Françoise BERTHIER, Étienne DUMONT, Ursule DISSON leur mère

Françoise BERTHIER, Étienne DUMONT, Ursule DISSON leur mère



Fanchon Berthier


Rétif de la Bretonne célèbre Françoise BERTHIER dans son calendrier à la date du 10 janvier 1743. Elle apparaît également dans le tome 1 de « Monsieur Nicolas ».

« …. 1742 … Fanchon Berthier, fille du premier mari, jolie brune d’environ quatorze ans … ».


Françoise BERTHIER a été baptisée à Nitry le 18 août 1729, fille de Edme BERTHIER (Nitry 1699-Nitry 1731) et de Ursule DISSON (Sacy 1700-Sacy 1759). Nous reviendrons par la suite sur les parents de Françoise, ainsi que sur Étienne DUMONT son demi-frère.
Françoise BERTHIER épouse à Sacy le 28 novembre 1752 Jacques GUÉRAULT (Sacy 1728-Sacy 1809), ami d’enfance de l’écrivain. Cette famille GUÉRAULT fera l’objet d’un article, car abondamment décrite dans « Monsieur Nicolas ».

« Francoise fille d Edme Berthier
Recteur d’Ecole et d ursule Disson tous deux demeurant
en cette paroisse de nitry ses pere et mere de legitime
mariage a esté baptisée par moy ptre Curé soubsigné
cejourdhuy dix huit aoust de l année mil sept cent vingt
neuf. Ses parain et maraine sont honorable
homme Estienne Retif marchand et honeste fille
francoisse Disson de la paroisse de Sacy la quelle a
declarée ne sçavoir signer »
Signé :
L Disson [note : Léonard Disson frère de la mère de l’enfant]
E Retif [note : signature de Étienne Berthier le parrain, il est marié à Françoise Berthier sœur du père de l’enfant]
Caverot curé

Franchon BERTHIER décède le 14 février 1764 à Sacy, elle est inhumée le lendemain.


De son mariage, Françoise BERTHIER aura trois enfants, l’aînée décèdera en bas âge, les deux garçons fonderont une famille.



Étienne DUMOND

«  J’avais huit ans, lorsque mon père quitta la maison de la porte là-bas, qui appartenait à mon frère utérin Boujat, pour aller demeurer à la Bretonne, où était un fermier. Je fus ainsi éloigné de M’lo, de toute la longueur du village : car la Bretonne est à la porte là-haut, et hors des murs, à plus de trois cents pas. Les eaux de la Farge coulaient alors ; ce qui suffisait pour interrompre la communication entre le bourg et moi. Je ne vis plus mon premier camarade ; Ce fut Etienne Dumont … qui le remplaça. »

«  [Ursule Disson] fut touchée des marques d’amitié que je donnais à son fils ; elle l’engageait à y répondre : mais Etienne, quoique moins borné que M’lo, n’avait pas mon énergie ; il n’éprouvait pas le charme que sa présence donnait aux amusements qu’il partageait avec moi. S’il l’avait senti, je crois que nous aurions pu faire de ces choses étonnantes, telles que les merveilles d’amitié qu’on cite des jeunes grecs. »

«  On joua au loup. Mon ami Etienne Dumont en fut : c’était un enfant d’une grande innocence, …il fut loup le premier. Il était mon rival pour Marie Fouard, et il tâcha de la prendre. Il y réussit ; mais il en agit conformément à son caractère ; il ne ravit pas même un baiser ; il se contenta de presser la main et la taille de sa bien-aimée. … »

« … Je lui disais cependant :
– « Marie ! ….Etienne mon camarade vous aime bien, moi aussi : lequel aimeriez-vous le mieux ?
– C’est vous, Monsieur Nicolas ; Etienne n’est qu’une mauviette. »
En effet, cet enfant avait une petite stature, et ses bras n’étaient guère plus gros que mes doigts. »

«… Deux de ces mariages désirés se sont faits ; celui de Jacquot avec Fanchon ; celui de Madeleine avec Etienne … »

Quelques explications sur ces textes :

