs de la Légion d’honneur. Autrefois, on pendait les voleurs aux croix. Aujourd’hui, on pend des croix aux voleurs. Et chacun est content. Merveilleux pays que ce pays de France. » Louis Ferdinand Céline.
  • En 1823 naît Pierre Thierry BOURDILLAT , fils de Pierre Edme Léonard BOURDILLAT (médaillé de Sainte-Hélène). Pierre Thierry BOURDILLAT épousera en 1848 Marie Luce MARCEAU née également en 1823, fille de (Edme) Jean Baptiste MARCEAU (médaillé de Sainte-Hélène).
    Le cimetière d’Essert n’a pas gardé trace des sépultures de nos soldats de la Grande Armée qui y ont été inhumés. L’hypocrite formule consacrée dans les discours ou éloges funèbres, de ne pas oublier, de rester dans les mémoires, ne dure que le temps d’une vie. Après la première guerre mondiale, les morts « pour la France » ne sont plus que des noms gravés sur les monuments aux morts.
    « Son mérite [le soldat] est d’aller sans faillir au bout de sa parole tout en sachant qu’il est voué a l’oubli. » Antoine de Saint Exupery. 
    La tombe de Pierre Thierry BOURDILLAT est toujours présente. Photo de sa tombe sur laquelle on peut zoomer :
    https://www.geneanet.org/cimetieres/view/8103954
    De nos jours, Pierre Thierry BOURDILLAT a toujours des descendants.



Les derniers Survivants de la Grande Armée, médaillés e Sainte-Hélène


Parmi eux, nous avons deux icaunais célèbres dont il existe des photos :


Jean Roch COIGNET :

« Jean-Roch Coignet, plus connu sous le nom de capitaine Coignet, né à Druyes-les-Belles-Fontaines le 16 août 1776 et mort à Auxerre où il est inhumé le 10 décembre 1865, est un officier français et un mémorialiste du Premier Empire. » Wikipedia au lien suivant :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Roch_Coignet


Louis Victor BAILLOT :

« Louis-Victor Baillot, né le 9 avril 1793 à Percey et mort le 3 février 1898 à Carisey, est un soldat des armées napoléoniennes, qui participa aux guerres napoléonniennes ; il est considéré comme le dernier survivant français de la bataille de Waterloo, même si un certain Alfred Le Maire ayant lui aussi participé à la bataille de Waterloo est mort en avril 1898, tandis que le dernier survivant prussien (August Schmidt) de cette bataille est mort en 1899. » Wikipedia au lien suivant :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-Victor_Baillot



Dans la Grande Armée s’étaient enrolés également des étrangers dont certraines photos nous sont parvenues. Les plus connus :


Geert Adriaans BOOMGAARD :

Geert Adriaans BOOMGAARD, soldat en 1812 dans l’armée de Napoléon comme tambour dans le 33è Régiment d’Infanterie Légère.
Il est né le 21 09 1788 à Groningue (Pays-Bas) et est décédé le 03 02 1899 à à Groningue (Pays-Bas) à l’âge de 110 ans. jour pour jour, 1 an après le décès de Victor BAILLOT.
Wikipedia lui consacre un article :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Geert_Adriaans_Boomgaard


Myles BYRNE :

« Myles BYRNE (20 mars 1780-24 janvier 1862) était un chef de file de la rébellion irlandaise en 1798 et chef de bataillon dans la Légion irlandaise de Napoléon.
Myles (il épelait habituellement son nom Miles) Byrne est né dans le township de Ballylusk près de Monaseed, comté de Wexford, en Irelande, le 20 mars 1780, dans une famille catholique.
Byrne participa aux préparatifs de la rébellion de 1798, combattit  dans plusieurs batailles à l’âge de 18 ans. Puis ils s’installe à Dublin et est impliqué dans la rébellion d’Emmet (1803).
Peu après il s’enfuit en France. Il devient brigadier général et chef de la Légion Irlandaise de Napoléon. Il reçoit la Légion d’honneur. Il a combattu en Espagne et en Grèce. » Wikipedia au lien suivant :
https://en.wikipedia.org/wiki/Myles_Byrne


Dans les dernières années de sa vie, il écrit ses mémoires

Il s’est marié en 1835 à Paris à Fanny Horner, presbytérienne écossaise. Ils n’eurent pas d’enfant.

« Il meurt chez lui rue Montaigne (aujourd’hui rue Jean Mermoz) à Paris 08è le 24 janvier 1862. Il est inhumé au cimetière Montmartre. Sa tombe est marquée d’une croix celtique. Mais il semble que cette pierre tombale ait remplacé en 1950 la précédente. »

Marie & Thomas FOUARD, Madeleine & Marie DROIN

Marie & Thomas FOUARD, Madeleine & Marie DROIN


Marie FOUARD


Rétif de la Bretonne célèbre Marie FOUARD dans son calendrier le 11 janvier 1743.


Elle est souvent citée dans « Monsieur Nicolas ». Quelques extraits :

« Il y en avait deux de très jolies : l’une se nommait Marie Fouard … Marie Fouard avait de beaux yeux noirs, des sourcils bien arqués et fournis ; tout en elle annonçait la force et… le tempérament ; c’était celle que je préférais. »

« La passion me rendit politique, c’est-à-dire menteur ; car c’était Marie que je voulais manger [note : jeu du loup]. Étienne [note : Étienne Dumont] me devina tout haut et je fus loup. Marie Fouard se laissa prendre très facilement ; car elle me préférait à Étienne. Quand je la tins, je me rappelai toutes les sensations voluptueuses que j’avais déjà eues, soit par le tact non volontaire sur Ursule Rameau ; soit par les baisers enflammés de Nannette la moissonneuse, soit en dernier lieu par le contact des joues douces de ma cousine Nannon Gautherin, et je cherchai à les renouveler sur la brune Marie. En feignant de la manger, je l’embrassais ; je me faisais embrasser ; manus inserta pertractabant inguina, impuberemque concham ; l’innocente se prêtait à tout et le désir de la jouissance se fit sentir… Je lui disais cependant : — « Marie !… Étienne mon camarade vous aime bien, moi aussi : lequel aimeriez-vous le mieux ? — C’est vous. Monsieur Nicolas ; Étienne n’est qu’une mauviette. »

« A parler sincèrement, je crois que j’aimais la seule Marie Fouard … Mais peut-on avoir de l’amour, à l’âge que j’avais alors ? Je le crois ; car j’ai senti un trouble secret, à la vue de Marie ; je l’ai trouvée la beauté qui était d’accord avec mon cœur. »

Marie FOUARD est née à Sacy le 23 décembre 1736, soit deux ans après l’écrivain, fille de Pierre FOUARD (1688-1749), laboureur, procureur fabricien de l’église de Sacy, & de Catherine TILLIEN (1701-1768). Elle décède dans son village natal le 08 février 1779. Elle y avait épousé le 18 janvier 1757 Jean DROIN, laboureur, (Sacy 11 05 1730-Sacy 06 02 1812).
Jean DROIN est le frère de Madeleine & Marie DROIN que Rétif célèbre également.


Le couple a eu neuf enfants. Cinq parviendront à l’âge adulte. Quatre d’entre eux se marieront, le dernier est décédé au service militaire de la République. Il appartenait au 1er Bataillon, 4e Compagnie, 9e demie-Brigade en qualité de Chasseur. Il était entré à l’hôpital militaire de Turin le 25 vendémiaire an 09 (17 10 1800) où il est décédé le 21 brumaire an 09 (12 11 1800).



Madeleine DROIN


Rétif de la Bretonne Célèbre « Madeleine DROINC » dans son calendrier le 13 janvier 1744.
Elle est la sœur de Marie DROIN & de Jean DROIN, mari de Marie FOUARD.


Magdelaine DROIN est née à Sacy le 20 décembre 1727. Elle a 7 ans de plus que l’écrivain. Elle est la fille de Jean DROIN (1705-1735), laboureur, et de Marie Magdeleine ROUARD (1700-1760). Elle décède à Sacy le 24 novembre 1794.

Madeleine DROIN épouse à Sacy en premières noces le 27 novembre 1753 Jean MOINE (MOYNE / LE MOINE), vigneron, (Sacy 03 11 1722-Sacy 23 10 1755), fils de Pierre MOINE (Nitry vers 1693-Sacy 1769) & de Catherine BARRÉ (Sacy 1695-Sacy 1778).
De cette union naîtra en 1755 une fille qui décèdera en 1764.

Elle épouse en secondes noces à Sacy le 25 janvier 1757 Jean BÉRAULT (29 08 1731-11 02 1803). Il est le fils de Jean BÉRAULT (1701-1786), vigneron & de Agathe VÉZINIER (1702-1772).
Le couple a eu sept enfants. Cinq d’entre eux parviendront à l’âge adulte, quatre seulement se marieront.


Madeleine DROIN, âgée de 50 ans est élue sage-femme à l’unanimité à Sacy le 22 02 1778 :

Transcription de l’acte (copie, acte plus complet que sur l’original) :

« Le vingt deux fevrier mil sept cents soixante dix huit magdeleine Droin femme de jean
Berault de cette paroisse de Sacy, agée d’environ cinquante ans, a été élûe par les femmes qui
lui ont toutes donnés leur voix l’une apres l’autre, au Banc de l’oeuvre à l’issu des vespres, pour
exercer la charge et faire les fonctions de Sage femme, et a prêté le serment ordinaire entre
les mains de moi Curé soussigné.  »
Signé : Berault [note : recteur des écoles], Jacquot curé de Sacy



Marie DROIN


Elle est la sœur de Jean DROIN & de Magdeleine DROIN.
Rétif de la Bretonne la célèbre dans son calendrier le 28 janvier 1743.


Marie Magdeleine DROIN est née à Sacy le 23 janvier 1735 où elle décède le 07 mai 1802. Elle a été baptisée sous les prénoms de « Marie Magdeleine », mais son prénom usuel sera « Marie ».

Elle épouse à Sacy le 18 janvier 1757 le frère de Marie FOUARD, Thomas FOUARD, laboureur, né à Sacy le 07 décembre 1727, où il décèdera le 06 avril 1803.

Quand Rétif écrit qu’elle a eu une bonne sœur, il parle de Madeleine DROIN, et de Marie FOUARD quand il dit qu’elle a eu une bonne belle-Sœur.
Quant à Laurent TILLIEN frère de Agathe TILLIEN, la fratrie a déjà fait l’objet d’un article.

Le couple a eu cinq enfants. Quatre d’entre eux parviendront à l’âge adulte. Deux seulement formeront une famille, les deux autres décèderont âgés d’environ 25 ans.


Les corps de Nicolas de NEUVILLE & de Magdeleine de CRÉQUY dans l’église de VERMENTON

Les corps de Nicolas de NEUVILLE & de Magdeleine de CRÉQUY dans l’église de VERMENTON


Les registres paroissiaux recèlent les récits de certains faits divers mais aussi du domaine de l’Histoire.

Ainsi le curé Germain GALLET consigne en 1686 l’arrivée dans l’église du corps des défunts « hault seigneur Nicolas de Neuville » & de sa femme « Dame Magdeleine de Crequy » qui repartiront le lendemain pour leur destination.

Germain GALLET était capable du meilleur, comme annoter en marge des actes, les lieux hors le bourg de Vermenton où demeuraient les familles citées dans ces actes, ce qui déterminait les lieux des naissances et décès, les baptêmes et inhumations étant du ressort du bourg où se trouve l’église, ce que son successeur n’a pas jugé utile, ou surtout n’a pas eu le courage de poursuivre. Sont cités les hameaux du Val-du-Puits, du Val-Saint-Martin, mais aussi Reigny et exceptionnellement la Loge de Sacy. Il n’est en effet pas facile de localiser les familles quand elles sont simplement dites demeurer dans la paroisse, le mot « paroisse » représentant la globalité du territoire. Il en a été de même avec la « commune ».

Mais Germain GALLET était aussi capable du pire, de nombreux actes perfectibles, comme l’absence de filiations lors des mariages.

Dire que l’acte de mariage à Vermenton en 1695 de Pascal DISSON (1669-1738) & de Jeanne BILLOUT (1670-1736) est perfectible est un euphémise, il très chaotique et entaché d’erreurs. Avait-il trop bu de vin de messe ou bien était-il impressionné par la qualité des personnes qu’il mariait ?
Fils d’une notable famille d’Auxerre, Pascal DISSON est le neveu de Guillaume GAIGÉ (ca 1606-1681) marié à Germaine MAGDELENAT (1632-après 1690), sœur de la mère dudit Pascal DISSON. Guillaume GAIGÉ est marchand demeurant à Reigny en tant que receveur de l’Abbaye. Il demeurera à Vermenton comme marchand de bois pour la provision de Paris).
Jeanne BILLOUT est la file de Léonard BILLOUT (1627-1688) & de Anne CRENIER (1633-1679). Léonard BILLOUT est gentilhomme et officier de la Grande Fauconnerie du Roi, procureur fabricien de l’église de Vermenton, il sera aussi gouverneur de cette ville. Anne CRENIER est la fille de Thomas CRENIER (1600-avant mai 1675) et de Étiennette DE VILLAINE (dont nombreuses orthographes) (vers 1600-avant 1664). Thomas CRENIER dont le père était marchand et capitaine de Cravant, était marchand et receveur de Sacy hors les croix c’est à dire pour l’évêque d’Auxerre et son Chapitre, seigneurs indivis en partie de Sacy. La Justice dans les croix était celle de l’Ordre hospitaliers du Saulce d’Auxerre (devenus Ordre de Malte), seigneur de l’autre partie de Sacy.
Tous les DISSON de Sacy descendent de Pascal DISSON et il en existe encore à Sacy.

Bref, tout cela pour situer le curé Germain GALLET, rédacteur de l’acte qui suit qui n’est vraiment pas le meilleur qu’il ait rédigé.

Que s’est-il passé ? Il est très probable que l’événement ait été consigné sur le registre a posteriori et pour conserver la chronologie des actes, l’espace disponible en bas de page a été utilisé et était insuffisant.
On voit parfois aussi cette façon de procéder pour des bénédictions de cloches, rédigées a posteriori pour mémoire en marge d’un acte de la même date.
L’écriture plus petite qu’habituellement va dans ce sens.
L’acte commence en bas de page droite et se poursuit en bas de page gauche augmentée de la marge de la page de droite. Malheureusement la numérisation rend la zone de pliure du registre illisible (bande noire) et dans la marge il y a des inscriptions en interligne, et la question se pose de savoir si les inscriptions en interlignes sont afférentes à la ligne du dessus ou à celle du bas. Donc cette partie dans la marge rognée par la pliure est difficilement compréhensible, et il n’existe pas de double exemplaire du registre pour cette année [1].


Transcription de la première partie de l’acte, page droite :

« Le Dimanche treiziesme Janvier mil six cent octante six sur
les 3 heures du soir arriverent en ceste ville de Vermenton les Corps de
tres hault seigneur Nicolas de Neuville Seigneur de Villeroy Duc et pair
mareschal de france Chef du Conseil Royal des finances, Gouverneur
de Lyon Lyonnois forch et Baijolois Gouverneur de la Personne du Roy
avec Dame Magdeleine de Crequy fille du mareschal de Crequy [suite page gauche]

Suite, seconde partie de l’acte page gauche & marge de la page droite :

[début page droite] et Petite fille du Connetable duc de Lesdiguiere lesqlz [lesquels] ont couchez proche
dans nre [nostre] Eglise de Vermenton les deux cercuieulx [cercueils] l’un proche l’autre [mot en marge non compris]
avec un gd [grand] Pocle de velours noir garny d’hermine aux bord et [non compris]
de cierges allumez avec les armes et ecusson et le 14e au dict [non compris]
gde [grande] messe des Morts avant leur depart de nre [nostre] Eglise le Clergé [non compris] logez
[bas de page 2 mots non compris] les avons conduictz l’un apres l’autre jusqu’au charreau »
signé : G Gallet


Nicolas de Neufville de Villeroy :


Nicolas de Neufville de Villeroy [2] marquis d’Alincourt et seigneur de Magny, 1er duc de Villeroy et pair de France est né le 14 octobre 1598 sous le règne de Henri IV, et mort le 28 novembre 1685 sous le règne de Louis XIV, il devient maréchal de France en 1646. La même année la Reine mère le nomme gouverneur de Louis XIV, alors âgé de 8 ans. Il descend d’une famille anoblie par Louis XII Roi de France de 1598 à 1515.


Deux portraits de Nicolas de Neufville :


Nicolas de Neufville épouse le 11 juillet 1617 :

Madeleine de Blanchefort de Créquy :


Madeleine de Blanchefort de Créquy [2], née en 1608, décède le 31 janvier 1675.

Elle est fille de :


Charles de Blanchefort de Créquy :


Charles de Blanchefort de Créquy [3], (1573-Tué le 17 mars 1638), prince de Pois [Poix-de-Picardie dans la Somme], maréchal de France, & de Madeleine de Bonne (1576-1621) [4]. Il n’est pas nommé dans l’acte de Vermenton, simplement qualifié de « mareschal de Crequy ».


Portraits de Charles de Blanchefort de Créquy & de Madeleine de Bonne :


Les « de Créquy » sont une vieille et importante famille de la noblesse de l’Artois. On en trouve trace dès la fin du 9è siècle.


Dans son acte, Germain Gallet indique que Madeleine de Blanchefort de Créquy est « Petite fille du Connetable duc de Lesdiguiere ».
Il s’agit de son grand-père maternel, père de Madeleine de Bonne.


François de Bonne de Lesdiguières :


François de Bonne de Lesdiguières [5] (1543-1626), seigneur puis duc de Lesdiguières en 1611, comte de Pont-de Veyle et seigneur du Glaizil.

Selon Wikipedia, il est :
– Chef des protestants du Champsaur (1576-1588).
– Conquérant de Grenoble et maître du Dauphiné (1590).
– Lieutenant Général du Dauphiné (1597).
– Il est fait maréchal de France en 1609 sous le règne de Henri IV.
– Louis XIII le fait connétable de France en 1622. Il sera le dernier à recevoir cette charge.

Toujours fidèle aux Rois de France , il se convertit au catholicisme (1622).

