Madeleine CHAMPEAUX & Ursule LAMAS
***article en cours de construction***
Rétif de la Bretonne » Monsieur Nicolas – (Mon calendrier – 9 janvier 1742) «
Madeleine CHAMPEAUX

Madelaine CHAMPEAU ou CHAMPEAUX est célébrée par Rétif de la Bretonne dans son calendrier le 09 janvier 1742. Elle est également citée dans « Monsieur Nicolas, première époque, mes années premières 1734-1746 »
« Un dimanche, en sortant de la messe, je me trouvai entouré de Reine Miné, des deux Jeanne et Madeleine Champeaux, Agathe Tilhien, Madelon Blondin, Marie Menant, Mathron ou Marthe Bérault, Ursule Ledme, Nannon Fouard, sœur aînée de Marie, en un mot de toutes les filles à marier. Elles m’embrassèrent à gogo, sur les joues, sur la bouche, et même me claquèrent légèrement. Ma résistance multipliait et rendait plus vives leurs attaques. Je souffrais tout à la fois, et j’avais du plaisir… Quand elles me laissèrent, les grands garçons se mirent à hurler : « Il a dix filles à la joue ! » Cette huée me couvrit de honte, je m’enfuis. Depuis ce jour, je ne pouvais sortir, que les garçons ne courussent après moi, pour me faire mettre une fille à la joue. N’osant pas embrasser les filles eux-mêmes, à cause des parents et du curé, ils avaient du plaisir à les voir me fourrager. Je m’échappais ; les filles me poursuivaient. Il fut du bel usage, à Sacy, d’embrasser par force le petit Monsieur Nicolas… ce qui me mortifiait beaucoup, et ôta le dernier asile à ma confiance dans l’espèce humaine. Mais la contrainte exercée sur moi, la publicité des caresses, qui révoltait ma pudeur naturelle, retardèrent sans doute l’explosion du volcan qui m’aurait consumé. La contrainte et la moquerie m’éloignaient de ce que naturellement j’aurais désiré.
Les filles déjà nommées, Agathe Tilhien, Reine Miné, surtout Madeleine Champeaux étaient les plus élégantes d’alors ; leurs souliers, soignés, recherchés, avaient, au lieu de cordons, ou de boucles, qui n’étaient pas encore en usage à Sacy, de la faveur bleue, ou rose, suivant la couleur de la jupe. Je songeais à ces filles avec émotion ; je désirais… je ne savais quoi ; mais je désirais quelque chose, comme de les soumettre. »
Madelaine CHAMPEAU a été baptisée « Madelaine » à Sacy le 15 avril 1725, fille de Simon CHAMPEAU laboureur à Sacy (1690-1764) & de Magdeleine BOURDILLAT (1691-1750).
Elle a une sœur homonyme née et décédée en 1713. Elle avait six jours.
« Le 15e avril 1725 Je sousigné Curé de Sacy certifie avoir baptisé
Madelaine fille de Simon Champeau et de magdelaine bourdillat
ses pere et mere de legitime mariage a esté son parain Jacques [rature]
Berault sa maraine marthe nolin tous de cette psse [paroisse] laquelle
maraine ne signent de ce enquis »
Signé :
Berthier [note : signature identifiée de Edme Berthier, recteur des écoles de Sacy. Il figure avec sa femme Ursule Disson dans un autre article].
Berault [note : sa signature l’identifie, il deviendra recteur des écoles de Sacy, et épousera en 1734 Marthe Naulin la marraine de l’enfant ici baptisé].
Pinard ptre
Son frère Edme CHAMPEAU a été cité comme mari de Jeanne TILLIEN dans un article consacré à Agathe, Jeanne et Jean-Laurent TILLIEN.
Madelaine CHAMPEAU épouse à Sacy le 03 mai 1751 Thomas Edme PIAULT, charron à Sacy où il est né le 03 décembre 1727 et est inhumé le 28 septembre 1786.