  • « la maison de la porte là-bas » est la maison natale de Rétif de la Bretonne, située en face de l’église de Sacy, maison du premier mariage de Barbe FERLET, mère de l’écrivain avec Edme BOUJAT (1672-1733).
  • « mon frère utérin Boujat » est le demi-frère de l’écrivain, par sa mère. Il s’agit de Edme BOUJAT (1723-1750), né hors mariage, Edme BOUJAT père était encore marié à Magdelaine PANDEVANT. (voir le long article consacré à Edme RÉTIF, père de l’écrivain).
  • « M’lo » Edme PIAULT (1730-1780) qui devint notaire. Il a épousé Marguerite BOURDILLAT (1736-1785), célébrée par l’auteur dans son calendrier, elle fait l’objet d’un article.
  • « la porte là-haut » se situe à la métairie de la Bretonne, à la sortie de Sacy en direction de Joux-la-Ville.
  • « Marie Fouard » Marie FOUARD (1736-1779) célébrée par Rétif dans son calendrier, fait l’objet d’un article.
  • « Jacquot avec Fanchon » il s’agit du mariage de Jacques GUÉRAULT avec Françoise BERTHIER.
  • « Madeleine avec Etienne » Rétif commet une erreur. Étienne DUMONT a épousé Agathe VÉZINIER et non Madeleine PIAULT (Piôt comme écrit dans le livre). A sacy il n’y a pas de mariage d’un prénommé Étienne avec une prénommée Madeleine.


Le mariage de Jacquot (Jacques GUÉRAULT) avec Fanchon (Françoise BERTHIER) a bien eu lieu mais Rétif commet des erreurs. Ici avec le nom de la femme de Étienne DUMONT, mais aussi sur le prénom de sa mère qui est aussi celle de Fanchon BERTHIER. Il la prénomme « Marie » alors qu’il s’agit de «Ursule ».
Ces erreurs sont compréhensibles. Qui se souvent après de nombreuses années des noms de ses camarades d’école, des noms desdits camarades sur une photo de classe, de ses voisins disparus, de ses collègues de travail ?


Étienne DUMOND est né à Sacy le 26 janvier 1735, fils du second mariage de Jean DUMOND (1699-1782), laboureur, cultivateur & du second mariage de Ursule DISSON (1700-1759).

« Le vingt six janvier mil sept cent trente cinq nous Cure
de Sacy avons baptisé Etienne fils de jean Dumont et de
Ursule Disson ses pere et mere né le meme jour et de legitime
mariage lequel a eut pour parrin mtre Etienne Retif
marchand a nitry et pour marainne honneste fille Martine
Foudriat qui ont signe avec les temoins »
Signé :
Marthe foudriat
E Retif
J Vezinier
Retif
Foudriat Curé e Sacy
Jean Rouard


Il épouse à Sacy le 19 novembre 1765 Agathe VÉZINIER (1746-1804) (dont autres orthographes).

De cette union aucun enfant n’est né.

Étienne DUMONT décède à Sacy le 12 germinal an 10 (02 avril 1802).



Ursule DISSON


Il s’agit de Ursule DISSON et non Marie comme l’écrit Rétif, mère de Fanchon BERTHIER et de Étienne DUMONT.

« … Je ne vis plus mon premier camarade ; ce fut Etienne Dumont, fils d’une bru de Christophe Berthier, qui le remplaça. Celui-ci devenu mon plus proche voisin, m’inspira des sentiments plus vifs, plus durables. La mère d’Étienne, tant par sa naissance que par son premier mariage avec un Berthier, avait une politesse et un savoir-vivre qui la distinguaient des autres villageoises. Elle me recevait d’une manière engageante, lorsque j’allais prendre son fils, pour aller ensemble à l’école. Fanchon Berthier, fille du premier mari, jolie brune d’environ quatorze ans, m’accueillait encore mieux : tout cela fortifiait mon attachement pour mon nouvel ami. En outre, sa mère était la sage-femme, ou comme disent les paysans, la bonne-mère. On ignore, à Paris, que la bonne-mère est aussi considérée dans nos villages éloignés, où l’on conserve encore les anciennes mœurs, que les Vestales l’étaient à Rome : tout le monde lui marque de la déférence et du respect. On ne l’appelle pas madame du moins cela est rare ; mais aussi jamais on ne l’appelle par son nom, ni par celui de son mari : c’est la Bonne-mére, et ce titre suffit pour lui attirer une tendre vénération… La bonne-mére fut touchée des marques d’amitié que je donnais à son fils ; elle l’engageait à y répondre … »