« Chef militaire hors pair, diplomate et négociateur habile, qualifié par Henri IV « de rusé comme un renard », le dernier connétable de France meurt à l’âge de 83 ans, le 28 septembre 1626. » [5]

« C’est en son honneur que fut baptisé au musée du Louvre l’un des deux pavillons des guichets de Seine sous la Grande Galerie. » [5]

François de Bonne de Lesdiguières épouse en 1566 Claudine de Bérenger (vers 1552-1608), mère de Madeleine de Bonne. [6]


Portraits de François de Bonne de Lesdiguières & de Claudine de Bérenger :


Selon le récit de Germain GALLET, après une grande messe des morts, les deux cercueils ont été remis sur le « charreau » pour repartir. Le curé ne précise pas quelle est la destination.
Wikipedia [2] indique :

« Son tombeau, dessiné par Thomas Blanchet, se trouvait dans la chapelle de Villeroy de l’église du Carmel à Lyon. » [2]

Depuis 1615 Nicolas de Neufville est gouverneur du Lyonnais, charge qu’il exerce à compter du décès de son père en 1642, ce qui explique sans doute le choix du lieu de son inhumation.
Le Carmel de Lyon [7] [8] a été fondé en 1616 par ses parents, Charles de Neufville (vers 1566-1642), gouverneur de Lyon & Jacqueline de Harlay (1577-1618), épousée en 1596 [9].
Le tombeau a disparu avec l’église [8].
Rien n’indique que sa femme ait été inhumée avec lui. Aucun renseignement n’a pu être recueilli à ce sujet.

Le peintre Thomas Blanchet [10] est né à Paris vers 1614 et-décède à Lyon en 1689, soit 3 ans après l’inhumation aux Cames de Nicolas de Neufville.
Mais le dessin dont il n’a pas été trouvé trace sur internet, a été dessiné avant. Wikipedia indiqueen effet [10] :

« En 1681, il crée le maître-autel et le retable du Carmel de Lyon. En 1685, il organise la pompe funèbre du Maréchal Nicolas de Villeroy et dessine le tombeau de celui-ci pour la chapelle des Villeroy . »

Pour terminer notons que Nicolas de Neufville est mort en novembre 1685, sa femme dix années auparavant et que l’exhumation des cercueils et leur convoiement à Lyon au mois de janvier 1686, était un choix sensé.


Tableau généalogique :



[1] l’acte [Archives en ligne de l’Yonne, Vermenton : BMS ( 1681-1690 ) – 5 Mi 1001/ 7 page 136/321] est bien plus lisible sur le registre au permalien :
https://archives.yonne.fr/ark:/56431/vta5347cbe8eea73/img:FRAD089_5MI1001_0007_0136

[2] selon Wikipedia augmenté de quelques mentions. Photos Wikipedia.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_de_Neufville_de_Villeroy

autre lien : Man8rove :
https://man8rove.com/fr/profile/oe2c8yn61-nicolas-de-neufville-de-villeroy

[3] Wikipedia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Ier_de_Cr%C3%A9quy

[4]
https://man8rove.com/fr/profile/a7ihllj6-charles-de-blanchefort-crequy

[5] Wikipedia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_de_Bonne_de_Lesdigui%C3%A8res

[6]
https://man8rove.com/fr/profile/2rjraz2b-francois-de-bonne

[7] Wikipedia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Carmel_de_Lyon

[8] Plus de précisions dans ce lien concernant les Carmes de Lyon :
https://www.patrimoine-lyon.org/secteur_unesco/fourviere/montauban/couvent-des-carmes-dechaussees

[9] Wikipedia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_de_Neufville

[10] Wikipedia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Blanchet

Mention : il est à noter que toutes les sources ne s’accordent pas sur certaines dates, ni sur la numérotation des seigneurs homonymes d’une même lignée. Ainsi sur Wikipédia même, étant sur la page de Nicolas de Neufville, sa femme Madeleine de Blanchefort de Créquy, est dite fille de Charles II de Blanchefort de Créquy, et en cliquant sur le lien, il devient Charles 1er de Blanchefort de Créquy.

Agathe, Jeanne, Jean & Laurent TILLIEN

Agathe, Jeanne, Jean & Laurent TILLIEN



Dans son calendrier, Rétif de la Bretonne célèbre les sœurs Agathe et Jeanne TILLIEN, que l’auteur orthographie TILHIEN. Dans d’autres célébrations, leurs frères Jean et Laurent TILLIEN sont cités. Ce qu’il y a d’intéressant, est que Laurent TILLIEN épousera à Paris une sœur de l’écrivain, et, après leur vie parisienne, ils reviendront à la métairie de la Bretonne. Autre détail intéressant, une copie de leur acte de mariage célébré en la paroisse Saint-Sulpice à Paris, est insérée dans l’original du registre paroissial de Sacy.
Mais tout d’abord voyons les parents de ces quatre enfants TILLIEN :


Les parents :

Les quatre sont fils et filles de :

Léonard TILLIEN, manouvrier, vigneron, laboureur, fournier à Sacy, où il est né le 22 décembre 1688 et y décède le 01 avril 1763. Il a épousé à Sacy le 16 octobre 1714 Reine GUÉRAULT (autres orthographes rencontrées pour l’intéressée : GAIREAUX, GUERIEAU, GUERIAULT), née le 5 juillet 1697 à Sacy, où elle décède le 23 mars 1782.
Le couple a eu 15 enfants, tous ne parviendront pas à l’âge adulte.



Agathe TILLIEN :


Rétif la célèbre dans son calendrier le 1er janvier 1737


Agathe TILLIEN est née à Sacy le 20 mars 1724 où elle décède le 4 juillet 1789.

Elle épouse en premières noces à Sacy le 22 janvier 1748 Germain COUCHAT, cultivateur et vigneron, né à Sacy le 23 octobre 1712 où il décède le 18 février 1754.
De cette union sont nés trois enfants qui parviendront à l’âge adulte. Seuls les deux garçons se marieront et auront une descendance.
Dans l’article des TABY, huguenots du Val-du Puits de Sacy, il a été question de l’un de ces deux fils, nommé Germain COUCHAT comme son père. Il s’est marié en 1777 avec Catherine TABY, descendante des huguenots. Le couple avait recueilli une jeune sœur de Catherine, les deux parents venant de décéder. Le 24 juin 1781, suite à un orage, sept jeune enfants de Sacy sont mort noyés, dont cette sœur de Catherine et un des fils du couple.

Elle épouse en secondes noces à Sacy avec dispense du 3è au 3è degré d’affinité, le 5 février 1771 le veuf de Marie ROUARD (1717-1757), Thomas VÉZINIER, laboureur et tissier à Sacy où il est né le 28 mai 1713 et décède le 20 janvier 1782. Le couple est trop âgé pour avoir des enfants.



Jeanne TILLIEN :


Elle est célébrée dans le calendrier le 28 février 1748.


Jeanne TILLIEN est née à Sacy le 01 septembre 1734, et y décède le13 fructidor an 13 (31.08.1805).

Elle épouse à Sacy le 08 janvier 1754 Edme CHAMPEAU, laboureur, veuf de Marie DISSON (1727-1753). Il est né à Sacy le 17 novembre 1720, il y décède le le 25 avril 1807.

De cette union sont nés sept enfants, cinq d’entre eux parviendront à l’âge adulte, parmi lesquels quatre se marieront et auront des enfants. Une des filles est morte âgée de 20 ans sans avoir été mariée.



Jean TILLIEN :


Il est cité dans le calendrier de Rétif, lors de la célébration du 4 janvier 1738 de « Madeleine Piot ».

« Madeleine Piot a eu dans la suite
de terribles aventure, racontées dans mon École des Pères !
Elle a été mariée malgré elle, a quitté son mari, avant la
consommation, parce qu’elle aimait Jean Tilhien, frère
d’Agathe … »


Jean TILLIEN est né à Sacy le 8 novembre 1715. Il épouse à Nitry le 23 janvier 1748, Catherine PANÉTRAT (Nitry 1721-Nitry 1786). Il s’établit à Nitry où le couple aura trois enfants dont deux parviendront à l’âge adulte. Il est présent à l’enterrement de sa femme en juin 1786, il y est qualifié de manouvrier. Catherine PANÉTRAT est également célébrée dans le calendrier de Rétif.



Catherine PANÉTRAT :


On peut se demander comment Rétif la connaît. Il ne faut pas oublier que le père de l’écrivain est originaire de Nitry, ce qui explique qu’elle ait été servante dans la famille Rétif à Sacy et y ait trouvé son futur mari. Elle est célébrée au 1er janvier 1740.


Catherine PENÉTRAT est née à Nitry le 11 février 1721. Mariée à Jean TILLIEN (voir plus haut), le couple s’établit à Nitry où elle décède le 10 juin 1786.
Elle est la fille de Edme PANÉTRAT, laboureur et manouvrier à Nitry (Nitry vers 1695-Nitry 1724) & de Jeanne PIAT (Nitry 1697-Nitry 1772)



Laurent TILLIEN :


Il apparaît lors de la célébration par Rétif de la Bretonne de Marie DROIN que l’écrivain écrit « DROINC » dans son calendrier à la date du 28 janvier 1743.

« Marie Droinc. sœur cadette de Madeleine, et que
Laurent Tilhien, frère d’Agathe, qui avait six à sept ans
plus que nous, força de nous montrer, à tous, de nous
laisser examiner et toucher sa nudité sexuelle… Hé ! l’on
parle de l’innocence des campagnes ! Il n’y a des mœurs
que chez les gens instruits de la ville et des champs … Si
Marie ne s’est pas perdue, c’est qu’elle avait une bonne
mère, une bonne sœur, une bonne belle-sœur. »


Rétif écrit dans « Monsieur Nicolas » (tome 16) :

« Je me disais, en écrivant [note : le paysan perverti] : « Il ne faut pas mentir !
Qui n’écrit que des mensonges s’avilit soi-même. » Les malheurs de
ma sœur Marie-Geneviève, violée par un prêtre, mariée ensuite à
un cocher de fiacre, me fournirent l’idée de la corruption et des
malheurs d’Ursule… Qu’on imagine à présent comme je devais
être affecté, en écrivant une histoire dont ma sœur puînée et moi-
même étaient la base principale ! »


Laurent TILLIEN est né « Léonard Laurent TILLIN » à Sacy le 9 novembre 1729. Dans l’acte de baptême du 10 novembre, les deux prénoms sont en marge et dans l’acte celui de « Laurent » est entièrement barré. Laurent sera le prénom que l’on rencontrera dans les actes et récits de Rétif. L’année 1729 est manquante dans le registres des copies. Il sera cependant prénommé « Léonard Laurent » en 1792 quand son fils Gabriel Marie sera parrain.
Sa marraine est Marie RÉTIF, fille du premier mariage du père de l’écrivain. Ce dernier, Lieutenant de Sacy, signera l’acte de baptême.

Il épouse paroisse Saint-Sulpice à Paris (Paris 06 de nos jours) le 24 septembre 1772 Marie Geneviève RÉTIF, sœur de l’écrivain. Elle est née à Sacy le 26 décembre 1738, fille donc de Edme RÉTIF « l’honnête homme » et de Barbe FERLET « Bibi ».
La chance est qu’une copie de cette acte de mariage a été insérée dans l’original du registre paroissiale de Sacy.


Transcription de l’acte de mariage :


« EXTRAIT des Registres des mariages
de l’Église Paroissiale de SAINT SULPICE,
à Paris,

LE vingt quatre septembre mil sept cent soixante douze à
été célébré le mariage de laurent Tillien Bourgeois agé de quarante
deux ans veuf de marie Catherine poirin, et de marie genevieve Retif agée
de trente trois ans fille de defunts Edme retif lieutenant de Sacy
et barbe ferlet, les deux parties de cette paroisse l’époux depuis plusieurs années
rue mazarine, l’épouse rüe des cannettes depuis quinze jours vivant trois
mois a Sacy, et auparavant sur cette paroisse depuis plusieurs années
trois bans publiés en cette eglise, et un en celle de Sacy sans opposition,
dispense des deux autres obtenüe de Me levéque d’Auxerre en date du quatre de
ce mois, insinuée et controlée le meme jour fiançailles faites hyer, presens
et temoins du coté de l’epoux francois jaunant loueur de carrosses
rüe dauphine paroisse St andré des ares ; pierre dondaine loueur de
carrosses rue des Canettes du coté de l’épouse Edme dondaine
loueur de carrosses rüe du petit lion, jean Gauthier bourgeois
rüe de l’arbre sec, paroisse St Germain l’auxerrois, qui tous ont certifié
le domicile comme dessus et la liberte des parties, et ont signé
ledit mariage celebré du consentement de me le Curé de Sacy.
[ratures]

Collationné à l’Original, par moi soussigné, Prêtre
Vicaire de ladite Paroisse. A Paris, ce vingt cinq
du mois de septembre de l’année mil sept cent soixante et douer.
[signe] L. De Bertrand »

Cet acte est intéressant à plus d’un titre :

Laurent TILLIEN lors de ce mariage était veuf de Marie Catherine POIRIN. Nous n’avons absolument rien sur elle, décédée peut-être à Paris. Aucun relevé ne la connaît.

Nous avons là encore un exemple de cet exode sur Paris des habitants de la campagne. Plusieurs autres exemples ont déjà été relevés dans différents articles sur les gens de Sacy et la famille de Rétif. Dans le cas présent, Laurent TILLIEN et sa femme Marie Geneviève RÉTIF reviendront habiter à la métairie familiale de la Bretonne.
Les DONDAINE témoins à ce mariage ont très certainement une origine familiale à Sacy. L’absence de renseignements les concernant dans cet acte de mariage ne permet pas de les identifier. Nous retrouvons bien Edme et Pierre DONDAINE loueurs de carrosses dans des actes notariés à Paris où ils sont peut-être nés, mais rien sur leur état-civil.

Il n’est pas aisé de déterminer la date du retour du couple à la métairie de la Bretonne. Pierre RÉTIF, frère de Geneviève et de l’écrivain, avait repris la métairie de la Bretonne, mais est décédé en 1778. Sa veuve, Françoise PIOCHOT y demeure toujours, elle déclarera en 1794 le décès à la Bretonne de son fils Edme Étienne RÉTIF dit dans les récits de l’écrivain « Edmond le pulmonique », marié avec sa cousine germaine fille de l’écrivain, Jean Thomas Marie Anne dit Marianne dite Marion RÉTIF. L’écrivain avait formé à Paris son gendre au métier d’imprimeur.
en 1785 Laurent TILLIEN est parrain à Sacy. Il est qualifié par deux fois de « bourgeois. Une première fois à Sacy le 05 septembre 1785, la seconde quand son fils Gabriel Marie TILLIEN est parrain le 13 octobre de la même année. Il semble donc à cette date être revenu en famille à Sacy, mais si tel est le cas, pas depuis longtemps, comme peut le laisser penser cette qualification de « bourgeois ».

De son premier mariage, nous ne savons pas si Laurent TILLIEN a eu des enfants. Le cas échéant, ils sont certainement morts puisqu’on ne les retrouve pas par la suite à Sacy.

De son mariage avec Marie Geneviève RÉTIF, il a pu avoir des enfants qui sont nés et décédés à Paris. Quand le couple revient à Sacy, les actes paroissiaux et d’état-civil en recensent deux (leur filiation est bien mentionnée dans des actes).

  • François Auguste TILLIEN est né à Paris le 27 janvier 1775 (selon son âge précis dans son acte de mariage. Il aurait été plus judicieux d’indiquer sa date de naissance !).
    Il a vécu assez longtemps pour recevoir la médaille de Sainte-Hélène attribuée aux soldats toujours en vie en 1857, ayant servi dans le Grande Armée pour les campagnes de 1792 à 1815.
    Il a épousé à Accolay le 30 octobre 1797 Agathe CHARREAU (née à Accolay le 25 septembre 1777- décédée à Sacy le 8 octobre 1848).
    François Auguste TILLIEN demeurait en 1825 à la métairie de la Bretonne. Y demeurait-il encore lorsqu’il est qualifié de « cultivateur » dans un acte en 1837, « buraliste » à la même date et « ancien buraliste » à son décès en 1860 ?
  • Gabriel Marie TILLIEN. Il est né sans doute à Paris. Nous ne savons rien sur lui. Il est parrain en 1795 à Sacy ainsi qu’en 1792 (l’acte indique sa filiation complète). Sa trace est perdue après cette date, aucun relevé généalogique ne le cite.

Laurent TILLIEN décèdera à la Bretonne le 28 octobre 1795. Sa veuve Marie Geneviève RÉTIF, décèdera également dans la métairie familiale le 14 juin 1825.

(3) Claude BÉRAULT « Seigneur de la Loge de Sacy »

(3) Claude BÉRAULT « Seigneur de la Loge de Sacy »


Il existe plusieurs Claude BÉRAULT à Auxerre dans les années 1560. Mais seuls deux nous intéressent qui ne peuvent être confondus avec les autres. Rien ne permet de les lier généalogiquement entre eux, nous atteignons en effet les limites de ce que peuvent nous apporter les actes paroissiaux qui nous sont parvenus et les actes notariés qui ont été relevés ne le permettent pas. Tous les deux sont présents sur des mêmes actes et sont liés à Sacy.

Pour les différencier, un chiffre sera adjoint à leur nom.


Claude BÉRAULT (1)


Claude BÉRAULT (1) : Licencié en lois (1538) : avocat au bailliage d’Auxerre (1538-1572), maire d’Auxerre (1568), Seigneur de Maunoir (1576). Il est décédé entre 1572 & 1575.
– Il a été marié d’abord à X JACQUEMAIN (fille de Jean JACQUEMAIN & Anne DE JARS tous deux décédés avant 1559) et qui a une sœur Avoie JACQUEMAIN qualifiée de Dame de Bréau, titre qu’elle acquerra par l’un de ses mariages.

Du mariage de Claude BÉRAULT (1) & de X JACQUEMAIN est issu :
Antoine BÉRAULT marchand à Sacy en 1559, comme l’atteste cet acte notarié :

« Le 23 novembre 1559, devant Pierre Leclerc, notaire à Auxerre, Antoine Bérault, marchand à Sacy, a cédé à son père Claude Bérault, avocat à Auxerre, tous les droits qu’il possède sur la succession de sa défunte mère, première femme dudit Claude Bérault et fille des défunts Jean Jacquemain et Anne de Jars, ceci en présence de sa tante Avoie Jacquemain (veuve en premières noces de Philebert Duvoigne et femme en secondes noces de François Grasset) » [AD 89, 3 E 6-320].

Cependant aucun acte ne permet de le relier aux BÉRAULT connus de Sacy.

Claude BÉRAULT (1) a ensuite été marié avant 1555 avec Marie NIORE ou MORÉ selon les actes la citant. Plusieurs enfants sont nés de cette union mais sont restés sur Auxerre.


Selon Étienne MEUNIER [déjà cité dans le volet (2) de la Loge], Claude BÉRAULT (1) a un frère Pierre BÉRAULT marchand à Sacy. Malheureusement l’acte certainement notarié qui qualifie Pierre BÉRAULT de marchand à Sacy en 1571 (Étienne MEUNIER indique seulement que Pierre BÉRAULT est décédé après 1571) n’est pas référencé. Le manque d’éléments dans les actes paroissiaux de Sacy qui nous sont parvenus ne permettent pas non plus de relier ledit Pierre BÉRAULT à ces actes, ou dit d’une autre manière, de l’identifier parmi ces actes. Il est à noter que des BÉRAULT de Sacy dans ces années exercent des fonctions importantes.


