Marguerite & Reine MINÉ

Marguerite & Reine MINÉ

***article en cours de construction ****


Cet article est consacré à Marguerite & Reine MINÉ que Rétif de la Bretonne célèbre dans son calendrier. Les MINÉ qui ne sont a priori pas originaires de Sacy y apparaissent fin du 16e siècle lors de la naissance de Vincent MINÉ fils de Mathieu MINÉ & de Léonarde ROY. Nous retrouverons ce couple dans l’article.

Tout au long du 17e siècle des MINÉ sont associés à la métairie de la Loge de Sacy (voir les articles sur la Loge).

Les patronymes ne durent qu’un temps en un lieu donné, le renouvellement est constant. Ce fait s’est exponentiellement accru au 20e siècle, l’exode rural était déjà important à l’époque de Rétif de la Bretonne, et de nos jours l’usage de la voiture permet à quiconque d’habiter dans les communes de leur choix éloignées de leur lieu de travail.

Avec ces deux filles MINÉ nous approchons de la fin de ce patronyme à Sacy.

Le dernier MINÉ à Sacy décède le 17 septembre1803. Il s’agit de Edme MINÉ né en 1728 à Sacy, Il est le frère de Marguerite MINÉ objet de l’article et épousera Marthe CORNEVIN, sœur du mari de ladite Marguerite.



Marguerite MINÉ


Rétif de la Bretonne « Monsieur Nicolas – (Mon calendrier – 2 janvier 1738) »
Rétif de la Bretonne de « Monsieur Nicolas Tome II »

« … C’est à ce voyage que j’eus une aventure, que j’ai annoncée, avec une voisine de la Bretonne : aventure que je ne puis taire, quoiqu’elle doive m’attirer l’accusation d’être immoral ; mot nouveau, que j’entends aujourd’hui retentir de tous les côtés ; mais je dois être vrai ou nul. J’ai dit un mot d’une fille, appelée Marguerite Miné, qui habitait la dernière maison du bourg, du côté de la Bretonne. Nous nous étions toujours parlé en bons voisins. Comme j’étais à Sacy pour plus de huit jours, parce qu’on m’y faisait un habit complet, j’eus l’occasion de voir Marguerite. On m’avait dit chez nous qu’elle se mariait avec Covin, le milicien, grand drôle bien bâti, faraud, faisant le beau parleur. Marguerite était jolie ; M. Covin la prenait par inclination, car il était plus riche qu’elle ; c’est à dire que Marguerite avait environ pour cent vingt livres de terres labourables, et que Covin avait pour six cents livres, tant prés, que vignes et terres …
… Mais Covin était en outre tisserand, sa femme avait un travail auprès de lui ; son sort devait par conséquent être assez agréable…
… Covin était un excellent parti pour Marguerite Miné. Aussi fut-elle un peu jalousée ! Ce fut dans le moment où elle était dans la joie et l’espérance, deux jours avant son mariage, que je l’abordai.
– « Bonjour Marguerite ! Vouas allez donc vous marier ?
– Oui, Monsieur Nicolas.
– Vous êtes bien contente ?
– Mais je ne suis pas fâchée !
– Marguerite ? .. Vous savez que nous avons toujours été amis ?
– Oui Monsieur Nicolas, et que nous le sommes encore.
– Je voudrais bien que vous me voulussiez faire un plaisir ?
– Volontiers, Monsieur Nicolas ; je suis votre voisine la plus proche.
– Vous allez vous marier ; vous saurez ce que c’est que le mariage ; … il faudra me le dire ?
– Je ne le dirais pas à un autre » répondit Marguerite ; « Mais ,à vous je le dirai. »
Nous changeâmes ensuite de conversation… Marguerite se maria le surlendemain en noir ; car tel est l’usage, dans toutes les campagnes, que l’habit des noces, sans aucun changement, y sert pour le deuil, si l’un des deux vient à mourir ; toute la différence, c’est que la mariée a des rubans à sa bavette, et une ceinture rose ……
… Je vis marier Marguerite, et je la trouvai très jolie !
C’était le mardi. Je restai à Sacy jusqu’au mercredi suivant. Le dimanche, on fena et serra le foin du pré de l’enclos de la Bretonne, fauché du vendredi et samedi. C’était l’usage, que l’on invitât toute la jeunesse au fenage et au serrage dans les chaffauds qui tenaient à l’enclos même, et cette petite partie de plaisir se faisait le dimanche après, les vêpres… ;
… Le fenage avait fait remettre au suivante beau dimanche de Marguerite, qui vint avec toute la jeunesse ; je lui tins fidèle compagnie…. Je m’assis à côté d’elle dans le chaffaud ; elle mangea, et nous causions, je lui répétai la demande que je lui avais déjà faite.
– « Volontiers » répondit-elle comme la première fois avec une innocence qui m’étonne encore . « car je vous ai toujours aimé : vous n’étiez pas fait pour moi , ni moi pour vous. Voyez s’il n’y a personne dans le chaffaud ?….
– Personne ; les garçons les filles, votre mari, sont tous à manger. »
Nous étions dans un endroit retiré.
« Je veux vous tout apprendre », me dit-elle (Je suis sûr qu’elle était dans une parfaite innocence ; j’en ai eu depuis les preuves ; mais moi, avec ma feinte ignorance, ma piété, et un autre amour dans le cœur, j’étais triplement coupable)…
J’attendais un détail purement oral, et c’était un détail pratique que Marguerite commençait à me donner ! Je fus surpris ! Mais les sens l’emportèrent. Ce fut avec un commencement de corruption, que je me laissai conduire pas à pas dans la carrière de la volupté. Marguerite me mena de détails en détails jusqu’au dénouement, qui fut pour moi plus heureux que tous les précédents. Je fus transporté de joie, le croirait-on ? En songeant à Jeannette ! « Je suis homme enfin ! Et je n’aura plus à rougir de moi-même. »….
Je ne pus cependant recevoir qu’une leçon. Dès que je fus remis, elle descendit par l’enclos, et moi par la cour ; elle rejoignit adroitement son mari, au moment où rassasié, il commençait à s’inquiéter d’elle …..
… Je ne crus avoir manqué ni à la morale, ni à Jeannette. Marguerite pensa n’avoir manqué ni à son devoir, ni à son mari ; mais elle eut quelques doutes apparemment dans la suite, où le confesseur l’interrogea (usage dangereux le plus souvent puisque l’oubli malicieux est seul coupable), et elle sut enfin qu’elle avait fait une faute…. »