« Marie Disson, bru du respectable maître d’école de mon père, était sage-femme, et de l’honnête famille des Disson d’Auxerre. Son père avait eu le titre de Monsieur Disson, et son frère, quoique devenu paysan, le portait encore. Dans les villages, on nomme simplement par le nom de baptême tous les habitants égaux entre eux : mais tout étranger, qui vient de la ville, est Monsieur de droit : de même, si quelqu’un prospère, qu’il ait une maison plus vaste et couverte de tuiles, une porte cochère, qu’il donne à manger au curé, on le qualifie volontairement de Monsieur, ainsi que ses garçons. On donne plus tard à ses filles le nom de Demoiselles …. »


Ursule DISSON est née à Sacy le 24 décembre 1700, fille de Pascal DISSON (Auxerre 1699-Sacy 1738), bourgeois, marchand, procureur fiscal du bailliage de Sacy, & de Jeanne BILLOUT (Vermenton 1670-Sacy 1736).

« L’an mil sept cent le vingt septiesme iour
du mois de decembre ie Jean Baptiste
pandevant curé de la paroisse de Sacy
soussigné ay Baptisé la fille d’honnorable
homme paschal disson Bourgeois de ce lieu
et de damoiselle Jeanne Billou ses pere
et mere mariez ensemble et habitans
de cette paroisse née le 24e du mesme
mois a la quelle on a Imposé le nom
d’ursulle. Son parrain honneste homme
edme Boujat le Jeune. La marreine
Delle Ursulle Billou femme d honneste »
[la suite de l’acte n’est pas dans le registre].

Fils d’une notable famille d’Auxerre, Pascal DISSON est le neveu de Guillaume GAIGÉ (ca 1606-1681) marié à Germaine MAGDELENAT (1632-après 1690), sœur de la mère dudit Pascal DISSON. Guillaume GAIGÉ est marchand et demeure à Reigny en tant que receveur de l’Abbaye. Il demeurera à Vermenton comme marchand de bois pour la provision de Paris).
La généalogie de cette branche DISSON nous fait remonter à une date de naissance calculée d’avant 1495. Nous sommes là à la fin du Moyen-âge, début de la Renaissance. La fin du Moyen-âge ne se définit pas par une date déterminée, mais par l’un évènement politique, géopolitique qui entraîne un changement politique, économique et sociétal. Donc à chaque pays son évènement. En France nous avons le choix entre la chute de Constantinople de l’Empire Romain d’Orient en 1453, ou bien la mort en 1477 de Charles le Téméraire « le Grand Duc d’Occident », dernier grand féodal, ou bien encore la découverte des Amériques par Christophe Colomb en 1492.
Une anecdote rapportée par l’abbé Lebeuf, dans ses Mémoires sur le diocèse d’Auxerre, concernant l’un des ancêtres de la lignée de Pascal DISSON. Il s’agit de Michel DISSON (1547-1591). Comme si pendant les guerres de religion le conflit entre les catholiques et les protestants ne suffisait pas, il fallait aussi que les catholiques soutenant le Roi affrontent les Ultra catholiques de feu le Duc de Guise assassiné en 1688.
L’abbé Lebeuf écrit :

« Ceux (les royalistes) qui faisoient des excursions aux environs de Toucy et de Joigny ne manquèrent pas de s’approcher quelques fois d’Auxerre, du côté de la route de Paris et d’Orléans. On courut sur eux toutes les fois qu’il fut nécessaire, entre autres jours le 12 octobre. Ce jour-là (12 octobre 1591), un bourgeois d’Auxerre, de la paroisse Saint-Pierre-en-Château, appelé Michel Disson, ayant voulu les poursuivre de trop près (les royalistes), fut malheureusement enveloppé : un d’entre eux, qui s’étoit armé d’une faux, lui scia presque le corps en deux ».