En 1551 à Sacy nous avons le baptême d’un Pierre BÉRAULT fils Pierre, les nom et prénom de la mère ne sont pas indiqués. L’acte en latin est très sommaire. [Sacy : BM ( 1538-1643 ) – 5 Mi 709/ 3, page 28 droite, dernier acte].


Claude BÉRAULT (2)


Claude BÉRAULT (2) : marchand (1571,1578), sergent major pour le fait de guerre à Auxerre (1589), sergent major (1595, 1696), voyer (officier chargé des voies publiques) au bailliage et comté d’Auxerre (1584-1614) ; voyer pour le Roi en la ville et bailliage d’Auxerre (1605).
Il s’est marié avec Guillemette DUBROC avant le 26 juillet 1571 (date à laquelle dans un acte de baptême, Guillemette DUBROC, marraine de l’enfant est dite femme de Claude BÉRAULT)


Guillemette DUBROC est fille de Guillaume DUBROC Seigneur des Granges, décédé à Notre-Dame-la-d’Hors à Auxerre le 24 12 1605 (Avocat au bailliage (1557-1563) ; bailli de Varzy, Gy et Sacy (1560) ; Lieutenant criminel au bailliage d’Auxerre (1568-1584) ; docteur en droit (1560-1582), devenu protestant (1566), il abjure avant avril 1574) et de Edmée de la FONTAINE décédée après 1605.

Quelques mots sur Guillaume DUBROC / DU BROC :

  • Le 29 septembre 1566, le lieutenant criminel Guillaume Dubroc dit Couroy, devenu protestant, a fait partie de ceux qui ont fait inspecter les fortifications d’Auxerre à François de Coligny, sieur d’Andelot, dans le but de préparer une attaque de la ville par les troupes huguenotes [Lebeuf, Histoire de la prise d’Auxerre par les huguenots, page 106, note e].
  • Le 11 juin 1568, après le départ des soldats huguenots ayant occupé Auxerre du 27 septembre 1567 au 14 avril 1568, et après le massacre et l’expulsion des protestants de la ville le 25 avril 1568, une commission d’enquête catholique dirigée par l’avocat Edmé Bougault, assisté des procureurs Louis Marie, Nicolas Boyrot et Pierre Thierry, a fouillé le domicile du lieutenant général protestant Jacques Chalmeaux, en sa présence, puis, au cours du même mois de juin, les maisons du lieutenant criminel Guillaume Dubroc et de l’avocat du roi Etienne Sotiveau, tous deux protestants eux aussi, en leur présence également [Lebeuf, Histoire de la prise d’Auxerre par les huguenots, page 173].
  • Les 15 juin et 25 juin 1568, les chanoines du chapitre de la cathédrale d’Auxerre ont résolu de faire présenter les protestants Jacques Chalmeaux (lieutenant général), Guillaume Dubroc (lieutenant criminel), et Etienne Sotiveau (avocat du roi), ceci par Nicolas Tribolé, procureur et conseiller du chapitre [Lebeuf, Histoire de la prise d’Auxerre par les huguenots, page 173].
  • Le 13 juillet 1568, les chanoines d’Auxerre ont chargé messieurs (Antoine) Brissart et (Pierre) de Beaulieu d’aller récupérer quelques titres de la cathédrale chez le lieutenant criminel (Guillaume) Dubroc, et quelques ornements d’Église chez (Mathias) Bérault [Lebeuf, Histoire de la prise d’Auxerre par les huguenots, page XXXIII].
  • Le 12 novembre 1568, le sieur (Guillaume) Dubroc a rendu aux chanoines d’Auxerre un livre en parchemin intitulé Gesta pontificum, qui a aussitôt été mis au trésor de la cathédrale [Lebeuf, Histoire de la prise d’Auxerre par les huguenots, page XXXIV].
  • Le 28 février 1569, le parlement de Paris a lancé un mandat d’arrêt contre Guillaume Dubroc dit Couroy, et contre d’autres huguenots de l’Auxerrois ayant pris les armes contre le roi Charles IX, ordonnant qu’ils soient tous reclus à Auxerre et passés en jugement [AN, X / 2a / 137, folio 224 verso].
  • Le 7 mai 1569, à la cour du parlement de Paris, est comparu Guillaume Dubroc, lieutenant criminel à Auxerre, accusé de professer « la nouvelle prétendue religion » et emprisonné à la Conciergerie à la demande du procureur général du roi et de son substitut à Auxerre, lequel comparant a été déchu de son office de lieutenant criminel et interdit de séjour en ladite ville d’Auxerre, ceci jusqu’à nouvel ordre, étant toutefois remis en liberté et autorisé à élire domicile à Paris chez maître Jacques Robert, procureur en ladite cour du parlement, choisi par lui comme son représentant devant les magistrats [AN, X / 2a / 138, folios 14 verso & 15 recto].
  • Le 26 avril 1574, au château de Vincennes, le roi Charles IX, se méfiant des huguenots nouvellement convertis au catholicisme, a écrit au corps municipal d’Auxerre pour lui ordonner de ne confier la garde d’aucune porte de la ville à Guillaume Dubroc, bien que ce dernier ait été rétabli dans sa charge de lieutenant criminel d’Auxerre depuis sa récente abjuration [Lebeuf, Histoire de la prise d’Auxerre par les huguenots, pages 201, 202 & XLIV, XLV].
  • En 1587, maître Germain Leclerc, époux de Germaine Colinet et fils de Germain Leclerc et de Marthe Fauleau, a succédé à Guillaume Dubroc au poste de lieutenant criminel au bailliage et siège présidial d’Auxerre [BM Auxerre, manuscrit 287 P, folio 16 verso]. Sources : LA FAMILLE DUBROC À AUXERRE AVANT 1600 © Pierre Le Clercq (2004) Société généalogique de l’Yonne.
  • Le 24 décembre 1605, en la paroisse Notre-Dame-la-d’Hors à Auxerre, est décédé Guillaume Dubroc dit Couroy [AM Auxerre]. Sources : LA FAMILLE DUBROC À AUXERRE AVANT 1600 © Pierre Le Clercq (2004) Société généalogique de l’Yonne.


Revenons au gendre de Guillaume DUBROCQ.

Claude BÉRAULT (2) demeure dans la paroisse Notre-Dame-la-d’Hors à Auxerre.
Plusieurs actes notariés permettent de déterminer sa filiation :

  • Le 06 avril 1569 un acte où est présent l’avocat Claude BÉRAULT (1) concernant la succession de Claude BÉRAULT qui sera numéroté (3) pour le différencier des deux autres. Disons le de suite, Claude BÉRAULT (3) est le père de Claude BÉRAULT (2).
    Cet acte cite Sébastienne MICHAU veuve de Claude BÉRAULT (3) marchand à Cravant.

« Le 6 avril 1569, devant Pierre Leclerc, notaire à Auxerre, en présence du sergent royal Germain Callard et du procureur Guillaume Jannequin, domiciliés à Auxerre, sont comparus l’avocat Claude Bérault et le procureur Etienne Bérault, vivant eux aussi à Auxerre, ainsi que Sébastienne Michau, veuve de feu Claude Bérault, ancien marchand à Cravant, lesquels ont fait dresser l’inventaire des pièces que, grâce à l’avocat Jean Mire et au procureur Jean Talon, tous deux attachés à la cour du parlement de Paris, ils ont récupéré auprès de maître Philippe Girard, procureur au grand conseil, successeur de feu maître Louis Carton, pièces qu’ils avaient envoyées en 1559 audit maître Louis Carton, leur procureur au grand conseil à Paris, pour défendre les comptes de la ferme de Saint-Moré, Voutenay-sur-Cure et Précy-le-Sec cédée audit défunt Claude Bérault par le cardinal de Meudon, abbé de Vézelay, mort depuis lors, comptes contestés à l’époque par Jean Canet, receveur des aides et des tailles de Vézelay [AD 89, 3 E 6-326] ».

  • L’acte du 06 août 1569 qui suit, fait état de la location d’une chambre sur la paroisse de Notre-Dame-de-la-d’Hors par « l’honorable homme Claude BÉRAULT, marchand résidant en ladite ville d’Auxerre ». C’est dans cette même paroisse d’Auxerre que demeure Claude BÉRAULT (2).

« Le 6 août 1569, devant Pierre Ragot, notaire à Auxerre, en présence des honorables hommes maîtres Germain Boyrot et Germain Trébuchet, procureurs au bailliage d’Auxerre, est comparu l’honorable homme Claude Bérault, marchand résidant en ladite ville d’Auxerre, lequel a reçu en location pour deux ans de l’honnête femme Françoise Richer, veuve d’Hervé Lefoul et belle-soeur de François Picard (époux de Jeanne Richer), domiciliée elle aussi à Auxerre, une chambre basse avec cuisine, cave, grenier, étable et vinée, le tout situé près du cimetière de l’église Notre-Dame-la-d’Hors à Auxerre et moyennant un loyer annuel de douze livres tournois [AD 89, 3 E 7-323, acte n° 47] ».

  • L’acte du 04 septembre 1569 qui suit concerne le partage après décès des biens laissés en héritage par Claude BÉRAULT (3) marchand à Cravant à ses deux fils Claude BÉRAULT (2) et Geoffroy BÉRAULT ses fils, tous deux marchands à Auxerre. L’avocat Claude BÉRAULT (1) est présent dans cet acte. Les deux fils de Claude BÉRAULT (3) sont donc marchands à Auxerre, ce qui est déterminant pour leur identification.

« Le 4 septembre 1569, devant Pierre Leclerc, notaire à Auxerre, en présence de l’avocat maître François Le Brioys et du marchand Jean Félix, domiciliés à Auxerre, a été effectué le partage après décès des biens laissés en héritage par le défunt honorable homme Claude Bérault, marchand à Cravant, ceci entre ses deux fils Claude Bérault et Geoffroy Bérault, tous deux marchands à Auxerre, accompagnés et conseillés par les honorables hommes maître Claude Bérault, avocat, et maître Etienne Bérault, procureur au bailliage et siège présidial d’Auxerre [AD 89, 3 E 6-326] ».

  • L’acte du 11 avril 1570 ci-après, rassemble « honorable homme Claude BÉRAULT marchand à Auxerre » donc Claude BÉRAULT (2) avec « noble homme maître Guillaume DUBROC seigneur des Granges », Edmée de la Fontaine et son père « noble homme François de la FONTAINE ».
    Nous savons que Claude BÉRAULT (2) a épousé avant le 26 juillet 1571 Guillemette DUBROC fille de Guillaume DUBROC. Edmée de la FONTAINE est la femme dudit Guillaume DUBROC.

« Le 11 avril 1570, devant Pierre Leclerc, notaire à Auxerre, en présence de maître Edmé Liger, procureur au bailliage et siège présidial d’Auxerre, et de Germain Chasneau, marchand à Auxerre, sont comparus le noble homme maître François de La Fontaine et sa fille Edmée de La Fontaine, domiciliés eux aussi à Auxerre, agissant au nom de l’honorable homme Claude Bérault, lui aussi marchand à Auxerre, ayant acquis le droit du noble homme maître Guillaume Dubroc, seigneur des Granges (et mari de ladite Edmée de La Fontaine), lesquels comparants ont vendu à Robert Pourcin, marchand à Sainpuits, la quantité de 146 bichets de blé selon la mesure d’Entrains, composée par tiers de froment, d’orge et de seigle, ceci moyennant le prix de 11 sols tournois par bichet vendu [AD 89, 3 E 6-326] ».

  • Les actes qui suivent ne font que confirmer la qualité de marchand de Claude BÉRAULT (2) marié à Guillemette DUBROC.

« Le 26 juillet 1571, en l’église Notre-Dame-la-d’Hors, à Auxerre, a été baptisée Anne Léger, fille de maître Edmé Léger, procureur au siège présidial d’Auxerre, et d’Antoinette Chasneau. Son parrain a été maître Jean Girard (ou Gisard), avocat du roi audit siège présidial ; ses deux marraines ont été Anne Seurrat, femme de maître François Le Prince, procureur pour le roi au même siège, et Guillemette Dubroc (ou Le Broc), épouse du marchand Claude Bérault [AM Auxerre, registre GG 5] ».

«  Le 11 février 1578, en l’église Notre-Dame-la-d’Hors, à Auxerre, a été baptisée Germaine Delavau, fille de maître Edmé Delavau, avocat au siège présidial d’Auxerre, et d’Edmée Blondeau. Son parrain a été maître Jean Leclerc, lui aussi avocat audit siège présidial ; ses marraines ont été Germaine Petitfou, femme de maître Claude Rousselet, enquêteur au même siège,et Guillemette Dubroc (ou Lebroc), épouse de l’honorable homme Claude Bérault [AM Auxerre, registre GG 5] ».

« Le 2 juin 1581, en l’église Notre-Dame-la-d’Hors, à Auxerre, a été baptisée Guillemette Desprez, fille du tailleur d’habits Nicolas Desprez et de Guillemette Poullet (ou Pollet). Son parrain a été Etienne Berber, sergent royal au bailliage d’Auxerre ; ses marraines ont été Guillemette Dubroc, femme de l’honorable homme Claude Bérault, marchand, et Germaine Poullet (ou Pollet), fille de Grégoire Poullet (ou Pollet), lui aussi sergent audit bailliage [AM Auxerre, registre GG 5, folio 22 recto] »

  • Le 28 décembre 1578 est baptisé Geoffroy BÉRAULT fils de Claude BÉRAULT (2) et de Guillemette DUBROC. La marraine est Léonarde SYMONET veuve de Geoffroy BÉRAULT qui ne peut qu’être le frère de Claude, tous deux cités dans les actes de succession de leur père de Cravant.


Il ne fait aucun de doute que Claude BÉRAULT « Seigneur de la Loge de Sacy » soit le fils de Claude BÉRAULT marchand de Cravant et de Sébastienne MICHAU(T).


Douze enfants du couple Claude BÉRAULT (2) & Guillemette DUBROC ont été relevés.

Quatre enfants seulement du couple sont identifiés comme mariés. Ce sont :


Edme BÉRAULT


Edme BÉRAULT : son baptême n’a pas été trouvé. Il est décédé avant le 09 juin 1665. Il a épousé avant 1623 Marie CHALMEAU puis avant octobre 1645 Marie SOUFFLOT. Il est qualifié dans les actes paroissiaux de « Noble » Il s’est installé à Irancy en tant que « Contrôleur de la Maison de la Reine Marguerite de Valois ».
Marguerite de Valois (14 05 1553-27 03 1615) fille du Roi Henri II et de Catherine de Médicis, mariée à Henri de Navarre futur Henri IV, elle deviendra Reine de France. Sur la demande de son mari et avec l’accord du Pape, elle se démarie en 1559. Sources : Wikipedia.


Olivier BÉRAULT


Olivier BÉRAULT a été baptisé le 04 novembre 1576 à Notre-Dame-la-d’Hors d’Auxerre, s’est marié en novembre 1605 (contrat de mariage du 16 novembre 1605) avec Marie LECLERC. Il s’est remarié avec Philiberte REGNARD / RENARD. Il est décédé après le 05 mars 1658.

Il est qualifié dans les actes paroissiaux de « Noble »
Il s’est installé à Noyers en tant que « Avocat au parlement (1624, 1625), procureur du Roy à Noyers (1643) »

Le 19 mai 1624 à Sacy, il sera le parrain de « Anne » petite cloche à sonner la passion de l’église de Sacy, la marraine en étant Jeanne DEGAN fille de René DEGAN, écuyer, seigneur de Courtenay en Vermenton, hameau situé à environ 550 mètres de la Loge.

Le 08 août 1642, il donne la Métairie de la Loge de Sacy au Collège des Jésuites d’Auxerre « pour en augmenter le revenu » (voir articles précédents).

Philiberte REGNARD sa femme, entre 1628 et 1643 sera marraine six fois à Sacy et en 1645 elle sera aussi la marraine de Philiberte Edmée fille de Edme BÉRAULT (frère de son mari) et Marie SOUFFLOT.

Henry BÉRAULT fils du premier mariage d’Olivier, sera deux fois parrain à Sacy en 1625, dont une fois pour un enfant BÉRAULT. Il sait signer, il est déjà adulte, ce qui le différencie de son demi-frère.

Henry (ou Hely) BÉRAULT fils d’Olivier et Philiberte REGNARD sera parrain en 1633 de Henri MINÉ enfant né à la Loge de Sacy. Vu son bas âge, il est représenté par un adulte. Si le nom de l’enfant baptisé est bien Henry, celui du parrain semble être Hely. [Archives en ligne de l’Yonne, Sacy : BM ( 1538-1637 ) – 5 Mi 709/ 2, page 164/273 droite, dernier acte], permalien :
https://archives.yonne.fr/ark:/56431/vta533d06fab9a38/img:FRAD089_5MI0709_0002_0164


Philippe BÉRAULT


Philippe BÉRAULT est né le 05 septembre 1588 dans la paroisse de Notre-Dame-la-d’Hors d’Auxerre, où il a été baptisé le même jour. Il s’est marié en février 1614 (contrat de mariage du 08 février 1614) avec Colombe LECLERC.
Il est resté à Auxerre en tant que « Voyer au bailliage d’Auxerre (1618-1619), voyer pour le Roi (1619-1659), voyer pour le Roi au comté d’Auxerre (1662) ». Il a donc repris une ces fonctions de son père.

Guillemette BÉRAULT sa fille est marraine en 1628 à Sacy d’un enfant BÉRAULT. Dans cet acte Philippe BÉRAULT est qualifié de « Noble» et de « Voyer pour le Roi à Auxerre ».


Marie BÉRAULT


Marie BÉRAULT a été baptisée le 23 décembre 1590 à Notre-Dame-la-d’Hors d’Auxerre. Elle s’est mariée avec Joseph LE MUET (ou LEMUET) de la famille très influente des LE MUET. Le couple est établi dans la paroisse Saint-Eusèbe d’Auxerre.
Joseph LE MUET est qualifié dans les actes de « Marchand à Auxerre (1618-1628, receveur des décimes (1629-1653), contrôleur au grenier à sel de Vézelay (1645-1658), conseiller du Roi (1645-1658) ». Selon Dugenne, Dictionnaire de l’Yonne, t. II, p. 943 il est qualifié de « Marchand, Juge consul à Auxerre et contrôleur au grenier à sel d’Auxerre 1643 ».

Dans son excellent article sur les « Familles Seigneuriales Dionziaises », « Famille LE MUET », l’auteur Didier CHABROL cite Claude BÉRAULT comme « sgr de la Loge ».
http://www.terres-et-seigneurs-en-donziais.fr/wp-content/uploads/2023/11/Le-Muet.pdf


Notes :
Tous les détails des actes paroissiaux cités sont consignés sur Geneanet.
Tous les actes notariés cités ont été relevés par Pierre Le Clercq, président depuis des décennies de la Société Généalogique de L’Yonne.