Il a déjà été question de son père Thomas PIAULT (1681-1761), charron à Sacy, Rétif de la Bretonne le qualifiant d’associé de son père Edme RÉTIF dit « l’honnête homme » comme receveur pour l’Évêque et le Chapitre d’Auxerre (Seigneurs en partie de Sacy, hors les Croix).
Le couple aura dix enfants, trois d’entre eux mourront en bas âge.
Ursule LAMAS
Ursule LAMAS (également LAMA) est citée dans le calendrier à la célébration de Madelaine CHAMPEAU. Mais nous la retrouvons également dans « Monsieur Nicolas, première époque, mes années premières 1734-1746 »
« Nannette fut la première femme pour moi. J’étais ébahi de cette impression nouvelle, prodigieuse !… Était-ce l’effet de son genre de beauté, qui ne parlait qu’aux sens, comme celle de tant de femmes que j’ai rencontrées depuis, pendant les trente années de ma parfaite humanité ?… Lorsque Nannette sortit, je la suivis, pour la mieux voir, et elle acheva de m’enflammer l’imagination : c’était quelque chose de lascif, que je n’avais pas encore vu, même à la belle Ursule Lamas, de Nitry, dont je parlerai bientôt…
Ce fut une faveur signalée, que mon père m’accorda, de me mener avec lui à une fête patronale de Nitry.
Mais un motif secret, et qu’on était loin de pénétrer, redoublait mon contentement : j’étais curieux de voir plusieurs jolies filles dont François n’avait cessé de me parler. Il m’avait surtout vanté Ursule Lamas, qu’on nommait la belle Ursule dans tous les environs ; Edmée Boissard, petite-fille par sa mère du bon maître Berthier ; Catin Doré, Georgette Lemoine et quelques autres. Nous partîmes dés le matin. Je n’étais plus beau de prés, mais je l’étais encore de loin, et ma mère, en frisant mes cheveux renaissants, leur avait rendu l’apparence de leur bouclé naturel. J’avais un chapeau neuf, une chemise à manchettes ; habit rouge, veste et culotte bleu céleste ; de fins bas de coton, des escarpins avec des boucles à pierres, fort antiques, mais qui n’en étaient que plus éblouissantes.
Arrivés dans l’église, nous vîmes tout le monde se lever, pour nous regarder d’abord ; un instant après, les regards se portèrent vers la grand’porte, ouverte à deux battants. Une grande, belle et grosse fille arrivait entre ses deux frères, hauts de six pieds, et aussi beaux qu’elle. Elle était en blanc, toute couverte de rubans rouges, bleus, verts ; son teint effaçait l’éclat des roses, dont elle avait un gros bouquet ; elle était plus éblouissante que jamais dame ne me l’a paru depuis à Paris, avec des diamants, du blanc, du rouge, et tout ce que l’art peut inventer, pour relever l’éclat des charmes. Elle effaçait Nannette, qui, onze mois auparavant, m’avait causé mes premiers désirs : c’était une belle fleur dans son plus bel épanouissement. Tous les yeux s’étaient fixés sur elle. Ma tante, voyant que je la regardais, me dit : — « C’est Ursule Lamas ; son père était le plus grand ami de votre père dans sa jeunesse… Ursule ? » lui dit-elle, « devines-tu quel est ce jeune garçon ?… » Ursule me regarda, et dit : « On voit biénn que c’est un Restif, un peuchot écholé par la vézole. » Et elle m’embrassa deux fois. Elle avait les joues douces comme ma cousine Nannon d’Aigremont, et ses roses m’embaumèrent, ou son haleine, je ne sais lequel ; mais femme jamais n’a senti si bon. Cependant elle ne m’inspira qu’une admiration froide
Ursule Lamas, Nannette, et les belles filles leurs pareilles, ne m’ont jamais inspiré autre chose que des désirs … »
Il n’y a pas d’Ursule LAMAS à Nitry, ni ailleurs à cette époque. Sans doute Rétif s’est-il trompé sur le prénoml, comme cela s’est déjà produit avec Ursule DISSON qu’il prénommait Marie.