Jeanne BILLOUT est la fille de Léonard BILLOUT (1627-1688) & de Anne CRENIER (1633-1679). Léonard BILLOUT est gentilhomme et officier de la Grande Fauconnerie du Roi, procureur fabricien de l’église de Vermenton, il sera aussi gouverneur de cette ville. Anne CRENIER est la fille de Thomas CRENIER (1600-avant mai 1675) et de Étiennette DE VILLAINE (dont nombreuses orthographes) (vers 1600-avant 1664). Thomas CRENIER dont le père était marchand et capitaine de Cravant, était marchand et receveur de Sacy hors les croix c’est à dire pour l’évêque d’Auxerre et son Chapitre, seigneurs indivis en partie de Sacy. La Justice dans les croix était celle de l’Ordre hospitaliers du Saulce d’Auxerre (devenus Ordre de Malte), seigneur de l’autre partie de Sacy.
Tous les DISSON de Sacy descendent de Pascal DISSON et il en existe encore à Sacy.

Ursule DISSON épouse à Sacy le 01 juillet 1720 Edme BERTHIER (Nitry 1699-Nitry 1731).
Dans l’acte de mariage, leur signature est également unie.


Edme BERTHIER a été recteur d’école à Sacy et Nitry et en tant que tel, il sert de témoins dans de nombreux actes qu’il signe.
Il a été inhumé dans l’église de Nitry le 27 avril 1731. C’est Antoine FOUDRIAT, curé de Sacy, qui avec la permission de son confrère de Nitry, a officié la cérémonie. Étaient entre autres présents, Edme RÉTIF, qui deviendra 3 ans plus tard le père de Rétif de la Bretonne. Il était le parrain du défunt.

Edme BERTHIER était le fils de autre Edme BERTHIER (Massangis ca 1666-Nitry 1728) et de Noëlle RATEAU (Châtel-Gérard 1660-avant 1715)
Edme BERTHIER père, maître d’école de Edme RÉTIF père de l’écrivain, a été inhumé dans l’église de Nitry deux ans avant son fils homonyme, à savoir le 09 novembre 1728, également par Antoine FOUDRIAT, curé de Sacy, en l’absence de celui desservant la cure de Nitry. Antoine FOUDRIAT écrira :

« …  Maitre Edme Berthier Recteur des Ecoles lequel
a toujours servi l’Eglise et la paroisse avec Edification
pendant trente neuf ans, il a ete muni de tous ses sacremens …  »


De son union avec Edme BERTHIER fils, Ursule DISSON donnera naissance à six enfants. Trois d’entre-eux fonderont une famille dont Fanchon BERTHIER.

Ursule DISSON épouse en secondes noces à Sacy le 29 septembre 1733 Jean DUMONT (Sacy 1699-Sacy 1782), laboureur.
Il est le fils de Jean DUMONT (1666-1746), laboureur, descendant de Edme DUMONT (ca 1572-1640) receveur de Sacy pour le Commandeur du Saulce d’Auxerre de l’Ordre de Malte (ex hospitaliers), seigneur en partie de Sacy et de la notable famille ROUARD de Sacy & de Marie MINÉ (1670-1724), famille qui si elle n’a pas vraiment exercé de hautes charges à Sacy, jouissait d’une certaine notoriété, certainement due à ses liens générationnels avec la métairie de la Loge de Sacy.

De cette union sont nés deux enfants dont Étienne DUMONT.
Sa sœur Ursule DUMONT née en 1737 est décédée en 1765 sans avoir été mariée.


Ursule DISSON est décédée à Sacy le 11 octobre 1759 et a été inhumée au cimetière de l’église le lendemain, où comme l’écrivait pour lui le plus grand poète français son corps s’en va descendre où tout se désassemble.

Pour finir, il est utile de préciser qu’aucun acte ne qualifie Ursule DISSON de sage-femme. Seul Rétif le dit !


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