Jeanne PRÉAU (Essert 1901-Paris 1994). MÉMOIRES

Jeanne PRÉAU (Essert 1901-Paris 1994). MÉMOIRES

Mon père (Félix Amable, dit Octave Préau, 1880-1915) a donc rencontré maman (Berthe Piault, 880-1957) et puis, qu’est-ce que tu veux, ils se sont aimés. Seulement – maintenant on trouverait ça drôle – mais à l’époque il ne fallait pas avoir connu de femme, ou d’homme, avant le mariage. Il fallait se marier vierge. Remarque que c’était très bien, n’est-ce pas ? Seulement, autres temps autres mœurs, je ne juge personne. Donc un jour de mois d’avril, eh bien ils se sont rencontrés je ne sais pas où ni comment, toujours est-il qu’un jour ma mère a été obligée de dire à sa mère (Eugénie Bourdillat, 1845-1918) qu’elle était enceinte. Ça a fait du bruit ! La famille Piault, tu te rends compte ? La pauvre maman, elle a dû pleurer toutes les larmes de son corps ! Enfin maman s’est mariée en noir et on a fait une petite noce évidemment. Maman était enceinte de six mois. Et voilà qu’un soir je dis à mes parents : « maman, je n’ai jamais vu ta couronne de mariée, où est-ce que tu l’as mise ? » J’ai été très grondée. Mon père a dit : « moi, d’abord, j’ai toujours détesté ça, une espèce de couronne avec des fleurs en cire qu’on met sur sa tête, c’est affreux ». Maman s’est mise à pleurer. « Je te demanderai de ne jamais reparler de ça, je te le défends ». Je ne leur en ai jamais reparlé. Moi je ne savais rien, naturellement.

Mais ils ont été très heureux. Ils ne pensaient que l’un à l’autre. Mon père et ma mère ne se quittaient jamais, elle était tout le temps avec lui. Elle travaillait tellement que quand la sage-femme a vu l’enfant qui naissait (j’ai été accueillie à terme, je suis née le 23 décembre 1901) elle a dit : « eh ben, si on la tire, celle-là… Autant un chat écorché ! ». C’est grand-mère Nathalie (Joséphine Berault, 1857-1935) qui m’a raconté ça. Elle a grondé maman ! Et elle a dit : « vous savez, monsieur Préau, si jamais on la tire, votre femme… Ce sera bien de votre faute, parce qu’elle a les os et la peau, et la petite aussi ! »

Octave Préau, Berthe Piault, Lucienne Préau, 1909 :


Après la naissance d’Aline (Aline Préau, 1904-1939), avec grand-mère Nathalie très occupée avec maman qui était obligée de rester couchée, et avec ma petite sœur, moi on m’a confiée à une institutrice d’Essert qui s’appelait madame Bruley. C’était une veuve d’officier. Son mari avait été tué à la guerre. Elle avait des diplômes et avait demandé à être institutrice dans un petit village. Elle s’est beaucoup occupée de moi. Je te dirais que j’avais peut-être trois ans, mais je me rappelle beaucoup comme j’étais bien chez elle. Elle savait bien m’amuser. Elle me donnait à manger, elle me donnait des friandises… J’étais heureuse ! jusqu’à trois ans j’étais très heureuse. Je me souviens encore, j’étais sur ma grande chaise, je cognais une fourchette sur la table et je disais : « Alala… Talala… Talala… » : je voulais de la salade !

J’étais chez madame Bruley pendant qu’on a élevé ma petite sœur, avant qu’on la tire, et maman aussi, pendant environ deux ans, deux ans et demi, le temps qu’elles se remettent toutes les deux. À la campagne on avait de très bons fruits et légumes : maman s’était remise, et bien remise, et ma sœur Aline a toujours été très délicate.

Lucienne, Jeanne, Aline Préau, 1911 :


Étant tout le temps grondée, je me suis renfermée complètement, je ne parlais presque plus après la naissance d’Aline. C’est vrai qu’elle était si jolie ! Elle était jolie comme tout. Très frisée, blonde. C’était ton grand-père, Papy (Julien Sautereau), qui était très blond. Elle était blonde avec un reflet roux, les cheveux très très frisés au point qu’elle se peignait avec un peigne de fer. Elle avait les cheveux crépus comme un nègre. Beaucoup de mal à se coiffer. Elle était si mignonne !

Et puis moi j’avais toujours cet œil qui s’en allait dans le coin, c’est pas de ma faute ! Grand-mère Nathalie disait « elle ressemble à ma grand-tante religieuse qui avait un œil comme ça ». Maintenant ça ne me gêne plus, mais étant jeune ça me gênait beaucoup parce que j’étais tout le temps grondée. On me disait : « Jeanne ! Regarde droit ! ». Et j’essayais de regarder droit. Tu vois, je regarde droit en ce moment ? Eh bien pour moi il me semble que je louche quand je regarde comme ça. Alors j’essayais de faire ça quand on me photographiait.

Jeanne Préau, 1909 :


J’étais grondée tout le temps. Mon père (qui plaisantait) rentre, j’étais en train d’essuyer la vaisselle. Il dit : « elle essuie une écuelle neuve, je vous parie qu’elle va la casser ! ». Crac ! j’ai fait tomber l’écuelle.

J’étais tout le temps grondée. Ma mère était pareille, ils disaient toujours l’un comme l’autre. Toujours ma sœur avait raison. Je me souviens d’un soir, j’avais peut-être une dizaine d’années, j’étais partie m’amuser. Je reviens au crépuscule. On buvait de l’eau avec une casse dans un seau. Je bois. Maman dit « c’est toi mon Lili ? Tu as bien soif ! ». Les larmes aux yeux je m’en vais, jamais elle ne m’avait parlé comme ça ! Lili, c’était Aline.

Je n’ai pas eu une enfance heureuse. Après mon père a été tué à la guerre et je suis toujours allée aux champs et partout… Et j’étais grondée tout le temps, encore après la mort de mon père. Un jour grand-père Anselme (Anselme Piault, 1846-1922) et grand-mère Génie (Eugénie Bourdillat, 1845-1918) coupaient, dans le champ de la vallée, du grain je crois. Et ils me disent : « Tu gardes la vache en bas. Attention ». Alors moi, à huit ans… La vache était tranquille, bien sûr. Elle avait pris la manche du gilet de grand-père qu’elle était bien en train de mâchouiller. Après, la grand-mère : « oh ! La vache ! La vache
qui mange le gilet de grand-père ! ».

Anselme Piault et Eugénie Bourdillat, 1909 :


Mais j’étais tout le temps grondée ! Une fois, plus âgée, mes vaches devaient passer par un chemin où il y avait des betteraves de chaque côté. J’ai eu de la peine, mais elles n’ont pas pris de betteraves. Je redescends, et tante Claire (Claire Joublin, 1884-1977, épouse de Charles Piault) m’a bien grondée, elle m’a dit que j’avais laissé mes deux vaches manger ses betteraves. On a su plus tard que c’étaient les vaches de chez madame Berault, les fermiers, qui avaient mangé les betteraves. J’étais tout le temps grondée, on disait tout le temps que j’avais tort.

Claire Joublin :


J’avais peut-être dix ans, mes parents étaient dans la grange. J’y vais et je dis : « Est-ce que je peux vous aider ? Je peux peut-être moudre des betteraves ? » (on mettait les betteraves dans un instrument, on tournait une manivelle et la betterave tombait en lamelles. On mélangeait les betteraves moulues avec des « balles », qu’on appelait, d’avoine ou de blé, ensuite on donnait ça aux vaches et ça leur donnait beaucoup de lait. Avec de la paille hachée, aussi. On appelait ça un « mélange »). Alors j’entends : « Alors, y’a pas moyen ? Tu peux pas rester à la maison ? Ah, c’est quand même malheureux qu’on ne puisse pas être cinq minutes tous les deux tout seuls ! ». Je suis partie en pleurant. J’avais voulu rendre service et j’étais bonne à rien !

Un jour je menais les vaches au champ. J’avais huit ans, bientôt dans mes neuf ans. J’étais avec un des garçons du pays qui s’appelait Julien Chaudron. Moi, j’avais envie d’avoir de la viorne. C’est une plante qui grimpe aux arbres, qui fait un peu comme la glycine et qui fleurit blanc. Et j’en avais envie pour me faire une couronne. Alors Julien (on était à peu près du même âge) dit : « attends, je vais te la tirer ». Et pendant ce temps-là nos deux vaches se sont battues. Il y avait une vache qui avait perdu une corne, une fois, l’humeur s’était mise dedans et on avait été obligés de l’abattre. Alors mon père avait dit : « si jamais tu revenais avec une vache qui ait une corne en moins, tu sais que tu prendrais quelque chose ! ». J’avais si peur de mon père, je me précipite pour séparer ces deux vaches qui se battaient. Je me mets entre les deux bêtes. J’ai eu la jambe écrasée. Elle était complètement écrasée au milieu, une fracture ouverte, et une seconde fracture plus haut. Alors je me lève et crac ! Ma jambe, elle s’est pliée ! C’est cette jambe-ci. On ne le voit pas beaucoup, mais il y a un trou. J’avais l’artère presque tranchée.

Julien se met à courir au village en criant : « au secours ! au secours ! ». Quand on m’a redescendue, si vous saviez ce que j’ai souffert ! Le téléphone n’existait pas, on a couru en vitesse à Vermenton chercher un jeune docteur, le docteur Béliard. Il a dit : « allez me chercher tous les hommes du pays. Ils vont se relayer. Il faut qu’ils appuient sur l’artère parce qu’elle perd tout son sang ». Alors voilà mon père que je vois, qui avait les larmes aux yeux ! Alors je lui dis : « papa, tu m’aimais donc ? ». Ça leur a fait quelque chose ! « Je croyais que vous ne m’aimiez pas », que je leur ai dit. Parce que j’étais tout le temps battue. Il n’a pas répondu.

Le docteur m’a mis des attelles. J’ai passé une de ces nuits ! Le docteur a dit : « la jambe est tellement abîmée, il y a une première fracture, il faut que je la redresse ou elle va rester tordue ». Il l’a redressée. J’ai souffert cette nuit-là ! j’ai souffert ! Si vous saviez ! Je ne disais rien, je gémissais malgré moi. La première nuit, après qu’il ait remis les os et qu’il ait arrangé ça de son mieux, j’étais dans une chambre où je me débattais dans du fil… Je ne peux pas vous dire ce que j’ai souffert. Et je ne disais rien ! Si je me suis plainte c’est en dormant, avec la fièvre. J’avais tellement peur de mon père. Tous les jours le docteur revenait. Au bout du troisième jour c’était déjà repris. Et puis par la suite ça s’est remis. Mon père, qui était très adroit, m’a fait deux béquilles. Moi je m’appuyais très bien sur l’autre jambe. Je m’amusais, je sautais, … Le docteur a dit « il ne faut pas faire ça, qu’est-ce que la colonne va prendre ! ». Et après elle fatiguait, ma jambe, alors je m’appuyais de l’autre côté.

Où j’ai trouvé ma vocation c’est quand j’ai appris à coudre. À coudre et à broder. Je suis allée en apprentissage à Vermenton chez une couturière. J’ai commencé par faire des surfilages, et puis après j’ai appris à coudre à la machine, et puis à tailler avec un patron, et puis après j’ai fait des patrons toute seule. C’est comme ça que j’ai appris à coudre.

Et puis après je me suis mariée. C’était un mariage de raison. Je me disais : « maman, elle est toute seule, elle ne pourra pas continuer la culture ». Je me suis mariée comme une enfant ! Absolument ! Je n’avais pas pensé.

Julien (Julien Sautereau, 1892-1972), il parait que c’est tante Marie Sautereau (1888-1978), sa sœur, qui lui avait dit : « tu devrais venir voir Jeannette, elle est bien gentille et elle a bon caractère ». Bon. C’est un jour qu’elle m’a raconté ça. Julien m’avait dit que si je ne me mariais pas avec lui il en mourrait ! Et quand je me suis confessée à monsieur l’abbé Rousseau je lui ai dit : « je vais être obligée de me marier parce qu’il dit qu’il va mourir ». Qu’est-ce que j’étais enfant ! J’avais dix-huit ans à ce moment-là. Maman avait dit : « je la trouve un peu jeune, il faudrait attendre ». Alors il a attendu, bien sagement, n’est-ce pas. Il venait faire sa cour. Une fois maman lui dit : « mais vous venez bien tard ! ». Et lui il dit : « Eh bien, j’étais allé faire des courses à Vermenton et mon vélo m’a ramené directement à Essert, sans que je le veuille ». Tellement il était épris ! Alors moi ça me faisait un peu drôle, parce que moi je l’aimais… raisonnablement ! Parce qu’il était gentil, il était délicat, et tout… Et moi je me suis mariée comme une enfant. Absolument. Mais c’est extraordinaire ! Et puis après j’ai eu mes enfants, et puis ma foi je les ai élevés de mon mieux, quoi ! On était très… comment dirais-je ? Très chrétiens, dans notre génération. Dans notre pays, quoi.

Julien Sautereau et Jeanne Préau, 09/04/1921 :


Maman Réti (Julie Rétif, 1821-1901) habitait la maison la plus loin dans le pays. A gauche, où habitent maintenant Léon et Suzanne Rouard. Cette maison a été à vendre quand nous étions jeunes mariés, avec ton grand-père. Mais moi j’étais tellement enfant que je n’ai pas voulu acheter cette maison, qui n’était pourtant pas chère, parce que je trouvais que j’étais trop loin de ma mère et qu’il aurait fallu que je me dérange beaucoup pour aller soigner les vaches, et tout, d’un bout à l’autre du pays.

Julie Rétif :

Le grand-père Ernest Sautereau (1856-1944) était militaire au palais des papes, à Avignon. Avant de partir il avait donné sa parole à grand-mère Zoé (Zoé Moine, 1854-1939). Autrefois c’était comme ça : quand on donnait sa parole… ! Elle l’a attendu sept ans. Pendant ces sept ans il n’est jamais venu voir sa fiancée. Et quand il est revenu… Grand-mère Zoé me disait : « si on ne s’était pas promis on ne se serait pas mariés ensemble, parce qu’il y avait trop de temps qui s’était passé et on ne s’entendait plus. »

Ernest Sautereau, 1878 :


C’était difficile. Elle ne disait rien. Elle était très patiente. Ils avaient à peu près le même âge. Il avait été sous-officier. Il était très prompt et très vif. Et grand-mère, elle était très lente. D’une lenteur, c’est incroyable comme elle était lente. Elle était douce, elle ne disait rien. Elle m’avait dit : « je vais vous dire, ma petite Jeannette, avec Julien, ils se fâchent, ça leur arrive, avec Rose. » Parce que Rose (Rose Sautereau, 1882- ?) elle était pareille, pas vive, et elle devait être maladive parce qu’elle ne travaillait pas beaucoup dans les champs. Il fallait, par exemple, qu’elle reste pour faire la cuisine. Elle faisait, par exemple, cuire des haricots en les remuant tout le temps qu’ils cuisaient. C’était pour elle un prétexte pour rester à la maison.

Rose Sautereau, 1935 :


Zoé Moine et Ernest Sautereau, 1936 :


Chez les Sautereau on faisait le ménage la veille des grandes fêtes, c’était pas souvent. Autrement on balayait la salle (il y avait de grandes dalles) et puis c’est tout. La maison était à l’entrée de Sacy, à l’opposé de la ferme de la Bretonne. Pas très loin du cimetière.

maison des Sautereau, Sacy :


Donc, quand Ernest est revenu, eh bien qu’est-ce que vous voulez ? Ils s’étaient promis, ils se sont mariés. Mais ça n’allait pas trop fort, quoi. Grand-mère Zoé était très soigneuse. Par exemple ils allaient aux vignes ensemble. Elle disait : « il va trop vite, il laisse plein de brindilles, il faut tout enlever. » Par exemple vous laissez un brin de vigne avec deux bourgeons, mais il faut enlever tout le reste. Quand on va « échoumacher » il faut tout enlever et c’est très difficile, c’est du vieux bois et on s’abîme les mains. Alors grand-mère passait tout doucement derrière grand-père pour enlever ces petits machus-là. C’étaient les femmes qui allaient « échoumacher », c’étaient pas les hommes. Echoumacher, ça veut dire enlever les petites feuilles. A Sacy on disait « essumasser ». D’un pays à l’autre chacun y allait de son patois.

Julien se fâchait parfois avec tante Rose, il lui disait : « tout de même, tu viendras bien travailler un peu dans les champs ! » Mais moi j’ai toujours supposé qu’elle n’était pas bien solide, quoi. Et une qui ressemble à grand-mère Zoé, physiquement, c’est Marie-Odile (Marie-Odile Sautereau, 1934-2020). Aline l’avait dit. Zoé c’était, comme on disait à Sacy, une « brave femme ». Elle savait se taire. Le dimanche on mangeait toujours le pot-au-feu. On achetait un morceau dans un prix bas et on mangeait le pot-au-feu avec des légumes, c’était recta. Alors le grand-père Ernest était très bon. Quand il découpait un lapin, à genoux, par terre, sur la planche, il t’attrapait le couperet, toc toc toc toc toc toc, en six coups son lapin était découpé : la tête, deux fois deux pattes, le corps, en six coups quand la peau était enlevée. Il disait : « ça y est, emmenez ça. » Prompt comme ça. Il était capitaine des pompiers à Sacy, et tout le monde respectait beaucoup monsieur Sautereau.

Dans la plaine des Tremblats (sur les hauts d’Essert, le long de la Route Royale dite Napoléon) madame Berault avait ses vaches. C’était une plaine défrichée par les moines. Une fois, avant la guerre, une des vaches se trouve avec une patte enfoncée dans la terre. Elle a appelé, il est venu du monde. Ils ont retiré la vache. Ils ont lancé quelques cailloux dans le trou, ça a résonné, puis ils ont déroulé une corde… Ça devait être un puits d’aération qui donnait dans le souterrain des moines de l’abbaye de Reigny. Mon père avait dit : « moi je vais prendre une corde, je vais descendre. On prendra une prolonge (c’était une grosse corde avec laquelle on attachait le foin) et je descendrai dans le souterrain avec une lampe-tempête ». Les moines de Reigny avaient peut-être caché des trésors ! Ils avaient de l’or ! Après la guerre il n’est pas revenu, et personne n’a eu le courage d’y descendre.

C’est incroyable à quel point on était arriérés ! Mon père avait une petite lanterne-tempête : une bougie dans une petite lampe. Quand il montait dans son chafaud pour jeter son foin, il disait : « je n’ai qu’une peur, c’est qu’il y ait une flammèche de la bougie qui saute sur le foin. » On commençait à avoir du pétrole qui n’était pas raffiné. Ça fumait !