Tout d’abord une remarque, il est intéressant de savoir que cette famille MINÉ demeurait près de la Bretonne, à la sortie de Sacy sur la route menant à Joux-la-Ville. Mais est-vrai ? Ce détail n’a-t-il pas pour but de rendre crédible le récit, car rien de tout cela ne serait arrivé si les RÉTIF de la Bretonne n’étaient pas les voisins des MINÉ.

Marie Marguerite MINÉ née à Sacy le 24 janvier 1725, a été baptisée le lendemain dans l’église de village. Elle sera par la suite usuellement prénommée dans les actes « Marguerite ».
Elle est la fille du remariage de Edme MINÉ (ca 1679-1749), tissier & de Magdeleine FÉLIX (ca 1691-1779) originaire de Noyers.
Marguerite MINÉ a épousé à Sacy le 13 janvier 1750 Edme CORNEVIN, tissier né à Sacy le 24 juillet 1716, fils de Edme CORNEVIN (1663-1725) tissier & de Claudine MINÉ (1679-1749).




Si l’exploitation des actes contenus dans les registres (lacunes, actes sans renseignements etc.) ne permettent pas de remonter la généalogie de Marguerite MINÉ jusqu ‘aux premiers MINÉ de Sacy, il n’en est pas de même pour la mère de son mari Claudine MINÉ dont l’ascendance nous mène jusqu’à ce premier MINÉ en la personne de Mathieu MINÉ (ca 1543-1615) qui a exprimé ses dernières volontés enregistrées par le curé en présence de sa femme Léonarde ROY dont on ne sait rien. Cette généalogie de Claudine MINÉ passe par Vincent MINÉ (1577-après 1644) qui devait avoir une fonction importante à la métairie de la Loge de Sacy car il fait partie des témoins lors de l’enregistrement en 1639 des dernières volontés de sa voisine Jeanne DEGAN, fille et femme des Seigneurs de Courtenay en Vermenton.

Mais l’ascendance de Marguerite MINÉ ne fait cependant aucun doute, car son mariage est assorti d’une dispense du 4è degré de parenté, pour reprendre les termes exacts figurant dans l’acte.

En droit canonique, le 4e degré de consanguinité entre deux personnes correspond à un lien de parenté de ces personnes qui partagent des arrière-arrière-grands-parents (trisaïeuls).
La généalogie de Marie Marguerite MINÉ nous conduit seulement à son grand-père, mais ses ancêtres MINÉ sont donc les mêmes que ceux de son mari Mathieu MINÉ marié à Léonarde ROY.


De cette union sont nés huit enfants. Deux d’entre eux mourront durant les premières années de leur vie.


Mais revenons sur le premier enfant du couple, Marie Marthe CORNEVIN. Elle est née à Sacy le 26 octobre 1750, soit 9 mois et 13 jours après le mariage de ses parents.

Au vu du récit, Il est pertinent donc se demander si Marie Marthe CORNEVIN est la fille de Edme CORNEVIN ou de Nicolas Edme RÉTIF, le futur écrivain.


En mettant en parallèle le récit et l’acte de mariage de Marguerite MINÉ, on peut dire de suite que Rétif a une fois de plus affabulé.
L’auteur situe bien son récit dans la troisième époque de son livre (1748 -1752).
Mais, les registres paroissiaux indiquent que le mariage a eu lieu en janvier, moment où il devait faire bien froid, surtout en ces ces temps, dans ce chaffaud, et non à l’époque plus douce des fenaisons qu’il décrit avec force détails pour y narrer sa première expérience sexuelle.

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