À la mort de la grand-mère Anne Michel (1833-1909), j’avais huit ans. Mon père m’a prise sur ses genoux. Il m’a dit : « écoute. Tu vas me promettre de te rappeler toujours de grand-mère Annette ». C’est elle qui l’avait élevé, ma pauvre grand-mère Nathalie était restée seule avec son petit enfant qui avait cinq ans à la mort de son père. Il m’a dit « tu te rappelleras toujours de ta grand-mère, c’est elle qui m’a élevé. Elle était très bonne et très gentille. »

Dans le même temps la grand-mère Préau (Marie Bourdillat, 1820-1900) est décédée et mes parents ont hérité de la maison d’Essert que nous avons vendue.

Un jour grand-mère Eugénie va pour attacher sa vigne aux côtes de Sacy et couche son petit Gustave (Georges Gustave Piault, 1887-1959) dans son berceau. En rentrant… le berceau était vide, plus de Gustave. Quelqu’un l’aurait enlevé ? Eugénie court demander partout : « vous n’avez pas vu Gustave ? Pas vu quelqu’un qui soit passé par la grange ? ». En ce temps-là on n’était pas soupçonneux, il n’y avait pas de voleurs alors on ne fermait pas les portes. Bref elle était dans tous ses états. Finalement elle rentre, et comme elle était très pieuse elle fait sa prière… Et tout à coup elle entend un cri ! Le petit Gustave était tout simplement tombé dans la ruelle du lit, entre le mur et le lit, et il s’était endormi là. Voilà, elle l’avait beaucoup cherché, elle avait beaucoup pleuré.

Grand-mère Nathalie Berault habitait le Val-de-Mâlon. Elle a été demandée en mariage par un des fils Préau d’Essert. Mon grand-père Charles, en réalité Félix Amable (Félix Amable Préau, 1854-1886) était un bel homme, comme mon père. Paraît-il que mon père lui ressemblait beaucoup : grand, et plutôt blond.
Maman était très brune de peau et très brune de cheveux, avec plein de taches de rousseur. Elle avait le type créole. Mon grand-père Charles a donc demandé grand-mère Nathalie en mariage. Ils se sont mariés et sont venus habiter à Essert.

Mon grand-père était garde forestier. Un jour (à ce moment-là, grand-mère avait mon père et une petite fille, je ne sais pas son nom) mon grand-père Charles s’en va marquer les arbres des bourgeois de Vermenton : des arbres qu’on devait couper et d’autres qu’on devait laisser. Il pleuvait, c’était en automne. Une petite pluie qui n’était pas très chaude. Les bourgeois, comme on les appelait, sont venus faire un tour avec leur calèche quand il a eu fini. Ils ont dit : « mon brave Préau, montez donc, on va vous déposer à Essert en rentrant à Vermenton. ». « Merci, mais je préfère marcher, ça me tient chaud ». « Montez donc, il n’y en a pas pour longtemps ! ». Charles est donc monté, avec sa pèlerine mouillée. Et comme il avait eu très chaud, il a pris froid. Il a attrapé une pleurésie et quelques jours après il est mort. Nathalie se retrouvait donc seule avec mon père et sa sœur [*]. La petite fille est morte. Je ne sais pas, il me semble qu’elle devait avoir trois ans. Je pense qu’elle était plus jeune que mon père. Morte d’une méningite.
[*] – Il n’est répertorié qu’une sœur pour Octave : Marie-Zilia, née le 20 juillet 1883 et décédée le 05 septembre de la même année, à l’âge d’un mois et demi environ. Donc avant le décès de son père. Aucun autre enfant du couple Félix Préau/Joséphine Bérault n’a été trouvé sur les communes d’Essert et de Joux–la-Ville. Ni aucun décès d’une autre sœur dans les années qui ont suivi 1886.

Mon grand-père Charles avait un frère, Jules (Charles Grégoire Préau, 1848-1914), qui était petit, noir et pas beau du tout. Quand leur mère (Marie Bourdillat, 1820-1900) est décédée (qui préférait son fils Jules) on a donc partagé les biens. Dans la famille de Nathalie ils étaient très francs, très droits. Nathalie était très grande et forte. Mon père lui ressemblait. Quoique, je te dis, mon père était grand, fort et blond. Bref, partage des terres. Nathalie n’a pas su se défendre. Elle a eu les plus mauvaises terres. Une qui longeait un bois : chacun sait que quand une terre longe un bois, sur environ cinq mètres le long de ce bois il ne pousse rien, à cause des racines. Une autre où tout le monde tournait dessus : il y a des terres qui vont dans le sens de la vallée et, quand la vallée se termine, on prend la pièce dans l’autre sens. Quand on laboure, on tourne sur la pièce qui se trouve au bout. C’est pas juste ! On devrait, par exemple, faire là un chemin ! Une autre qui avait un sentier…

Quand on borne un champ il faut deux bornes : une borne et une contre-borne. Avec ma grand-mère qui n’y connaissait rien, ils ont pris quelqu’un pour reborner les champs. Ils se sont arrangés pour lui prendre, de chaque côté des meilleures terres, cinq mètres. Plus tard on lui a dit : « Nathalie, vous devriez faire vérifier, faire reborner vos champs ». Elle l’a fait et on lui a dit : « ma pauvre, je ne voudrais pas me fâcher avec celui qui a remis les bornes, mais il a pris la contre-borne comme la borne et vous a volé cinq mètres de chaque côté ! ». Elle n’a pas eu de chance. De plus, c’était de notoriété publique, plusieurs personnes me l’ont dit, les Préau avaient économisé, au temps où la vigne donnait, cent mille francs anciens. Quand je t’aurai dit par exemple que, rien qu’en 1914, un kilo de sucre valait 4 sous, 20 centimes ! C’étaient pas les centimes de maintenant ! Donc ces cent mille francs, il était logique qu’ils soient partagés ! Grand-mère n’a rien eu.

Joséphine (dite Nathalie) Berault :


La fille de Jules, Marie Préau (1883-1959), était courtisée par mes oncles Charles (1872-1947) et Henri Piault (1878-1943). Charles, qui avait toujours eu des ambitions (je peux te le dire maintenant qu’il est décédé), avait courtisé une demoiselle Marguerite… Boursier (?) de Joux-la-Ville. Elle l’a fait espérer pendant quatre ans. Au bout de quatre ans elle lui a dit qu’elle avait réfléchi et qu’elle avait trouvé quelqu’un qui lui convenait mieux, et elle l’a laissé tomber. Il a donc cherché à Essert quelqu’un qui avait de l’argent, et c’est Marie Préau qui se trouvait la plus riche, puisque c’est elle qui a eu tout l’argent de la famille, avec son frère Henri Préau (Charles Préau, 1880- ?). Henri Préau et Henri Piault, avec maman, apprenaient très bien. Ils étaient toujours à la tête de l’école d’Essert. Tandis que mon père, d’abord il était timide et fils de femme veuve, et on ne s’occupait pas tellement de lui.

Alors un jour grand-mère Génie a eu un pressentiment. Charles et Henri étaient partis tous les deux avec des fourches pour retourner du foin dans les vallées. Grand-mère les a rejoints et trouvé ses deux fils en train de se battre à coups de fourche. Sitôt séparés elle leur en a demandé le pourquoi. « On veut tous les deux demander Marie Préau en mariage, et le dernier qui restera l’aura ». Elle leur a dit : « vous allez tous les deux la demander en mariage. Elle choisira ». Ils ont mis leurs habits du dimanche et sont allés demander chez nos cousins Préau (ils étaient parents. Mon père et Henri Préau étaient cousins germains : tante Marie Préau s’est mariée avec un des oncles, donc mon père était à la fois cousin germain et beau-frère). Marie Préau avait le cœur sec et aimait beaucoup le métal. Le métal jaune. Elle demande à sa mère lequel elle devait prendre. « Henri », répond sa mère, « c’est lui qui abat le plus de travail ». Elle s’est mariée avec Henri.

Henri Piault :


Henri Piault et Marie Préau, 1928 :


Charles Piault, 1917 :


Mon oncle Charles s’est donc retrouvé, à trente ans, sans femme ni fiancée, alors qu’Henri était plus jeune. Il a donc demandé une petite jeune fille de seize ans qui s’appelait Claire Joublin (1884/1977) et qui était très gentille, très bien. Mais ses parents n’étaient pas chrétiens, et avaient même mauvaise réputation, car il y en avait un, garçon de café à Paris, l’autre qui servait de bonne à Vermenton… Tu vois, ils servaient les autres, ils étaient… déclassés.
Mais Claire Joublin était très jolie, très gentille, et a bien écouté grand-mère Génie qui l’a formée comme sa fille. La preuve, c’est qu’elle a eu Bernard Piault (1913-1976) qui était missionnaire au Mexique, et puis Mariette (Mariette Piault, 1907-1991)… Ils sont très très bien. Il a été très heureux avec elle. Des fois elle le faisait enrager, elle lui disait : « tiens, j’ai rencontré ta Marguerite, elle en a gros sur le cœur ! (Elle avait une poitrine comme ça !)

Bernard Piault, Claire Joublin, Mariette Piault :


L’oncle Henri, lui, n’a jamais vu la couleur de l’or. Tante Marie Préau a eu sa part, mais elle l’a tellement bien caché que personne ne l’a retrouvé.


J’ai très bien connu mon grand-père Anselme. C’était un homme très prompt. Il avait des enfants qui malheureusement ne s’entendaient pas bien. Charles était jaloux : comme ils avaient de l’argent, ils avaient mis maman en pension chez les Ursulines à Auxerre (à côté de l’église).

couvent des Ursulines, Auxerre (photo internet) :


Maman est allée jusqu’au brevet, elle apprenait très bien. Mais mon oncle Charles a fait la comédie, il n’a pas voulu qu’elle finisse son année pour avoir son brevet. Il voulait être chirurgien. Mais ses parents ont dit : « on ne peut pas. Toi tu travailles avec tes frères et c’est juste que la petite aille en pension ». Maman était donc très bien élevée. Mais à cause de Charles elle n’a pas pu passer son brevet. Elle avait encore tous ses cahiers. Par exemple ils décrivaient le corps humain, avec les phalanges, tout ça… Elle les avait gardés.

Le frère du grand-père Anselme Piault avait un café à Vanves qui donnait des repas (Louis Mary Hippolyte Piault 1851-1903). Il a dit à Anselme : « à Essert vous ne gagnerez pas votre vie, venez donc à Paris ! ». Sur ses conseils, Anselme et Eugénie sont donc partis à Paris. Ils y sont restés une dizaine d’années. Grand-père a trouvé du travail comme tonnelier à Bercy. Ils savaient tous s’occuper des tonneaux, puisqu’ils étaient vignerons. Il y avait beaucoup de vignes avant le phylloxéra. Grand-mère était cuisinière. Ils ont changé plusieurs fois de logement. Il leur est arrivé de vivre sous les toits (grand-mère avait raconté qu’elle étendait son linge aux fenêtres). Ils ont perdu deux de leurs premiers enfants. Ils s’en culpabilisaient à cause de la consanguinité.
Alors ils ont quitté Paris et sont revenus à Essert. Ils ont ramené un grand buffet, un secrétaire, des lits, une grande glace… tout leur mobilier de Paris.
Une des grand-mères (Bourdillat ?) est décédée, ils ont donc habité la maison. Celle où habitait Gustave : la première, en face de la mare. Elle était très grande, et a été partagée ensuite entre les frères. Ils ont eu Charles, Eugène, Henri, Berthe, Gustave. Ils étaient très travailleurs. Ils ont planté des vignes et fait de grosses récoltes.

Berthe et Eugène Piault :


Marie Sautereau, épouse de Gustave Piault, devant sa maison à Essert :


Le grand-père Bourdillat (Joseph Bourdillat, 1820-1889) [*] était assez riche, il avait des actions. Il était « intéressé », comme on disait. La guerre de 70 est arrivée, il y avait tirage au sort. Un conscrit pouvait se payer un remplaçant, mais deux fils devaient partir et ils sont morts tous les deux [**]. Puis il y a eu le phylloxéra. Toutes les vignes sont mortes. Ruinés. Tous mes oncles, sauf Gustave qui était le plus petit, sont partis dans le Morvan offrir leurs bras pour du travail. Ils ont pris des actions sur des fonds russes. Faillite, ils ont tout perdu. Enfin les vignes ont été replantées, greffées sur du plan américain (on avait des vignes dont on couchait un grand brin qu’on appelait une « marcotte », on « marcottait » et ça donnait une nouvelle vigne qui poussait avec l’ancienne). Ils ont planté toute la côte. Ils avaient une vigne et un verger.
Quand nous menions les vaches au champ, quand les vaches étaient tranquilles on les laissait et on y montait. Il y avait des noisettes, et il y avait encore des fruits après les arbres. Ils avaient tout laissé.
[*] – Joseph Marie Pauline dit Eugène Bourdillat. Sa tombe qu’il partage avec son épouse Julie Rétif, indique « Eugène » et c’est également « Eugène » que l’on retrouve dans les actes. La tombe existe toujours :

La tombe postée sur le site Geneanet, avec une bien meilleure définition, qui permet de zoomer sur les détails : https://www.geneanet.org/cimetieres/view/11652657
[**] – On ne retrouve pas de fils de Joseph Bourdillat mort à la guerre de 70.


Cousine Marie Rétif (Anne Clémentine Rétif, 1833-1907) [*], mon père ne l’aimait pas, parce qu’un jour elle a fait un affront à ma mère. Elle avait rencontré maman au marché à Vermenton (elle habitait Vermenton) et lui avait demandé si elle pouvait lui apporter des escargots. Maman avait dit : « entendu, la semaine prochaine ». Maman, qui ne pouvait pas quitter mon père et qui n’avait pas beaucoup de temps, voilà comme elle faisait : quand ils étaient en fenaison (ils coupaient à la faux), quand elle trouvait un escargot elle le mettait dans un petit sac, et en arrivant chez elle elle les mettait dans un pot, à la cave. Alors elle ne fait ni une ni deux, (il y en avait depuis peut-être… je ne sais pas, moi, un mois, de ces escargots, dans ce pot !), elle vide les escargots, tels quels, dans un sac, et elle porte ça à cousine Marie. Sans les nettoyer. La fois d’après, la cousine Marie lui a dit : « eh bien Berthe, tu sais, je peux te dire, tu es le déshonneur de la famille. D’abord par ton mariage, et ensuite par l’affront que tu nous as fait, nous apportant des escargots dégoûtants. Dans la centaine que tu nous as apportée il devait y en avoir dix de bons. Et je ne te dirai pas le mal que j’ai eu à nettoyer le tout ! ». Alors maman s’est mise à pleurer quand elle est rentrée du marché. Mon père lui a dit : « je t’interdis de revoir cette cousine ».
[*] – Il n’y a que deux décès de femmes Rétif dans la commune de Vermenton (y compris les hameaux) entre le mariage de Berthe et le décès d’octave. Il doit donc s’agir de Anne Clémentine Rétif : petite-fille de Nicolas Edme Rétif (1770-1862), lui-même frère de Jacques Rétif (1773-1855) qui est l’arrière-grand-père de Berthe Piault. Cousines, donc, avec une génération d’écart.

Un jour la cousine est décédée. Mon père a dit : « tu n’iras pas aux obsèques ». Maman était contrariée parce que nous étions assez près parents. Tante Julienne (sans doute Laurence Julienne Florentine Bourdillat, 1853-ap 1887) [*]) lui a dit : « ma petite Berthe, il faut que tu viennes à l’enterrement ! C’est trop près parent. On a toujours besoin les uns des autres. La cousine Henriette est couturière, tu auras certainement quelque chose à lui demander pour tes vêtements. Vous aurez aussi besoin d’aller voir Pierre (son frère, armurier et qui tient des cycles). Ça va faire affront ! Il n’y a que toi qui ne va pas être aux obsèques ». Alors… Maman a passé outre la volonté de mon père et est allée à l’enterrement. Elle a pleuré, parce qu’il était un peu boudeur, mon père. Il avait beaucoup de qualités, mais… Il lui en a voulu pendant huit jours. Il ne lui a pas beaucoup parlé pendant ce temps-là. Je me rappelle avoir vu ma mère pleurer…
[*] – Laurence Julienne Florentine Bourdillat (1853-ap 1887), sœur du père de Lucie Bourdillat, qui est la seconde femme d’Eugène Piault (1875-1953).


L’abbé Duvert, qui desservait la paroisse d’Essert quand j’étais jeune mariée, me racontait qu’à Fontenoy il devait y avoir autrefois une rivière assez importante. Elle est peu à peu devenue un filet d’eau et a disparu. Elle a dû changer de direction. Il restait une petite chapelle à laquelle les gens du lieu étaient très attachés, et il y avait une procession chaque année pour une sainte dont je ne me rappelle pas le nom. Une légende disait que, quand l’eau a disparu, les moines ont changé de place et sont allés fonder ailleurs une abbaye. Ils ont laissé cette petite chapelle avec une statue de la vierge. Ils avaient voulu l’emmener avec eux : ils ont attelé six paires de bœufs, ils ont chargé la vierge, et il paraît qu’ils n’ont pas pu démarrer. Ils ont donc laissé là la « vierge de Fontenoy ». Alors l’abbé Duvert a dit : « ça, c’est moitié superstitieux. On ne va pas laisser une vierge toute seule, dans une chapelle toute seule, à un endroit où il n’y a plus personne ». Il restait peut-être deux familles, et encore (après il n’est plus resté qu’un bonhomme tout seul avec une vigne, je m’en rappelle encore, qui a dit qu’il finirait ses jours dans sa maison, et qu’un beau jour on a emmené puisqu’il ne pouvait plus se suffire à lui-même). Alors on a dit : « il faut qu’on aille voir ça. Bien sûr qu’il ne va pas pouvoir l’emmener, monsieur le curé ! ». Alors il a dit : « elle est en pierre, vous allez venir avec moi, vous la chargez dans ma voiture et nous allons la mettre dans l’église de Joux-la-Ville, à tel endroit, contre un pilier ». Ils sont venus nombreux, et ça n’a pas fait un pli, ils ont enlevé la statue, ils l’ont mise dans la voiture, et on a placé la vierge contre le pilier que monsieur le curé avait désigné. Vous voyez ce que c’est que les légendes ? De la superstition.


Ma grand-mère Nathalie s’appelait Berault (c’était Beurault, pas Bérault) étant jeune fille. Elle avait une sœur (Marie Clémentine Berault, 1860-1891). Cette sœur s’était mariée avec un Ducrot de Pourly (Théodore dit Théodule Ducrot, 1857- ?). Il avait du bien, mais ce garçon n’était pas sérieux. Il s’est mis à faire des charrois, et il allait un peu partout. Finalement il a eu une maladie vénérienne. La sœur de ma grand-mère est morte alors qu’elle était enceinte de quatre mois. Grand-mère disait : « ça se voyait déjà ». Elle avait eu avant un garçon qui s’appelait Henri Ducrot (1882- ?). Cet Henri Ducrot, malheureusement, ne ressemblait pas à sa mère, mais à son père. Quand sa mère est morte il a pu être placé chez les orphelins, dans un établissement religieux. Et il a fait quelques études. Mon père disait : « c’est quand même malheureux, Henri, qui n’est pas doué, il peut faire des études, et moi qui aurait tant aimé étudier je ne peux rien faire ». Mais ce garçon, comme il n’était vraiment pas doué, au bout de deux ans ils ont dit : « vraiment il a la tête tellement dure qu’il n’apprend rien. Il vaut mieux que vous le repreniez, maintenant qu’il va sur ses quinze ans, et le mettiez à la terre. On ne peut rien en faire ». Mais Henri Ducrot a laissé son bien parce qu’il voulait de l’argent. Il est donc allé à Joux-la-Ville. Et il s’est mis à faire quelque chose d’inouï avant de s’en aller. Il prenait tantôt une poule, tantôt un lapin, tantôt une pintade… On a fini par se méfier de lui.

Un jour il va voir sa tante : « ma tante, j’vins t’dire que j’vas m’marier ». Ils étaient à peu près du même âge, avec mon père. Nous, nous étions encore toutes petites. Moi je n’étais pas grande mais je me rappelle encore très bien. « Alors j’vins t’demander si Octave y n’pourrait pas êt’ mon témoin. J’vas m’marier à Joux ». « Avec qui donc veux-tu t’marier ? » dit grand-mère. « Eh ben j’veux m’marier avec Jeanne Pilbich » (Jeanne Amélie Bourdillat, 1892-1976). Pilbich c’est un sobriquet. On avait l’habitude de donner un surnom à chacun. Grand-mère dit : « tu vas t’marier avec une des filles au père Pilbich (Pierre Alfred Bourdillat, 1864-1915) ? Que sa femme (Augustine Louise Picard, 1868-1917), elle va à Paris pour être nourrice toutes les fois qu’elle a un bébé ? Et peu qu’elle fait la grande dame, et qu’elle se fait servi’ avec des domestiques ! Et qu’elle est bien habillée et qu’elle va se promener jusque sur les cham’ Elysées ! Et peu que quand l’aîné est élevé on la renvoie vers son mari pour qu’elle en ait un autre ! Et elle retourne ! Et v’la trois fois qu’elle fait ça ! Et peu qu’elle laisse son mari, et peu son pour’ petit ! Et peu qu’ils ont la maison qu’il y a encore de la paille sur le toit ! Tu vas pas faire ça ! ». Il dit : « si, ma tante, parce qu’elle est jolie comme tout, elle est gentille… ». « Ah ! », elle dit, « j’t’en fiche qu’elle est jolie ! Elle sait rin faire de ses dix doigts ». Enfin, mon père ne pouvait pas refuser.

Le jour de la noce (19/01/1910), je m’en rappellerai toute ma vie. Maman plie le costume de mon père, mon père attelle le cheval, et nous partons. Mes enfants, je n’ai jamais vu la pluie tomber comme ce jour-là ! Nous laissons Pourly, le hameau, sur le côté et nous montons jusqu’à Joux-la-Ville. Il pleuvait ! Comme jamais je n’ai vu. L’eau courait dans les rigoles. Moi j’étais recroquevillée, ma grand-mère Thalie était à côté de moi. Nous avions ma sœur Aline à côté. Je ne me rappelle pas si ma sœur Lucienne (Lucienne Préau, 1906-1945) était née. Mais je me rappelle très bien, jamais je n’ai vu de l’eau comme ça. Et mon père disait : « Allons donc ! Allez Boulot ! » (Tous ses chevaux s’appelaient Boulot). « Allons, vite, mon Boulot ! Dire que je suis témoin. Il faut que j’arrive, y’a pas, il faut que j’arrive ! Et que je change de costume en arrivant. Allez, Boulot ! Allez, marche ! ». En arrivant on avait mis des planches pour pouvoir nous faire descendre. Mon père a dit : « Il faut que je bouchonne mon cheval, pourtant ! ». Il s’est lavé les mains, il s’est habillé et nous sommes arrivés tant bien que mal, un peu en retard. Moi, je me revois, ma grand-mère me tenant par une main et puis maman par l’autre. On faisait comme on pouvait, sur les trottoirs il y avait de l’eau partout. Je me rappelle peu de la cérémonie religieuse. Mais je sais que j’ai vu une petite femme boulotte, avec des grosses joues et un teint bien blanc, et mon grand cousin qui avait grandement une tête de plus qu’elle et qui la regardait, cette petite femme, avec des airs d’adoration. C’était la mariée.

Bref, passée la cérémonie, nous arrivons et je vois une grande table avec des nappes « peurcées » un peu partout (comme disait ma grand-mère). Nous nous installons et v’la qu’la giboulée elle continue de « r’choi ». L’eau tombait à travers le toit dans nos assiettes. Enfin nous avons mangé tant bien que mal et nous sommes partis. Le marié, il fallait voir comme il caressait sa femme, il ne pouvait pas s’empêcher de l’embrasser. Et j’entends ma grand-mère qui lui dit : « ah mon pou’r Henri, c’que t’es bête ! ». Enfin on dit au revoir, on monte en voiture et fouette cocher ! On est partis, ma foi, il ne pleuvait plus, heureusement. Mariage réussi ! et puis il a continué de cajoler sa petite femme. Le matin il se levait à quatre heures et demi pour cueillir de l’herbe pour ses lapins, pour qu’elle reste couchée jusqu’à huit heures et qu’il la trouve fraîche quand il rentrait le soir. Quand elle a eu son premier enfant il en était malade, il criait plus fort qu’elle, comme elle souffrait la pauvre ! Enfin ! Elle a eu deux enfants (Aline Ducrot, 1910- ?, et Henri Ducrot, 1915-1993).


Au-dessus de Joux-la-Ville il y a trois maisons un peu isolées. Ça fait comme un petit hameau qu’on appelle « le Poué d’Edme », c’est-à-dire le puits d’Edme. Il y a un moine qui, au moyen-âge, arrivait des croisades. Il arrive à Joux-la-Ville et demande à boire. C’était un jour ou il faisait très chaud, il avait très soif.
« J’non pas l’temps, passez vot’chemin ». Partout où il est passé on lui a fait la même réponse : « j’non pas l’temps », « j’suis en pleines moissons, j’vas pas m’arrêter pour tirer un coup d’eau au poué pour toi ». Il a passé tout le gros bourg de Joux-la-Ville. Il est enfin arrivé, mourant de soif, dans ce petit hameau de trois maisons à l’écart. Il a dit : « voudriez-vous me donner un peu d’eau pour l’amour de Dieu ? ». On lui a répondu : « bien sûr. Asseyez-vous. On ne va pas vous donner de l’eau glacée, pour ne pas que vous attrapiez du mal ». Il s’est désaltéré. On lui a demandé où il allait : « Au monastère ». « Vous allez vous reposer et coucher ici, vous ne repartirez que demain matin ». On lui a donné à manger. Alors il a dit : « en récompense de votre bon cœur, vous m’avez si bien reçu, l’eau du puits de ce hameau ne manquera jamais d’eau. Seulement, les gens de Joux-la-Ville qui m’ont refusé à boire, ils auront beau chercher, creuser, ils n’auront jamais d’eau jusqu’à la fin des temps. Jamais d’eau à Joux-la-Ville. Il leur faudra avoir des citernes et aller chercher de l’eau ailleurs ». Le moine est parti en traçant sa bénédiction sur le puits. Moi j’ai entendu dire, et j’ai vu, il y avait de gros propriétaires à Joux-la-Ville, ils avaient de grands domaines et nous avons eu des étés très chauds. Il a toujours fallu qu’il vienne de très grands tonneaux, des « demi-muids » et des « muids » avec des chariots. Tous les jours ils montaient chercher de l’eau pour arroser, aussi bien leurs jardins que même leurs champs et leurs vergers. On a fait venir des sourciers, on a creusé partout, à aucun endroit dans Joux-la-Ville il n’y a d’eau. Et ça datait du moyen-âge. On doit descendre jusqu’à Pourly, il y a une source qui ne tarit jamais, il y a toujours de l’eau (on y allait même chercher du cresson). L’endroit s’est appelé « le puits d’Edme », du nom du moine de la légende.


A Sacy on parlait de la maison de Rétif, on disait « la métai’ie » (la métairie). L’oncle Edmond (Edmond Disson, 1902-1986, époux de Lucienne Préau), ses parents, ses grands-parents avaient « la métai’ie ». Ça avait été partagé.

Métairie de « La Bretonne » à l’origine du pseudo de l’écrivain Nicolas Rétif qui y a passé son enfance (photo internet) :


A Essert il n’y avait qu’une ferme. Beaucoup de champs, de terres du côté de Reigny, et des prés.


J’ai vu mon petit François (François Sautereau, 1923-1943) (il fallait que je le surveille) aller jusqu’à tremper son doigt dans une bouse de vache pour voir le goût que ça avait. Il fallait qu’il goûte à tout ! Il était terrible !

François Sautereau, 1931 :


Il y avait deux filles, deux pimbêches, Elise Piault (1899-1917) et Léa Chaudron, si jamais je disais un mot elles disaient : « oh ! Il faut qu’on aille le dire à son père ! Il faut qu’elle soit corrigée ! ». Elles avaient deux ans de plus que moi, et elles connaissaient beaucoup de choses qu’elles se disaient dans l’oreille. Par exemple pendant la guerre on avait une équipe de soldats qui aidaient à la culture. Elles disaient : « Y’a un soldat qu’a une bague. Tu sais pas ce qu’il y a ? Y’a un couple ! Il a tourné sa bague en dessous, mais j’ai bien vu ! » C’étaient probablement deux silhouettes nues… Elles se racontaient toutes sortes de choses. Mon père disait : « quelles pimbêches ! Elise Piault, on dirait qu’elle marche sur des œufs. Vous avez vu comme elle marche ? ». Je vous dirais qu’il était un peu moqueur. Et la pauvre Elise, je ne sais pas pourquoi, est-ce que parce que ma tante Marie Lorette (1876-1923, première épouse de Eugène Piault) (comme on disait, parce qu’on avait trois tantes qui s’appelaient Marie, alors on disait Marie Lorette, Marie Préau et Marie Sautereau), est-ce que parce que ma tante, quand elle s’est mariée, elle était anémiée et n’a jamais eu tellement de santé, Elise est morte de tuberculose phtisie galopante. Maman disait : « je ne vois pas pourquoi Marie Lorette ne nous a pas donné ses vêtements ? ». Heureusement que non ! Parce que ça se donne, hein ! Elle n’avait pas beaucoup d’idées, ma mère, à ce moment-là.

Marie Lorette, 1909 :


Elise Piault,1909 :


Maman nous racontait comment l’oncle Barraut (Auguste Jules Barraut, 1847-1917) [*], charron à Essert, fabriquait les roues d’une charrette. Il préparait le milieu, le moyeu, d’une roue, il mettait autour un cercle de fer et, je ne sais pas comment il s’arrangeait mais il entourait le tout de paille, qu’il montait en haut des « champs de la porte », comme on disait, au-dessus du cimetière, et il lançait la roue enflammée qui descendait jusqu’en bas. Ça ne brûlait pas beaucoup sans doute, et ça faisait tenir. « Quand on savait que l’oncle Barrault allait lancer sa roue, avec son fils Félix (Julien Alexandre Félix Barraut, 1870-?), on y allait », disait maman, « et qu’est-ce qu’on s’amusait à voir la grande roue qui venait du haut ! ».
[*] – Auguste Jules Barraut (1847-1917) marié à Marie Félicie Piault (1848-après 1917), sœur de Etienne Anselme Piault le père de Berthe.


La ville de Tonnerre est adossée à un petit mont. Au milieu de cette ville il y a une curiosité qu’on appelle « la fosse d’Yonne ». C’est un gros trou, comme un puits, et ça fait un tourbillon d’eau. Il y a des gens qui se sont noyés. D’autres qui se sont fait attacher avec des cordes très très longues et sont descendus avec un scaphandre, ils n’ont jamais pu toucher le fond. On y a mis un colorant rouge pour savoir où cette eau allait, et le colorant rouge est ressorti dans la cure, à l’abbaye de Reigny.


Mes parents, comme ils s’étaient aimés avant que je sois née, eh bien j’ai toujours eu l’impression que ma mère m’en voulait parce que j’étais née presque avant le mariage. Parce qu’il y avait des fois où elle était très très dure avec moi, tu vois… Alors qu’elle aimait beaucoup mieux Aline parce que, qu’est-ce que tu veux, c’était leur petite fille qu’ils avaient eue ensemble, tandis que moi j’avais été conçue avant le mariage, tu comprends. C’était pas de ma faute, à moi ! Je ne le savais même pas ! Enfin c’est comme ça. Ça a toujours été Aline la préférée, même avec Lucienne. C’est qu’elle a toujours été très délicate.

Berthe Piault, 1911 :


Maman ne pouvait pas quitter papa d’une minute tellement ils s’aimaient ! La vigne donnait beaucoup, les grands-parents avaient des capitaux et maman avait été placée en pension chez les Ursulines, à Auxerre. Et elle faisait demoiselle, tu comprends. Elle était instruite, tandis que papa il faisait des fautes. Il était très intelligent, mais il avait une instruction élémentaire, tu vois ? il n’avait même pas son certificat d’études. Alors il admirait tellement maman ! Mais il était très intelligent, mon père ! Ça ne veut rien dire, de faire quelques fautes. Enfin n’importe, c’est pour te dire, ils s’aimaient vraiment beaucoup.

Elle a eu un chagrin, maman, quand on lui a dit que mon père était mort ! Elle nous racontait qu’elle se roulait dans les champs ! Elle ne pouvait plus ! Elle disait : « si je n’avais pas été croyante je me serais suicidée. » Elle n’en pouvait plus ! Ils s’aimaient !

Cimetière la forestière – forêt d’Argonne :


Tombe de Félix « Aimable » Préau (Octave), 4e R. I. :


Maman et papa étaient l’un du mois d’août et l’autre (maman) du mois de novembre 1880. Alors en 1915 ils avaient 35 ans. C’est le maire qui est venu lui annoncer, avec une lettre. Il dit : « je viens te dire, ma pauvre Berthe, je suis bien désolé… j’ai de la peine, mais je viens te dire… ». Alors maman, avant qu’il ait fini, elle dit : « je le savais ».

C’est curieux, grand-mère Thalie, la nuit où il a été tué, elle a rêvé que son fils était mort. Elle dit à maman : « Octave est mort ». Et maman dit : « pensez-vous ! j’ai encore reçu une lettre hier ». Grand-mère dit : « ça ne veut rien dire, ta lettre, elle met huit jours pour venir ! ». Ah, quand elle a reçu la lettre, je comprends que je m’en souviens ! Elle est devenue pâle comme une morte. Elle a dit : « ça va, merci mon cousin ». C’était notre cousin Rétif (Alfred Auguste Rétif, 1850-1940) [*]. Il était très très bien, il savait parler. Il n’avait pas tellement d’instruction mais c’était quelqu’un qui avait de la race. Je ne peux trouver un autre mot. Il savait parler, il avait du savoir-vivre et tout. Il a été très délicat avec maman.
[*] – Alfred Auguste RÉTIF (1850-1940), maire d’Essert. Son père Jacques Rétif est le frère de « grand-mère Réti » Sa mère Marie-Joséphine Piault est la sœur du père de « grand-père Anselme » La tombe d’Alfred Rétif, face à celle de Julie Rétif (« grand-mère Réti »), enterré avec ses parents et sa femme père au cimetière d’Essert :

La tombe postée sur le site Geneanet, avec une bien meilleure définition, qui permet de zoomer sur les détails : https://www.geneanet.org/cimetieres/view/11666748


Après, maman a eu sa pension de veuve, grand-mère Thalie a eu une pension d’ascendant, de mère veuve. Alors elles ont eu ensemble assez pour vivre. Mon père avait planté une nouvelle vigne, il avait écrit : « laisse ça, j’en replanterai quand je reviendrai, la guerre ne peut pas durer longtemps ». Ils étaient partis avec la fleur au canon, et tout. Il ne pensait pas ce que ça pouvait être, la guerre. Un jour il a écrit une lettre (maman elle dit « oh là là c’est affreux »), il disait « j’ai été obligé de me battre à la baïonnette. Si je ne tue pas je suis tué ».

A la déclaration de la guerre, mon père a eu un mois, il ne partait qu’un mois après. Parce que comme il était fils unique de veuve il n’avait pas fait de service militaire, il était exempt. Alors il a d’abord eu un mois où il est resté là. Pendant ce mois-là il ne s’est presque pas couché. Il a rentré sa moisson. Parce que la guerre a été déclarée le 2 juillet, si je ne me trompe pas. Alors il a rentré toute sa moisson, il a fait pour le mieux. Et puis il a dit à maman : « écoute, tu prendras des journaliers dans le pays, maman a un petit peu d’argent (elle n’avait que celui-là comme fils, grand-mère Thalie). Alors elle te prêtera pour payer les ouvriers agricoles, et après je reviendrai ».

Alors il a donc bénéficié d’un mois, on ne mobilisait pas tout le monde. Et quand on a vu que la guerre prenait tant de proportions et que la Belgique était déjà envahie… Je ne sais même pas si ton oncle Maurice (Ernest Alphonse dit Maurice Sautereau, 1883-1914) n’était pas déjà mort. Les Allemands, ils étaient prêts, leur armée était prête. Alors au bout d’un mois on lui a dit qu’il fallait qu’il vienne à Auxerre pour apprendre à manier un fusil. On lui a fait une instruction accélérée pour aller à la guerre, pour partir. Ensuite, malheureusement, il a tout de suite été envoyé sur le front. Il partait directement, il était prêt puisqu’il avait appris à tenir le fusil. Ils avaient dit : « oh la guerre, six mois et puis ça va être fini. Nous, les Français, on n’est pas comme les lourds Allemands ! ». On ne se connaissait pas, entre peuples. Et on ne savait pas que l’armée allemande était prête. La guerre de 70, elle avait duré six mois seulement, comprends-tu ? Alors mon père, il n’envisageait pas… Il disait : « avec les moyens modernes, la guerre ne durera pas plus de six mois. Dans six mois je serai revenu et tout va s’arranger. Moi je suis fort, je suis solide, je ne suis pas de la ville, je reviendrai ». C’est maman qui est allée le voir plusieurs fois à Auxerre.
Nous, on ne l’a pas revu.


Grand-mère Thalie avait été élevée chez les sœurs, à l’école de Joux-la-Ville. Elle avait une éducation janséniste : ça veut dire que Dieu est un juge, alors il faut que tu agisses toujours droitement. Et tu vas te confesser, il faut que tu racontes tout. On en était à vous donner des pénitences jusqu’à… Que le vendredi il fallait s’abstenir de… du mariage, de l’union. Comme pénitence, donner des trucs comme ça, qui ne regardent pas… Enfin, ça n’entre pas dans les péchés ! C’est pas un péché !

Mon père il était comme toi, [*] il disait « moi je ne crois pas ». Il disait : « si Dieu existait il n’y aurait pas tant de misère, il n’y aurait pas tant d’injustice ». Il disait : « c’est injuste, ma mère, on lui a donné les plus mauvaises terres, qui venaient de la grand-mère Préau, on ne lui a pas donné d’argent du tout ». La pauvre grand-mère, elle a juste touché 10 francs par an pour un bureau de tabac qu’on lui a donné à la mort de son mari. Alors mon père disait : « si Dieu existait, ma mère n’aurait pas eu tant de malheurs et moi je n’aurais pas tant de peine ». Mais ça, ce n’est pas un argument, qu’est-ce que tu veux. Ça c’est la méchanceté des gens et puis c’est tout. On ne peut pas empêcher les esprits mauvais.
[*] – Petite-fille de Jeanne Préau qui a procédé aux enregistrements sonores et les a transcrit bien des années plus tard.


Le frère aîné de Papy, Maurice, a été envoyé avec les premières troupes en Belgique. Ils se sont réfugiés dans une église. Les Allemands ont tiré sur l’église, il a été tué.

Ernest Alphonse (dit Maurice) Sautereau :


Maurice n’était pas très grand. Il n’était pas si brun que l’oncle Louis, sans être si blond que Papy. Il était amusant, il avait le caractère facétieux. Il s’entendait bien avec Zélima (Zélima Maudiné, 1887-1938). Elle était plus grande que lui, c’était une femme un peu forte. Ils avaient comme enfants Félicien (Félicien
Sautereau, 1910-1997)
et Madeleine (Madeleine Sautereau, 1912-2004). La pauvre tante Zélima avait un petit commerce d’épicerie à Sacy. A la mort de Maurice elle a continué son petit commerce, et puis elle aidait un peu grand-mère Zoé. Elle était très bonne.

Zélima Maudiné devant son commerce (carte postale) :


Zélima Maudiné, 1935 :


L’oncle Albert (Paul Albert Sautereau, 1885-1940) [*], lui, s’est dit qu’on ne gagnait pas sa vie à la campagne, alors il s’est placé (toujours du côté religieux puisque c’était la tendance de la famille) au collège catholique de Joigny (on l’appelait « le petit séminaire ») comme menuisier. On plaçait là des enfants, on leur donnait une certaine instruction. Ceux qui ne se destinaient pas au sacerdoce, on les appelait les « péquins ». L’oncle Albert était dans les « péquins ». Il était donc au petit séminaire comme menuisier. Il était très adroit de ses mains. Il réparait des bancs, tout ça… Et il rapportait un peu d’argent pour ses parents. Parce qu’ils n’avaient pas beaucoup d’argent, ces pauvres…
[*] – Il a sculpté avec grand art son nom sur des poutres et dans la pierre du clocher de Sacy.

Albert Sautereau :


Yvonne Chevanne :


L’oncle Albert est revenu à Sacy après. Il avait connu avant une fille qui s’appelait Yvonne Chevanne (1894-1923). Et le pauvre oncle Albert, le soir de son mariage, elle lui a dit qu’elle s’était mal tenue avec un officier et qu’elle s’était fait avorter. Ils n’ont pas pu avoir d’enfants. Elle est morte assez vite, elle a eu tout simplement une mauvaise grippe et elle est morte comme ça, subitement. L’oncle Albert était très bon mais ça l’avait beaucoup secoué, ça, qu’elle ne le lui ait pas dit avant. Il disait : « pourquoi ne me l’avoir pas dit avant ? Moi je ne me suis pas marié parce que je t’ai toujours aimée ». Il était fidèle. Ses beaux-parents n’avaient qu’Yvonne comme fille. A sa mort ils ont dit à Albert : « restez donc ici, il n’y a pas de place chez vos parents. Vous êtes notre enfant, maintenant ». Elle était très bonne, la cousine Alice Chevanne (Marie Angélique Alice Nolin, 1874- ?). Mais Albert est retourné à Joigny. Il n’a jamais oublié ça, qu’au fond elle ne l’avait pas toujours aimé comme lui l’avait aimée.

Il a donc attrapé la furonculose. Ça le faisait rire, il avait de gros boutons et il faisait sortir de l’humeur. Il ne s’est pas soigné du tout. (il en est mort).


Il restait donc Rose, qui est revenue à Essert parce qu’elle ne pouvait plus se suffire à Sacy. Rose, c’était l’aînée. Malheureusement, la pauvre tante Rose, je dois dire… Oh, elle n’était pas simple d’esprit, mais un peu quand même, quoi… Elle est revenue à Essert. Elle était « à l’assistance », la commune de Sacy lui donnait une petite somme. Tante Marie Sautereau (1888-1978) lui portait du fromage. Quand on tuait un cochon elle lui portait quelque chose. Ils allaient la voir. C’était sa sœur, qu’est-ce que tu veux ! Moi j’ai fait ce que j’ai pu. Elle est morte de vieillesse, ce qu’on appelait « la pneumonie des vieillards », une attaque, on appelait ça comme ça à la campagne.

Rose Sautereau, 1931 :


La grand-mère Zoé est morte de vieillesse. C’était une très bonne grand-mère. Elle était très bonne, très gentille, elle avait très bon caractère. Elle était… lente. Aline disait : « Marie-Odile [*], c’est une petite grand-mère Zoé ». Elle était comme Marie-Odile, si tu veux. Tu vois ? Elle est gentille, Marie-Odile, mais elle n’est pas… C’est pas un crack, tu vois ? Grand-mère Zoé était comme ça. Je la vois, arrangeant son jupon vers sa fenêtre, le samedi. Elle disait : « j’ai préparé tous mes légumes du pot-au-feu pour demain ». Elle lisait son « pèlerin », comme ça, le dimanche, et voilà. Elle m’aimait bien. Quand on a été mariés, elle disait : « faut m’appeler maman ! ». J’ai eu beaucoup de mal, moi. Alors je l’ai appelée « grand-mère ». Ça s’est arrangé comme ça.
[*] – Marie Odile Sautereau (1934-2020) fille de Louis et de Aline Préau.

Zoé Moine, 1935 :


Grand-mère Zoé est morte la première, et le grand-père Ernest restait seul. Tante Marie Sautereau l’avait pris, et après elle m’a dit : « je ne peux pas prendre le grand-père tout le temps, il faut que tu le prennes à ton tour. Moi qui avais un travail fou, avec les enfants tout petits, et qu’il fallait que j’aie encore le grand-père ! Moi, jamais je n’aurais donné mon père à ma belle-sœur ! Je l’aurais gardé ! Enfin, elle, ses enfants étaient élevés, elle n’avait plus que Maurice (Maurice Piault, 1923-2004).


Ernest Sautereau, 1935 :


Le grand-père Ernest est mort (le 28/12/1944) chez Gustave. C’était l’hiver, il ne faisait pas très chaud. Voilà que la tante Marie Sautereau (épouse de Gustave Piault) elle vient, et elle dit : « tu sais Jeannette, le grand-père ne va pas bien du tout, je crois bien qu’il va s’en aller. J’va faire venir monsieur le curé pour lui donner les derniers sacrements ». Alors je crois qu’il a reçu l’extrême-onction, et le pauvre grand-père il est décédé.

Tombe de Ernest Sautereau : [*]

[*] – Ernest et Zoé ont été inhumés dans des tombes différentes. La photo de celle de Zoé n’a pas été retrouvée. Les deux sépultures ont été relevées, les restes placés dans la tombe à Sacy de leur petit-fils Joseph Louis Sautereau (1931-2004), dont photo publiée sur Geneanet :
https://www.geneanet.org/cimetieres/view/8431716


Papy (Julien Sautereau), il faisait des crises de neurasthénie. Quand ça le prenait, il s’enfermait et ne voulait plus sortir. Alors il était au coin du feu, et il dit : « moi je suis malade, je ne bouge pas ». Je lui dis : « tu ne veux pas aller à l’enterrement de ton père ? Tu n’es pas malade du tout ! Tu peux sortir ! ». Il était malade de là (geste). Par moments ça le prenait. Il faisait ce qu’on appelle maintenant de la dépression. Alors j’ai fait venir le docteur. Sais-tu ce que le docteur lui a dit ? « Monsieur Sautereau, si vous ne sortez pas, dans quinze jours vous ne serez plus là. Il faut que vous sortiez ». Il fallait qu’on soigne les vaches et tout, l’hiver ! Et puis son cheval ! Moi j’avais peur des chevaux.

Depuis que j’avais eu la jambe écrasée, j’avais peur. J’ai toujours eu peur des bêtes, des grosses bêtes. Il y a une vache qui était passée par-dessus moi, comme ça (geste), pendant que j’étais en train de la traire, j’ai eu la jambe écrasée par une vache… J’ai eu des aventures, tu sais.


Une fois mon oncle Gustave avait dit : « si vous voulez on va faire la moisson ensemble ». Parce que nous, on n’avait rien. C’était gentil de sa part, lui il avait une machine. Il fauchait avec sa machine, et nous on ramassait, on faisait les gerbes, après on faisait les tas de gerbes et on les rentrait, bref on travaillait avec mon oncle Gustave.

Gustave Piault, 1914 :


Quand j’allais tendre les gerbes j’avais dix ans et demi. On envoyait les enfants de bonne heure dans les champs, à ce moment-là on était dur. Et mon père disait : « on essaiera de la marier avec un gros fermier du Morvan ». Quand je pensais à ça ! Oh, moi qui avait horreur du travail des champs !

J’aimais bien la vigne. Ah oui, les vignes, c’était intéressant. Je les taillais, tout ça… Mais dans les champs, couper les chardons, tout ça, c’est bête comme tout. Au fait des prés il y avait un grand champ. Je disais à Papy : « mets donc du sainfoin ! ». En mettant du sainfoin, après on retourne le terrain et il n’y a plus de chardons. Et on récolte bien, parce que le champ se repose. Il ne m’a pas écoutée. Alors, demande à Bernadette (sa fille Bernadette Sautereau, 1928-2025) combien d’histoires je lui ai racontées pour couper des chardons !


On nous avait dit que si nous voulions mettre François (son fils François Sautereau, 1923-1943) au petit séminaire il pourrait faire des études. Comme nous avions beaucoup d’enfants ça nous aiderait un peu, et s’il n’avait pas la vocation il trouverait une situation. Ce pauvre petit a toujours pensé qu’on s’était débarrassé de lui. Après il a bien vu que ce n’était pas pour ça, c’était pour nous aider.

François Sautereau, 1941 :


Bien que nous ayons beaucoup d’enfants nous n’avions pas d’allocations, nous n’avions rien. J’ai été obligée de prendre en nourrice deux enfants petits pour pouvoir élever les miens. Grand-mère Berthe étant veuve est restée là, et c’est bien à cause d’elle que je me suis mariée, pour l’aider. Parce que je me suis mariée comme une enfant, tu sais, je n’ai pensé à rien. Alors bon il avait déjà fait la guerre ce pauvre Papy, et il avait déjà perdu des forces, bien sûr. Tu sais que Papy et moi avions dix ans de différence. Et il était lent de tempérament. N’importe, nous avions quand même « du bien », comme on disait, c’est-à-dire des terres, des vignes… Nous avions une grande vigne. Et puis on récoltait, tout…

Berthe Piault :


Mais voilà que grand-mère Berthe a été obligée de partir parce qu’Aline est décédée en couches en laissant un petit enfant vivant qui était Michelle (Michelle Sautereau, 1939-1992 et 7 autres orphelins). Alors je me trouvais seule pour mes enfants, plus les journaliers que nous prenions… Enfin on en venait à bout quand même, mais il est passé une loi où il fallait que nous donnions à l’état une certaine somme pour payer les allocations familiales des ouvriers que nous prenions. Alors nous avons fait les comptes et nous avons dit : « ce n’est pas possible de rester à Essert. Maman m’aidait de temps en temps, elle m’envoyait des petites sommes, mais nous ne pouvions plus y arriver. Nous nous trouvions donc devant ce dilemme : ou payer les allocations (on n’en venait pas à bout), ou alors s’en aller. Mais partir avec quatre filles… Comment faire ? On a eu un père, pendant la guerre, qui nous a dit : « c’est pas difficile, moi je peux vous recommander, et vous placer une de vos filles avec une bourse ». Bon, alors nous avions donc placé Marie-Jo (Marie-Joseph Sautereau, 1930-2023) à Avallon. Nous restions donc avec les trois autres filles, Maguy (Marguerite Sautereau, 1934-2020) n’était pas grande, et puis Pierre (Pierre Sautereau, 1939-1956) qui avait cinq ans.

Pentecôte 1939 – Marie-Jo, Thérèse, François, Maguy, Bernadette, et Jean-Claude Champenois (en nourrice) – dans leur cour d’Essert :


Alors monsieur le curé de Joux-la-Ville a été nommé à Coulanges-la-Vineuse et il nous a dit : « voulez-vous venir ouvrir une pension de famille à Coulanges ? ». Moi, je n’aimais pas tellement faire la cuisine, mais enfin je savais quand même la faire. Il nous a dit : « vous n’avez qu’à vendre votre bien ». Mais là, je n’ai pas du tout réfléchi à quelle valeur pouvaient avoir les champs. Le notaire a dit : « pour la maison, je ne trouverai pas plus de 450 000 F. Parce que c’étaient les anciens francs. Alors moi j’ai accepté, et j’ai donné les titres de propriété.
Le monsieur n’achetait que la maison. Il n’a pas fait les papiers en changeant le nom pour chaque champ, en mettant son nom. Les champs et les vignes ne l’intéressaient pas, lui. Alors moi j’ai fait un marché de dupe, parce que je n’avais pas pensé non plus que grand-mère Berthe avait gardé avec sa maison ce qu’on appelait un « douaire », c’est-à-dire des champs, des vignes, des bois. Alors plus tard l’oncle Louis (Louis Sautereau, 1898-1975, mari d’Aline Préau) est allé au cadastre et il a tout vendu et tout gardé, il n’a pas partagé.

Alors moi j’ai commencé à faire la cuisine. J’avais du monde, on avait des chambres. On aimait bien ma cuisine, on trouvait que c’était bon. Au début ça allait bien, nous avions une maison et un verger avec beaucoup d’arbres fruitiers très bons. Papy s’en occupait bien, nous avions récolté beaucoup de fruits, mais on ne les vendait pas bien cher. En même temps nous allions garder des vaches et un cheval. Elles emmenaient les vaches aux champs, Bernadette m’aidait un peu… On gagnait à peine sa vie.

Coulanges – pension de famille :


Et puis il y a eu le père Thivolier, des « missionnaires de la charité », qui est venu à Coulanges-la-Vineuse donner une mission, et un jour qu’il se trouve avec moi il me dit brusquement : « madame Sautereau, qu’est-ce que vous faites ici ? « . Je lui dis : « comment, mon père ? ». Et il me dit : « oui, enfin, qu’est-ce que vous faites ? Quel avenir pour vos enfants ? Faut penser à l’avenir ! » Alors je lui dis : « mais quoi faire ? ». Il me dit : « quoi faire ? Vous sauriez bien tenir un petit commerce ? ». Je lui dis : « ah… peut-être… ». Il me dit : « ici vous gagnez à peine votre vie, j’en suis sûr ». J’ai dit oui. Il me dit : « je vous le dis dans votre intérêt, venez donc à Paris ! Prenez un journal, venez à Paris ! Vous prendrez un petit commerce, les filles suivront des cours… ».

Alors il s’est trouvé que des pensionnaires de Paris dont j’avais les adresses m’ont donné l’adresse de Mme Acari, en face du métro St Paul (où les filles ont pris des leçons de sténodactylo et comptabilité. Elles ont donc été plus ou moins placées par Mme Acari). Je suis déjà allée voir des personnes, envoyée par le père Thivolier. C’étaient des personnes qui avaient déjà perdu un fils et qui auraient voulu céder leur fonds. Alors moi, la dame a bien vu que je n’y connaissais pas grand-chose et elle m’a dit : « ça ne pourra pas aller, il vaut mieux chercher ailleurs ». J’ai acheté le journal, j’ai cherché et j’ai trouvé un petit fonds d’épicerie à Malakoff. Le père Thivolier m’avait dit : « surtout, madame Sautereau, ne dites pas au doyen que c’est moi qui vous ai donné le conseil de quitter, il m’en voudrait. Vous me promettez ? « . « Oh ! », je lui dis, « oui, je ne parlerai pas ». Alors quand j’ai dit au doyen qu’on nous avait fait venir pour un peu convertir les gens de Colombes, vous voyez ça d’ici ! Convertir ! On ne convertit pas les gens comme ça ! Je ne t’ai pas convertie ? C’est pas facile de convertir ! Bref ce pauvre doyen m’avait fait une lettre à remettre à monsieur le curé de Malakoff quand j’arriverai. Moi j’ai déchiré la lettre sans la lire parce que, j’ai dit, je n’ai pas besoin de recommandation. Je ne sais même pas ce qu’il disait. Je n’avais pas besoin de le savoir, ça m’était égal. Mais le curé de Malakoff nous regardait de travers, quand on est arrivés. « Je n’ai pas besoin de recommandation », j’ai dit, « ma conduite suffit ». Ah mais moi je suis fière, hein ! Et j’ai toujours été bien vue, parce que je savais coudre, alors, comme je faisais déjà à Essert, et encore à Coulanges, il y a cinquante ans que je m’occupe des aubes, du linge d’église… que je suis dans l’église, si tu veux. Mais je ne leur demande rien, moi, je ne travaille pas pour eux, je travaille pour le Seigneur. Voilà.

Alors j’ai donc pris ce petit fonds d’épicerie à Malakoff, et comme ça ne marchait pas bien j’ai résilié le fonds et j’ai fait de la confection. Pendant ce temps-là les filles gagnaient toutes un peu leur vie. On a donc un peu tiré le diable par la queue, on nous a aidés. Avec Thérèse (Thérèse Sautereau, 1932) on a fait de la confection et puis finalement nous nous sommes débrouillées, quoi. Ta maman est allée chez un notaire où elle travaillait très bien, très soigneusement. Marie-Jo est entrée chez Ripolin comme secrétaire, Bernadette à Porte de Champerret, pendant ses vacances : la pauvre, elle n’a pas pris ses vacances cette année-là. Elle a dit : « j’ai la chance d’avoir une place, je la prends ». Alors elle allait tous les jours à Porte de Champerret, ben tu sais, c’est pas rien, aller et revenir ! Et Maguy, aux Galeries Marceau, elle faisait ses 48 heures là-bas ! Et elle continuait quand même ses cours de comptabilité, elle ne voulait pas rester dactylo. Et puis on a demandé à la mairie de Malakoff un logement, quand on a vu que l’on bâtissait des HLM. Je te dirais qu’on a fait sa prière pendant six ans pour l’avoir ! Enfin comme on avait cinq enfants on l’a obtenu quand même (au 32 bd de Stalingrad, 4ème étage). Et nous y sommes encore, cela fait 34 ans que nous sommes là. Après elles ont dit : « maman, tu as fait assez de confection, maintenant tu vas faire nos affaires ». Je travaillais pour des personnes, mais elles ne payaient pas, ou tous les mois une petite somme, alors tu sais… Voilà, nous nous sommes débrouillés comme ça.

Marie-Jo Sautereau chez « Ripolin » :


Et nous sommes allés en vacances ! La première fois, qu’est-ce qu’on était contents ! Nous sommes allés à la mer. Ta maman, elle disait : « jamais on ne pourra voir la mer ! ». Alors moi, voilà ce que j’ai fait : il y avait un comité de dames dans la paroisse qui nous proposait des vacances. J’ai demandé si je pouvais avoir une adresse pour aller en vacances en Bretagne. On m’a dit : « justement, nous en avons une à Pornic. Ça n’est pas tout à fait au bord de la mer, c’est à un kilomètre, si vous voulez… C’est pas cher, c’est une personne qui vous laisse toute sa maison ». Alors le premier jour, ta maman (Thérèse Sautereau) elle dit : « faut que j’aille voir la mer, il faut que j’aille la voir ! « Ben », je dis, « il est trop tard ! ». Elle dit : « on a le temps ». Elle est partie avec Marie-Jo. Elles sont revenues avec leurs jambes toutes écorchées, parce qu’au bord de la mer il y a des genêts. Elles étaient contentes, elles n’ont même pas pu aller jusque-là mais elles l’ont vue, elles ont vu la mer.

Maguy en Bretagne :


On avait un pauvre trousseau. J’avais une chemise de nuit que j’avais faite dans un vieux tablier. Et voilà la propriétaire qui vient. « Bonjour, madame Sautereau ! comment qu’ça va ? Surtout, que le petit ne cueille pas ce qu’il y a dans le jardin, hein ? ». « Oh », j’ai dit, « madame, vous pouvez être tranquille ! ». Voilà qu’elle m’avait vue avec ma vieille chemise de nuit ! Oh !! J’étais pas bien fière ! Enfin !

J’avais acheté une grande serviette rouge, bien grande, que j’avais prise au mètre, pour mettre sur le sable et se faire dorer un peu. Ta maman (Thérèse Sautereau) a voulu se baigner. Oh, ta pauvre maman ! On ne se baigne pas comme ça, en Bretagne ! La pauvre, elle était bleue ! Il a fallu qu’on la frictionne, c’est tout juste si elle n’a pas attrapé quelque chose, une fluxion de poitrine ou je ne sais pas quoi. Mais elles étaient si contentes ! on mangeait, et puis on allait au bord de la mer.

Maguy, Marie-Jo, Bernadette :

On n’avait pas une grosse somme mais… Figure-toi que la dame nous avait dit : « vous paierez l’électricité, simplement ». On n’avait pas de chauffage. Et il y avait une araignée dans le compteur, il ne marchait pas, j’ai payé… 25 centimes ! On a eu de la chance jusqu’au bout. « Je vais vous en donner 50, que je lui ai dit. « Oh », elle dit, « ça va, madame Sautereau. Mais quand même, le petit, il m’a mangé une pomme ». C’étaient des pommiers et des poiriers en espaliers qu’elle avait, petits, deux branches avec des supports. Pierre m’a dit : « maman, je t’assure, je te jure, je ne lui ai pas touché sa pomme. Ce n’est pas moi qui l’ai mangée ». Elle me dit : « mais c’est que je les avais comptées ! ». Je lui ai dit : « madame, je regrette… ».

Un jour, Pierre jouait, et il casse le plafonnier. C’était un plafonnier avec des crans. J’ai dit : « comment je vais faire ? Je n’ai pas d’argent pour le payer… J’en ai un pareil à Malakoff, je vais lui renvoyer ». Alors j’en ai pris un, qui venait de Coulanges, et je lui ai renvoyé.

J’avais nos billets, j’avais eu la précaution d’acheter des allers et retours, parce que sinon je ne savais pas comment on ferait pour rentrer. Enfin nous nous sommes bien arrangés et nous avons eu assez.

Et puis, malheureusement, Pierre, qui était à l’école Charles de Foucault, dans la rue… ? Ah, tu sais, j’ai la mémoire qui flanche par moments… Dans le 14ème. Enfin ça n’a pas d’importance. Alors vois-tu, il n’avait certainement pas été assez nourri pendant la guerre. C’était un enfant qui ne se plaignait pas. Madame Hautefeuille, la dentiste, m’a prévenue. Elle m’a dit : « madame Sautereau, cet enfant-là… Y’a quelque chose qui ne va pas : ses dents s’abîment, il perd toutes ses dents, il faut le faire voir au docteur ». Et le docteur m’a dit : « il a un cancer ». Il s’est mis à avoir mal dans le côté, ça a gagné la colonne vertébrale… Cancer de la moelle épinière. Après, cancer généralisé. Il n’y avait rien à faire.

Pierre Sautereau :


Papy, à la fin, j’ai dit que je devais être gentille avec lui, parce qu’au fond il avait des qualités. Je lui en voulais, si tu veux, en un sens, parce qu’il était toujours en train de grogner, il nous attrapait. Alors, je dis, c’est peut-être parce que je ne l’ai pas assez aimé. Alors je l’ai bien dorloté. Je lui faisais des petits plats qu’il aimait, je lui faisais de la galette à la semoule…. Je l’ai dorloté jusqu’au bout comme ça. On s’était relayées à la fin pour le garder, parce qu’il était malade et n’avait pas voulu se faire opérer. Enfin, je suis sûre qu’il m’aimait bien, et moi aussi, … je l’aimais bien. Je reconnais ses qualités. Sa délicatesse, sa gentillesse, des fois, avec moi. Certainement. Ça, je suis contente, parce que je suis en paix, parce que j’ai fait ce qu’il fallait faire. Parce que je l’aimais bien. C’est pour ça que je suis tranquille. J’ai le caractère égal, parce que j’ai une conscience… nette.

Julien Sautereau, 1971 :



Épilogue :


Jeanne Préau est tombée dans la rue alors qu’elle était au bras de Dédette. Fracture du col du fémur, mais les médecins ont pensé que c’est peut être la fracture qui avait provoqué la chute, plutôt que l’inverse.
Jeanne Préau est morte à l’hôpital le 30 octobre 1994. Elle allait avoir 94 ans.

Après 22 ans, Jeanne Préau a rejoint son mari au cimetière intercommunal de Clamart, emplacement n°18.

Jeanne Préau a eu 6 petits-enfants, 8 arrière-petits-enfants et à ce jour 3 de la génération suivante.

Des enfants de Jeanne, seule Thérèse qui va sur ses 94 ans est en vie à ce jour.
Si les fils de Jeanne Préau ont une une courte existence, seul François a presque atteint ses 20 ans, les filles ont toutes dépassé largement les 80 ans comme leur mère. Dédette 97 ans, Marie-Jo presque 94 ans, Magguy presque 86 ans.
Sur les 26 enfants des trois sœurs (Jeanne, Aline, Lucienne Préau), est également en vie à ce jour Marie Anne Disson qui aura 90 ans cette année, fille de Lucienne.


Quelques commentaires :


La question s’est posée de savoir s’il était pertinent de publier la dernière partie des mémoires relative à la vie en région parisienne, au demeurant intéressante, car décrivant les conditions de vie lors de l’arrivée de la famille, démunie de tout, en banlieue, la terre, la campagne ne suffisant plus à survivre. L’exode rural a été général à cette époque, mais il avait commencé bien avant, bien avant Rétif de la Bretonne dont l’étude familiale nous en donne déjà un aperçu.
Elle montre cette capacité d’adaptation à la vie parisienne, à ces nouveaux emplois de la ville pour les filles de Jeanne Préau. Quelle aurait été leur vie à la campagne ? Si Jeanne Préau n’avait pas décidé de tout quitter, ses filles auraient été contraintes de le faire. Magguy est devenue cadre dans une banque.
Des quatre filles, seules deux se sont mariées et ont fondé une famille. Toutes sont devenues propriétaires de leur pavillon ou appartement en banlieue et à Paris même.
Personne n’a regretté d’avoir quitté Essert, il n’a même pas été envisagé de s’y faire enterrer. Essert, c’était des souvenirs du passé. Cependant Jeanne et ses filles ont gardé des contacts épistolaires avec leurs cousins d’Essert, eux aussi partis en d’autres lieux. Claire Joublin, citée dans ces mémoires est présente en 1957 au mariage de Thérèse Sautereau.
Les patronymes historiques d’Essert ont pratiquement totalement disparu, remplacés par d’autres venant de tous les horizons, le marché immobilier leur permettant d’y acquérir une maison, et la voiture d’aller exercer un emploi plus loin. Parfois la généalogie permet de trouver pour certains une aïeule originaire du village.

Ces mémoires sont aussi le témoignage des premières vacances de ces nouveaux parisiens qui voient la mer pour la première fois.

Elles nous renseignent en outre sur cette prédation de l’État, ici sur une famille qui parvenait à peine à survivre pour redistribuer l’argent à d’autres (allocations familiales dans le cas présent).
Pour reprendre Ayn Rand, « l’État est devenu le fournisseur des pauvres et non le protecteur des démunis en faisant la charité avec des richesses qui ne lui appartenaient pas, en distribuant des biens qu’il n’avait pas produits, en pratiquant une charité d’autant plus généreuse que d’autres auraient à en supporter les frais. Il symbolise que le besoin et non l’effort donne des droits, qu’il est inutile de produire, qu’il suffit de vouloir, que ce que nous avons gagné ne nous appartient pas alors que ce que nous n’avons pas gagné nous appartient. »


Jeanne Préau et son mari Julien Sautereau, descendent tous deux à la 5è génération de Pierre Rétif, frère de Rétif de la Bretonne, via Jacques Rétif fils dudit Pierre pour Jeanne Préau (Julie Rétif est la fille de Jacques) et via Catherine Rétif pour Julien Sautereau.


La photo figurant en première page des mémoires représente Berthe Piault et ses filles Jeanne, Lucienne et Aline Préau :



Il n’est pas facile de s’y retrouver avec tous ces noms et surnoms, même pour la famille. Aussi deux tableaux généalogiques sont joints aux présentes mémoires. Il suffit d’ouvrir l’article deux fois et positionner un exemplaire sur les tableaux pour pouvoir s’y référer en cas de besoin.


Premier tableau :


second tableau :

Marie, Anne & Madeleine PIAULT

Marie, Anne & Madeleine PIAULT

Rétif de la Bretonne : « Monsieur Nicolas , première époque 1734-1746 » :

«1738
 Je me rappelle que j’étais frappé des louanges qu’on donnait à ma figure ; mais je n’étais sensible à la louange, qu’à proportion de l’amabilité de la personne qui me la donnait, surtout si c’était une jeune fille. L’instinct me parlait pour le sexe différent dés la plus tendre enfance ; tandis que d’un autre côté, les femmes mariées et le tracas du ménage m’inspiraient le plus grand dégoût !… Les jeunes filles que j’ai préférées, étaient celles dont les couleurs ressemblaient à la rose. Thomas Piôt, l’associé de mon père, dans la recette du village, pour les anciens Évêque et Chapitre d’Auxerre, avait quatre grandes filles : Marie, la seconde, avait de belles couleurs ; Madeleine, la troisième, était blanche et potelée ; Nannette, la dernière, régulièrement jolie. Je préférai Marie, ayant un beau fichu des Indes à bouquets rouges, qui rehaussaient encore l’éclat de son teint. Devenu plus grand, c’est Madeleine que j’aurais trouvée mieux que sa sœur. Enfin, dans la grande force de l’âge, je courais après les femmes sèches et maigres, comme Agathe, l’aînée des quatre sœurs… Revenons à la rosiforme Marie Piôt.

Je m’échappais, les dimanches, dés que j’avais dîné, pour aller chez ma belle, moins pour les chatteries qu’on me prodiguait, que pour recevoir les caresses, fort vives ! de Marie, et pour être porté sur ses bras, en allant aux vêpres. Je me crois obligé de spécifier ici ces caresses, qui ont été préjudiciables, non seulement à mes mœurs, mais à ma santé, en donnant, par la mémoire, avant le développement des forces, trop d’élan à mon imagination brûlante. Marie me baisait sur les joues, sur les lèvres, que j’ai toujours eues appétissantes. Elle allait plus loin, quoique tout de sa part fût de la plus grande innocence ; elle mettait sa main sous mes petits jupons, et se plaisait à me fouetter en chatouillant. Enfin, elle allait plus loin encore,… et alors elle me dévorait de baisers… Je le répète, Marie était innocente autant que moi-même ; mais elle s’abandonnait à un penchant aveugle : témoin du goût que ses sœurs, et toutes les autres filles, avaient pour moi, elle se trouvait si flattée de la préférence qu’elle obtenait, que le sien devenait passion. Ma figure délicate, efféminée, plaisait infiniment dans un pays où le sang est grossier, à raison de l’air marécageux qu’on y respirait autrefois : j’y étais un phénomène ! Lorsque Marie me portait, en allant à l’église, les plus jolies filles l’environnaient, pour me baiser chacune à leur tour. Je me rappelle le sens d’un propos, que tint un jour à ma porteuse un grand garçon : il s’approcha de son oreille, et lui dit : — « Maïe !… avoua coume vou’ aimez ç’jouli enfant ; n’an s’doute qu’vou’s’eëz boune méze et boune femme : et gaijôns qu’vou’vourêz en avoir in pazeill ? Je l’vourô étoû, et que ç’fûssît moi qui vous l’eûs fait !… » Marie rougit, et baissa les yeux ; un instant après, elle les leva, et ils suivirent Jean Nollin tant qu’elle put le voir. Il l’épousa quelque temps après, et je fus de la noce. »

Ce texte de Rétif de la Bretonne, est consacré aux trois sœurs PIAULT, nom que Rétif écrit Piôt ou Piot.

Un article précédent concernait Marguerite BOURDILLAT (que Rétif prénommait « Marthe Marguerite »). Elle s’était mariée à Edme PIAULT, copain d’enfance de l’écrivain qui le nommait « Mlo Piot le notaire ». Edme PIAULT est le frère des trois sœurs.

Leurs parents sont Thomas PIAULT (1681-1761), charron, et selon Rétif, receveur pour l’Évêque & son Chapitre, Seigneurs hors les Croix de Sacy & associé à Edme RÉTIF (père de l’écrivain) & d’Agathe ROUARD (1689-1745)
Le mariage à Sacy en 1707 de Thomas PIAULT & d’Agathe ROUARD a nécessité une dispense du 4è degré de consanguinité.
Thomas PIAULT s’est remarié en 1746 avec Marguerite BARRÉ, couple trop âgé pour avoir des enfants.

Rétif célèbre aussi ces trois sœurs dans son calendrier.


« Marie Piot »

Rétif de la Bretonne  » Monsieur Nicolas – (Mon calendrier – 3 janvier 1738) « 

Marie PIAULT est née à Sacy le 05 novembre 1710 où elle décède le 11 mars 1782, mariée dans son village natal le 11 juillet 1740 avec Léonard NAULIN / NOLIN (et non Jean comme le dit l’écrivain dans « Monsieur Nicolas »), charron, né à Sacy le 18 octobre 1702, il y décède le 19 avril 1779, fils de Léonard NAULIN, charron (1660-1715, inhumé dans l’église) & de Claudine BOURDILLAT (ca 1671-1743, inhumée dans l’église)

De cette union sont nés quatre enfants. Deux d’entre eux parvinrent à l’âge adulte et se marièrent.


« Nannette Piot »

Rétif de la Bretonne  » Monsieur Nicolas – (Mon calendrier – 5 janvier 1739) « 

Anne PIAULT est née à Sacy le 17 mars 1726, elle y décède le 23 décembre 1790. Elle a épousé à Sacy le 11 janvier 1746 Jean CHEVANNE, maçon, né à Sacy le 30 septembre 1722 où il décède le 08 juillet 1758, fils de Thomas CHEVANNE maître maçon (1687-1731) & de Marguerite BARRÉ (1691-1767). C’est cette Marguerite BARRÉ qui a épousé en secondes noces le père des filles PIAULT.

De cette union, sont nés sept enfants. Six d’entre eux parvinrent à l’âge adulte et formèrent une famille.


« Madeleine Piot »

Rétif de la Bretonne  » Monsieur Nicolas – (Mon calendrier – 4 janvier 1738) « 

Madeleine PIAULT est née à Sacy le 21 décembre 1718, elle y décède le 06 prairial an 03 de la République (25 05 1795). Elle a épousé avec dispense du 4è au 4è degré de parenté, à Sacy le 23 janvier 1744, Simon DROIN, manouvrier, marchand fripier à Paris, né à Sacy le 08 novembre 1721, où il décède le 12 juin 1781. Il est le fils de Edme DROIN manouvrier, laboureur (1692-1751) & de Marie ROUARD (1694-1727).

De cette union, aucun enfant n’est enregistré sur les registres paroissiaux de Sacy, et aucun qui aurait pu naître à Paris, n’apparaît sur ces registres par la suite, ce qui crédite le récit de Rétif, d’autant plus que Simon Droin reconnaît la naissance d’un enfant adultérin né le 14 novembre 1750 à Sacy qu’il a eu avec Jeanne CORNEVIN non mariée. L’enfant meurt le 22 juillet 1753.

Transcription de l’acte de naissance de l’enfant adultérin :

En marge : « Simon enfant adultérin »
«  Le quatorze Novembre mil sept cent cinquante, il nous
a eté presenté a l’Eglise par la Sage femme un enfant mâle
adultérin provenant de Jeanne Cornevin fille d’Edme Cornevin tissier
et de Jeanne Droin lequel enfant a eté reconnu a l’Eglise
par Simon Droin Epoux de magdeleine Piault en presence de
la Sage femme, de Jean Rouard qui a signé, de Nicolas Belin
et Germain Couchat temoins qui ont declaré ne scavoir signer
de ce enquis. Ce fait avons baptisé le dit enfant mâle sous
le nom de Simon Droin, et de Jeanne Cornevin, on lui a
imposé le nom de Simon son parain a eté Simon
champeau et sa marainne Anne Lorette qui ont declaré
ne scavoir signer de ce enquis. Le dit Simon Droin pere
a declaaré ne scavoir signer de ce enquis
Thomas Tillien autre temoin a signe et
Jacques Couchat
a declaré ne scavoir signer. »
Suivent les signatures dont celle de « Foudriat Curé de Sacy ».

Agathe TILLIEN et son frère Jean TILLIEN, cités par Rétif, feront l’objet d’un autre article.